Afrique du Sud, 1996. La Commission Vérité et Réconciliation convoque Piet Blomfeld, criminel de guerre de l'apartheid, pour répondre de ses crimes. L'archevêque Desmond Tutu doit présider les audiences — mais le bourreau nie tout et semble décidé à ne rien concéder. Entre les deux hommes s'engage alors un duel extraordinaire, où la foi de Tutu est mise à l'épreuve par l'arrogance absolue d'un homme qui refuse d'admettre sa propre humanité. Un film historique et spirituel sur la capacité — ou l'impossibilité — du pardon face au mal absolu.
The Forgiven (distribué en France sous plusieurs titres dont L'Affaire Tora Hamilton) est librement adapté de la pièce de théâtre «The Archbishop and the Antichrist» de Michael Ashton, qui met en scène la confrontation entre l'archevêque Desmond Tutu et un criminel de l'apartheid fictif lors de la Commission Vérité et Réconciliation. Le réalisateur Roland Joffé (La Déchirure, The Mission, City of Joy) a été séduit par la dimension métaphysique du sujet — la confrontation entre un homme de foi et un homme qui nie toute humanité partagée. Le film met en scène deux figures de caractères opposés dans un dispositif quasi-théâtral, explorant les limites du pardon comme instrument de reconstruction nationale.
Résumé des critiques professionnelles : The Forgiven a reçu des critiques positives, la presse saluant la puissance du duel entre Forest Whitaker et Eric Bana, et la façon dont Roland Joffé filme ces confrontations intenses avec une sobriété qui leur donne plus de force. La dimension historique et spirituelle du film a été appréciée par les critiques spécialisés en cinéma politique.
Réception du public : Le film a circulé dans les circuits d'art et essai et les festivals, trouvant un public sensible à l'histoire de l'Afrique du Sud post-apartheid et à la figure de Desmond Tutu.
Inspirations du réalisateur : Roland Joffé, qui avait déjà filmé des génocides et des violences politiques dans ses précédents films, voyait dans la Commission Vérité et Réconciliation une institution unique au monde — une façon de traiter le passé qui privilégiait la vérité et le pardon à la vengeance judiciaire.
The Forgiven explore la possibilité du pardon face au mal absolu — et la tension entre la nécessité politique de la réconciliation et la résistance morale à absoudre des crimes indicibles. Le film aborde la foi comme ressource dans l'épreuve : Tutu maintient sa conviction malgré la provocation de Blomfeld. La Commission Vérité et Réconciliation comme expérience politique unique dans l'histoire est traitée avec respect et rigueur historique. Enfin, le film interroge la dignité humaine — peut-on la refuser à quelqu'un, même à un monstre ?
La confrontation entre Tutu et Blomfeld atteint son point culminant quand l'un des deux personnages doit céder quelque chose de lui-même. La résolution — sans qu'on puisse parler de victoire de l'un ou de l'autre — affirme que le pardon n'est pas une faiblesse mais un acte d'une exigence absolue. La fin est à la fois douloureuse et lumineuse, fidèle à l'esprit de la CVR.
The Forgiven («le pardonné» ou «le pardon») désigne à la fois l'acte central du film et son enjeu : peut-on pardonner l'impardonnable ? Ce titre dit en un mot la question philosophique et spirituelle au cœur du récit. La multiplicité des titres de distribution français reflète la difficulté à rendre cet enjeu en quelques mots.
The Forgiven reste un film peu connu du grand public mais d'une grande puissance émotionnelle et politique. Desmond Tutu, prix Nobel de la paix, est décédé en décembre 2021 à l'âge de 90 ans. Son œuvre à la Commission Vérité et Réconciliation reste un modèle de justice transitionnelle. Disponible en VOD.
The Forgiven dialogue avec d'autres films sur l'Afrique du Sud post-apartheid comme Invictus (2009) de Clint Eastwood ou Mandela : Un long chemin vers la liberté (2013) de Justin Chadwick. Pour les films sur le pardon et la réconciliation, Prisoners ou The Railway Man (2013) de Jonathan Teplitzky explorent des thèmes proches. La Déchirure (1984) de Roland Joffé reste sa grande œuvre de référence sur les génocides.