Rose est libre, rock'n'roll et imprévisible. Sa sœur Alice est rangée, responsable et un rien rigide. Les deux femmes ne s'entendent sur presque rien — sauf sur un point crucial : leur mère Françoise vient de se faire larguer par leur père pour une femme beaucoup plus jeune, et il faut la sauver. La mission qu'elles se donnent est aussi simple que son cadre est paradisiaque : emmener maman dans un club de vacances à La Réunion pour lui redonner goût à la vie. Mais entre les clashs de sœurs, les rencontres imprévues et les secrets de famille, ce voyage va tout bousculer.
Larguées est le premier long métrage en solo d'Éloïse Lang, qui a choisi de démarrer sa carrière de cinéaste par un remake du film danois All Inclusive (2014) d'Hella Joof. Ce qui a stimulé la réalisatrice, c'est avant tout l'idée de mettre en scène un trio mère/filles : «J'ai deux sœurs, on est très différentes et toutes les trois extrêmement proches de notre mère», confie-t-elle. Le film est donc aussi, en creux, un film autobiographique sur la difficulté de vivre avec des sœurs qui vous ressemblent sans vous ressembler. La réalisatrice a choisi de transposer l'action au sein d'un club de vacances à La Réunion, ancrant ainsi le film dans un décor français et insulaire qui lui donnait une saveur particulière. Le cadre du club de vacances fonctionnait comme un microcosme social parfait — un espace clos où les tensions se révèlent et les masques tombent. Le scénario a été écrit à quatre mains avec plusieurs collaborateurs, dont l'acteur Philippe Lefebvre.
Résumé des critiques professionnelles : Larguées a reçu un accueil critique inégal, certains journalistes saluant l'énergie du trio d'actrices et la légèreté du ton, d'autres pointant un scénario trop convenu et des situations parfois prévisibles. Le film a globalement été perçu comme une comédie féminine sympathique mais sans grande ambition formelle, une récréation plaisante portée par un casting de qualité.
Réception du public : Le public féminin a été séduit, plusieurs spectatrices soulignant qu'elles avaient «vraiment bien ri» en groupe. Le film a également connu une belle carrière sur Netflix après sa sortie en salles, attirant près d'un million de spectateurs en cumulé et confirmant son statut de comédie idéale pour une soirée entre amis.
Inspirations du réalisateur : Éloïse Lang voulait que l'accent étranger de l'acteur Johan Heldenbergh — acteur belge révélé par Alabama Monroe — crée une ambiguïté sur son personnage de barman, empêchant le spectateur de le décoder d'emblée. La réalisatrice a décrit Heldenbergh comme «un acteur exceptionnel d'une sensibilité et d'une intensité rares», et son choix pour ce rôle témoigne d'une vraie exigence de casting au-delà du simple sex-appeal.
Difficultés de production : Le tournage à La Réunion a représenté une contrainte logistique importante, mais aussi un atout visuel majeur. Les décors naturels de l'île et la chaleur du climat ont contribué à l'atmosphère feel-good du film, tout en compliquant parfois la gestion du plateau.
Larguées est au fond un film sur la transmission entre générations de femmes et sur la façon dont les filles répètent — ou tentent de fuir — les schémas de leur mère. La dynamique fraternelle entre Rose et Alice constitue le moteur du récit, leur complémentarité et leurs frictions reflétant les deux faces de la même médaille familiale. Le film aborde le largage amoureux non pas comme une tragédie mais comme une opportunité de renaissance, notamment pour Françoise, qui va devoir se réinventer à un âge où la société l'invite à disparaître. La vacance — au sens littéral comme au sens figuré — est aussi un thème central : ce temps hors du temps que permet le club de vacances devient l'espace où les vrais moi peuvent enfin s'exprimer.
La fin de Larguées voit Françoise reprendre pied dans sa propre vie, non pas en trouvant un nouvel homme — même si des émotions naissent —, mais en retrouvant le désir et la capacité de choisir pour elle-même. Les deux sœurs, après avoir failli se déchirer, se retrouvent unies autour de leur mère dans une solidarité féminine simple et sincère. Le message final est celui d'une libération par le voyage et par la communauté : on ne guérit pas seul, mais on peut guérir ensemble.
Larguées fonctionne à plusieurs niveaux. Au premier degré, c'est ce qui arrive à Françoise : elle est larguée par son mari. Mais le terme s'applique aussi aux trois femmes d'une façon plus large — toutes les trois sont à un moment ou un autre «larguées» dans leur vie personnelle, dépassées par des situations qui les bousculent. Enfin, il y a dans le mot «larguée» une connotation maritime — larguer les amarres — qui annonce le voyage libérateur qui attend les personnages.
Larguées a confirmé l'émergence d'Éloïse Lang comme une voix à suivre dans la comédie française portée par des femmes. Le film a bénéficié d'une belle diffusion télévision et reste populaire en streaming. Camille Cottin, dont la carrière a explosé depuis (Stillwater, House of Gucci), reste l'une des révélations de ce film pour le grand public français.
Larguées partage sa généalogie avec le film danois All Inclusive (2014) dont il est le remake, et avec le remake suédois éponyme sorti en 2017. En France, il s'inscrit dans la lignée de comédies féminines comme Les Sœurs fâchées (2004) d'Alexandra Leclère ou Entre amies (2015). Pour les films sur la reconstruction féminine après une rupture, Mange, prie, aime (2010) ou Gloria (2013) du Chilien Sebastián Lelio explorent des territoires proches. Kaamelott — Premier volet (2021) partage avec Larguées le même goût pour les actrices comiques françaises en terrain de comédie populaire.