Chloé, une jeune femme fragile et dépressive, commence une thérapie pour soigner des maux de ventre chroniques qu'elle soupçonne d'origine somatique. Elle tombe éperdument amoureuse de son psychothérapeute, Paul, et emménage avec lui quelques mois plus tard après avoir mis fin aux séances. Sa vie bascule lorsqu'elle découvre par hasard que Paul lui cache l'existence d'un frère jumeau, Louis, qui exerce exactement le même métier mais possède une personnalité radicalement différente, cynique et manipulatrice. Chloé s'engage alors dans une liaison secrète et dangereuse avec ce double fascinant.
Le film est une libre adaptation cinématographique du roman à suspense 'Lives of the Twins' de l'autrice américaine Joyce Carol Oates, publié sous le pseudonyme de Rosamond Smith. Le réalisateur François Ozon souhaitait explorer les thèmes psychanalytiques du double, de la névrose féminine et des secrets de famille enfouis. L'inspiration visuelle découle directement des thrillers érotiques et psychologiques des années 1970 et 1980, notamment des œuvres de David Cronenberg et de Brian De Palma. Le projet a été conçu comme un labyrinthe mental sensuel et déroutant, jouant en permanence sur la confusion des sentiments et la dualité de la perception.
La critique professionnelle s'est montrée partagée lors de la présentation du film en compétition officielle au Festival de Cannes, saluant l'audace formelle de la mise en scène et la performance habitée de Marine Vacth, mais regrettant parfois des excès mélodramatiques. Le sens du cadre et l'ambiance hitchcockienne ont néanmoins été largement applaudis par la presse spécialisée. Le public d'amateurs de thrillers psychologiques d'auteur a accueilli favorablement cette proposition de cinéma singulière et stylisée. Le long-métrage a intrigué les spectateurs par ses rebondissements scénaristiques inattendus. L'œuvre a obtenu d'excellentes ventes à l'international à défaut de remporter de grands prix de jurys.
François Ozon s'est inspiré des théories freudiennes et de l'art contemporain pour concevoir les décors cliniques et géométriques des cabinets des deux psychiatres. Le tournage a exigé une prouesse technique et un investissement immense de la part de l'acteur Jérémie Renier, qui devait interpréter les deux frères jumeaux en modifiant subtilement sa posture, sa voix et son regard pour chaque plan fixe. Une scène d'ouverture mémorable associe de manière surréaliste un examen gynécologique médical à un gros plan sur un œil en pleurs, une séquence choc minutieusement travaillée par le cinéaste. Pour le casting de soutien, la présence de l'icône hollywoodienne Jacqueline Bisset apporte une touche de mystère supplémentaire à l'univers du film.
Le long-métrage explore la dualité de l'esprit humain, le fantasme sexuel transgressif, le transfert thérapeutique et la somatisation corporelle des traumatismes psychologiques enfouis.
Le dénouement révèle que Chloé souffrait en réalité du syndrome du jumeau parasite évanescent, les douleurs physiques et les visions terrifiantes des deux frères psychiatres découlant de la présence de restes embryonnaires de sa propre jumelle dans son abdomen, une vérité biologique qui met fin à son délire mental.
Le titre fait référence à la fois à la double identité des amants thérapeutes de Chloé et à la duplicité inhérente aux désirs secrets de la protagoniste qui s'égare entre réalité et fantasme.
Le film est régulièrement projeté dans les cinémathèques dans le cadre de rétrospectives dédiées au cinéma de François Ozon et reste étudié pour sa grammaire visuelle sophistiquée basée sur les miroirs.
Faux-semblants, Pulsions, Elle, Swimming Pool.