Anna, trente-quatre ans, vit avec son mari Driss, leurs deux jeunes garçons et Simon, un enfant placé chez eux par l'Aide Sociale à l'Enfance depuis l'âge de dix-huit mois et qui a désormais six ans. Simon n'a jamais connu d'autre famille et appelle naturellement Anna « Maman », la relation entre eux étant devenue aussi forte et sincère que n'importe quel lien biologique. Mais un jour, Eddy, le père biologique de Simon, exprime le désir légitime de récupérer la garde de son fils, plongeant Anna dans un déchirement insoutenable. Ce drame intime interroge la définition même de la famille et les liens qui unissent véritablement un enfant à ceux qui l'élèvent.
La Vraie Famille est le second long métrage de Fabien Gorgeart après Diane a les épaules sorti en 2017, et il puise directement sa source dans l'histoire personnelle du réalisateur, dont la famille a elle-même accueilli un enfant placé par les services sociaux de dix-huit mois à six ans, exactement comme le personnage de Simon dans le film. Cette expérience intime de l'enfance a longtemps habité le cinéaste, qui explorait déjà la question du lien affectif dans ses courts métrages avant de s'y confronter pleinement dans ce second long métrage. Fabien Gorgeart a choisi de traiter ce sujet sensible du placement familial sans misérabilisme, en s'attachant avant tout à la vérité des émotions et à la complexité du dilemme vécu par chacun des personnages. Le tournage s'est appuyé sur un important travail de préparation avec de jeunes acteurs, notamment le jeune Gabriel Pavie qui interprète Simon, afin de restituer avec justesse le point de vue de l'enfant au cœur de ce conflit familial.
La critique française a largement salué la sincérité et la justesse émotionnelle du film, plusieurs journaux soulignant l'absence de fausse note dans le traitement d'un sujet aussi délicat que le placement et la restitution d'un enfant à son parent biologique. Le Parisien a noté l'absence totale d'artifice mélodramatique, tandis que 20 Minutes a salué la performance de Mélanie Thierry, jugée comme l'un des plus beaux rôles de sa carrière. Certains observateurs, comme Le Nouvel Obs, ont toutefois estimé que la mise en scène restait en retrait par rapport à l'intensité du jeu d'actrice de Mélanie Thierry. Le public a réservé un accueil sensible mais modeste au film lors de sa sortie en salles en février 2022, le long métrage réalisant des scores d'entrées limités malgré des retours très positifs de la part des spectateurs l'ayant découvert. Le bouche-à-oreille a permis au film de poursuivre une exploitation discrète mais continue dans les salles françaises au cours des semaines suivant sa sortie. La Vraie Famille a été récompensé au Festival du film francophone d'Angoulême, où il a obtenu le Valois du Jury ainsi que le Valois de la meilleure actrice pour Mélanie Thierry, une reconnaissance importante saluant la profondeur de son interprétation.
Fabien Gorgeart s'est directement inspiré de sa propre histoire familiale pour écrire ce film, sa famille ayant accueilli durant son enfance un enfant placé par l'assistance sociale, exactement dans les mêmes circonstances que celles vécues par le personnage de Simon à l'écran. Le réalisateur a expliqué que cette expérience personnelle avait nourri sa réflexion sur la notion de lien familial depuis ses tout premiers courts métrages, avant de trouver dans ce second long métrage l'occasion de l'aborder frontalement. Le tournage a nécessité un travail de préparation particulièrement délicat avec le jeune acteur Gabriel Pavie, chargé d'incarner Simon, le réalisateur veillant à préserver la spontanéité et l'innocence de son jeu malgré la gravité du sujet traité. Mélanie Thierry s'est fortement investie dans la préparation de son rôle, cherchant à restituer avec justesse le déchirement d'une mère de cœur confrontée à la perspective de perdre l'enfant qu'elle a élevé depuis sa plus tendre enfance. La production a veillé à consulter des professionnels de l'Aide Sociale à l'Enfance afin de garantir la crédibilité et la justesse des procédures administratives et judiciaires représentées tout au long du film.
La Vraie Famille interroge la définition même de la famille, questionnant si les liens du sang priment nécessairement sur les liens affectifs tissés au quotidien entre un enfant et ceux qui l'élèvent depuis sa naissance. Le film explore le déchirement maternel d'une femme confrontée à la perspective de perdre un enfant qu'elle considère comme le sien, sans en être pourtant la mère biologique. Il aborde également les limites et les failles du système de protection de l'enfance, à travers le cas complexe d'un enfant placé depuis son plus jeune âge dont le parent biologique souhaite finalement récupérer la garde. Le film met enfin en scène le point de vue de l'enfant lui-même, tiraillé entre deux familles et deux formes d'amour tout aussi légitimes l'une que l'autre.
Le film se termine sur la décision de justice accordant la garde de Simon à son père biologique, Eddy, malgré le déchirement immense que cette décision provoque chez Anna et l'ensemble de sa famille d'accueil. Cette conclusion, à la fois douloureuse et respectueuse de la légitimité du lien biologique, refuse tout manichéisme en montrant la légitimité des sentiments de chacun des personnages, sans désigner de véritable coupable dans ce dilemme familial. Le film se referme sur une note d'espoir mesuré, suggérant qu'Anna et Simon pourront malgré tout préserver un lien affectif au-delà de la séparation imposée par la décision judiciaire, sans toutefois apporter de certitude définitive sur l'avenir de cette relation.
Le titre, La Vraie Famille, pose directement la question centrale du film, celle de la légitimité des différentes formes de filiation qui s'affrontent tout au long du récit, entre famille biologique et famille de cœur. Ce titre, volontairement provocateur dans sa formulation, invite le spectateur à s'interroger sur ce qui définit véritablement une famille, questionnant implicitement la prééminence traditionnellement accordée aux liens du sang. En choisissant ce titre affirmatif plutôt qu'interrogatif, Fabien Gorgeart laisse toutefois la question ouverte, refusant de trancher définitivement entre les différentes conceptions de la famille mises en scène dans son film.
Depuis la sortie du film, Fabien Gorgeart a poursuivi sa carrière de réalisateur sur de nouveaux projets, tandis que Mélanie Thierry a continué à enchaîner des rôles remarqués dans le cinéma français, confirmant la reconnaissance obtenue grâce à ce film.
Diane a les épaules de Fabien Gorgeart, Kramer contre Kramer de Robert Benton, Le Fils de Jean de Philippe Lioret.