Robert, Simon et Sophie mènent une existence tranquille et répétitive au bord de la Manche, en Normandie. Leur quotidien bascule avec l'arrivée de Nessim, bientôt suivi de plusieurs enfants originaires d'Afrique de l'Ouest, menacés par la situation politique de leur pays d'origine. Tous ont traversé la Méditerranée pour trouver refuge en France et se retrouvent réunis le temps d'un été sur la côte normande. Le film observe la rencontre de ces deux mondes que tout semblait opposer, entre pudeur, curiosité et solidarité naissante.
Comme l'ensemble de son cinéma, Pierre Creton construit Le Bel Été à partir de rencontres réelles faites près de chez lui, à Vattetot-sur-Mer, sur la côte normande où il vit et travaille. Le sujet du film se noue à une actualité politique précise, celle de l'arrivée en France de jeunes réfugiés originaires de Guinée et du Mali, sans que cela n'implique pour le réalisateur un changement de méthode par rapport à ses films précédents. Les trois garçons qui interprètent Amed, Mohamed et Wally arrivent chez Pierre Creton peu avant le tournage, après l'écriture du scénario, et finissent par interpréter leur propre rôle à l'écran. Les personnages adultes, eux, portent des noms de fiction tout en renvoyant directement à des vies et des moments réellement vécus par les habitants de la région. Cette porosité entre documentaire et fiction, caractéristique du travail de Pierre Creton, façonne l'ensemble du film.
Le film reçoit un accueil critique contrasté, salué par une partie de la presse spécialisée pour sa manière singulière de mêler amitié, hasard des rencontres et scènes du littoral normand, dans la continuité du cinéma habituel de Pierre Creton. D'autres critiques jugent au contraire le rythme trop lent et le dispositif trop minimaliste pour véritablement toucher un large public, regrettant un film jugé austère malgré la force de son sujet. La comparaison est régulièrement faite avec les précédents films du réalisateur, notamment Va, Toto !, pour souligner la continuité de sa démarche autour des amitiés improbables. Le public reste très confidentiel, le film n'ayant bénéficié que d'une diffusion limitée en salles, sans budget ni acteur connu pour porter sa sortie. Les spectateurs qui l'ont vu soulignent souvent le contraste saisissant entre la douceur des scènes maritimes et la gravité du contexte politique évoqué en toile de fond, certains évoquant des plans où la mer devient à la fois source de plaisir et symbole de mort, en écho au périple des personnages venus d'Afrique. Le film ne reçoit pas de récompense notable, sa présentation au FID Marseille restant sa principale reconnaissance dans les festivals.
Pierre Creton construit systématiquement ses films à partir de personnes réelles rencontrées dans son environnement proche plutôt qu'à partir d'un scénario totalement fictif. Pour Le Bel Été, c'est l'arrivée de jeunes réfugiés dans son entourage normand qui devient le point de départ du récit, sans que le réalisateur ne modifie sa méthode de travail habituelle. Les trois jeunes garçons réfugiés qui apparaissent dans le film ne sont pas des acteurs professionnels mais des personnes réellement arrivées chez le réalisateur peu avant le tournage, engagées pour interpréter leur propre histoire plutôt qu'un rôle écrit à l'avance.
Le Bel Été explore la rencontre entre deux mondes que tout semble séparer, celui d'une communauté rurale normande installée dans ses habitudes et celui de jeunes exilés fuyant les violences politiques en Afrique de l'Ouest. Le film interroge la notion d'hospitalité et la manière dont une solidarité concrète peut naître du quotidien partagé plutôt que du discours militant. La mer, omniprésente, y est traitée comme un espace ambivalent, à la fois lieu de vie, de travail et de mémoire d'une traversée dangereuse. Le film questionne enfin la frontière entre documentaire et fiction, chaque personnage oscillant entre son identité réelle et le rôle qu'on lui attribue.
Le film se conclut sur la cohabitation apaisée entre les habitants normands et les jeunes réfugiés, sans dénouement spectaculaire ni résolution dramatique appuyée. Cette fin en apparence ouverte reflète la démarche du réalisateur, qui préfère laisser affleurer les liens tissés au fil de l'été plutôt que d'imposer une conclusion nette à une situation par nature incertaine et provisoire.
Le titre Le Bel Été renvoie directement à la saison durant laquelle se déroule la rencontre entre les habitants du littoral normand et les jeunes réfugiés, une parenthèse lumineuse dans des trajectoires marquées par la fuite et l'exil. Il souligne aussi, avec une certaine ironie douce, le contraste entre la légèreté apparente de l'été et la gravité des situations vécues par certains des personnages.
Les spectateurs séduits par Le Bel Été pourraient apprécier des documentaires consacrés à la solidarité locale envers les exilés, ainsi que les précédents films de Pierre Creton comme Va, Toto ! pour retrouver son goût des rencontres réelles filmées avec pudeur.