Dans l'Indochine coloniale des années 1930, une jeune lycéenne française de quinze ans issue d'une famille ruinée rencontre un riche et élégant héritier chinois sur un bac traversant le fleuve Mékong. Malgré la barrière sociale, la différence d'âge et les préjugés raciaux de l'époque, ils s'engagent immédiatement dans une liaison passionnée, charnelle et clandestine dans une garçonnière de Saïgon. Cette liaison intense va bouleverser leurs vies respectives alors que la société coloniale et leurs familles condamnent fermement leur idylle absolue. Ils devront bientôt faire face à l'inéluctabilité de leur séparation programmée.
Le long-métrage est l'adaptation cinématographique directe du célèbre roman autobiographique éponyme de Marguerite Duras, couronné par le prestigieux Prix Goncourt en 1984. Le réalisateur Jean-Jacques Annaud a été fasciné par la force d'évocation érotique et nostalgique du récit et a entrepris de reconstituer minutieusement l'époque coloniale indochinoise. L'inspiration est venue de la volonté de filmer le désir charnel brut à l'écran de manière picturale, à la façon d'un tableau de maître. Le projet a nécessité une longue préparation et des négociations complexes pour obtenir l'accord de l'autrice, dont le point de vue sur l'adaptation différait parfois de celui du cinéaste.
La critique professionnelle internationale s'est montrée enthousiaste face à la beauté plastique somptueuse du film et à la reconstitution historique impeccable de Saïgon, bien que certains journalistes aient jugé les scènes d'amour trop explicites pour l'époque. La performance sensuelle et mystérieuse du duo d'acteurs principal a captivé la presse spécialisée. Le public mondial a réservé un accueil triomphal au film en salles, en faisant un immense succès commercial planétaire au box-office. Le film a marqué les esprits par sa poésie mélancolique. Lors de la cérémonie des César, l'œuvre a remporté le prix de la Meilleure Musique Écrite pour un Film, tout en obtenant une nomination aux Oscars pour sa magnifique photographie.
Le réalisateur s'est inspiré des photographies d'époque de l'Indochine des années 1930 pour recréer avec exactitude les costumes, la lumière humide et l'ambiance étouffante de Saïgon. Le tournage s'est déroulé directement sur les lieux réels au Vietnam, faisant de cette production l'un des tout premiers films occidentaux autorisés à tourner dans le pays depuis la fin de la guerre. Les scènes intimes ont nécessité beaucoup de pudeur et de patience de la part des équipes techniques pour ne pas intimider la jeune actrice Jane March dont c'était le tout premier rôle. Pour le casting du personnage de l'Amant, le choix de l'acteur hongkongais Tony Leung s'est imposé pour son élégance naturelle et son charisme magnétique fou.
Le film explore la passion charnelle absolue comme transgression sociale, le colonialisme moribond, l'éveil douloureux de la sexualité adolescente et l'impact destructeur de l'argent sur les relations amoureuses interraciales.
La fin du film montre les deux amants séparés à jamais, l'héritier chinois épousant une femme de son rang par devoir familial, tandis que la jeune fille embarque sur un paquebot pour rentrer en France. Des décennies plus tard, l'amant téléphone à la jeune femme devenue écrivaine pour lui avouer qu'il l'aime encore et qu'il l'aimera jusqu'à sa mort.
Le titre désigne de manière simple et universelle la figure de l'homme chinois au cœur du récit, tout en conférant une dimension intemporelle et mythologique à cette relation passionnelle inoubliable.
La bande originale somptueuse composée par Gabriel Yared mêle des thèmes mélancoliques au piano à des sonorités orientales subtiles qui magnifient la sensualité douloureuse et le climat étouffant de l'histoire.
Le film demeure une référence absolue du cinéma romantique et érotique des années quatre-vingt-dix, régulièrement cité lors des hommages rendus à l'œuvre littéraire immortelle de Marguerite Duras.
In the Mood for Love, Out of Africa, La Leçon de piano, Hiroshima mon amour.