Juliette vit en banlieue pavillonnaire avec son mari et ses deux enfants. Entre la sortie d'école, les courses au supermarché et les réunions de voisins, elle s'ennuie dans une vie trop lisse. Sa rencontre avec une voisine plus libre va fissurer son quotidien. Petit à petit, Juliette remet en question son couple, sa vie et son rôle de mère. Une chronique douce-amère sur la crise de la quarantaine au féminin.
Le film n'est pas tiré d'une histoire vraie mais s'inspire du roman Arlington Park de l'anglaise Rachel Cusk, paru en 2006. Isabelle Czajka a voulu transposer ce roman choral sur l'ennui des femmes en banlieue dans un contexte français. L'idée originelle était de filmer "l'invisible" : la charge mentale, les non-dits et la solitude des mères au foyer. L'inspiration de la réalisatrice vient du cinéma de Chantal Akerman et des films de la Nouvelle Vague qui filmaient le quotidien. Elle voulait faire un film politique sans en avoir l'air, en montrant la violence sourde de la vie domestique. C'est un projet très personnel tourné avec une équipe réduite.
Les critiques professionnelles ont été globalement positives, surtout dans la presse spécialisée. Les Cahiers du Cinéma saluent une "mise en scène d'une grande finesse" et Le Monde parle d'un "film important sur l'invisible". Le film obtient 3,8/5 sur Allociné presse. Certains reprochent un rythme lent et une austérité qui peut décourager. La réception du public a été confidentielle. Avec seulement 35 000 entrées en France, le film n'a pas trouvé son audience en salles. Il a été mieux reçu en VOD et dans les festivals. Les spectatrices qui l'ont vu s'y sont souvent reconnues et l'ont défendu. Le film n'a pas eu de récompenses majeures. Il a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2013, ce qui lui a donné une belle visibilité critique. Emmanuelle Devos a été saluée pour sa performance tout en retenue.
Isabelle Czajka s'inspire de Chantal Akerman pour les longs plans fixes dans la cuisine ou le supermarché. Elle voulait filmer la répétition et l'ennui. La production a été modeste, tournée en 5 semaines en banlieue parisienne. La plus grosse difficulté a été de rendre cinématographique le "rien", le vide de l'existence. Les actrices ont beaucoup improvisé lors des scènes de repas de famille. Emmanuelle Devos a demandé à rencontrer des mères au foyer pour préparer son rôle. Elle a été frappée par leur sentiment de "disparition". Le film devait s'appeler Arlington Park comme le livre, mais le titre a été jugé trop anglais. Il n'y a pas eu de casting initialement prévu différent, Emmanuelle Devos étant le premier choix de la réalisatrice.
Le film dissèque la charge mentale et l'aliénation des femmes dans la sphère domestique. Il parle de la dépression souriante, du sentiment de ne plus exister en dehors de ses rôles de mère et d'épouse. La banlieue pavillonnaire est filmée comme une prison dorée, propre et mortifère. Le film aborde la crise de la quarantaine au féminin, la sexualité en berne et l'amitié entre femmes comme échappatoire. C'est une critique du mythe de la femme parfaite et de l'assignation à résidence des mères. Il montre la violence des rapports sociaux policés entre voisins.
La fin est ouverte et volontairement non-spectaculaire. Juliette quitte le domicile conjugal sans un mot, avec une simple valise. On ne sait pas où elle va ni si elle reviendra. Elle ne claque pas la porte, elle s'éclipse. La dernière scène la montre seule sur un quai de gare, regardant passer un train. Elle n'a pas de plan, juste la nécessité de partir pour ne pas se laisser mourir. Le film refuse le happy end ou le drame. Il montre que la seule révolution possible est parfois la fuite. Le message est que prendre conscience du vide est déjà un premier pas.
La Vie Domestique est un titre frontal et clinique. Il désigne sans détour le sujet du film : la vie à la maison, l'espace privé, le foyer. L'adjectif "domestique" renvoie à la domestication, à l'animal que l'on dresse. Le titre est ironique car cette vie dite "domestique" est montrée comme sauvage et violente intérieurement. Il n'y a pas de poésie : le titre annonce un constat sociologique, presque un documentaire sur le quotidien des femmes.
Le film est régulièrement programmé sur Arte et étudié dans les cursus d'études de genre. Depuis le Covid et le confinement, il a connu un regain d'intérêt pour sa description de l'enfermement domestique. Isabelle Czajka a continué à réaliser pour la télévision, notamment des épisodes de Dix pour cent. Emmanuelle Devos cite ce rôle comme l'un des plus difficiles de sa carrière tant il fallait jouer le vide. Aucune suite n'est prévue, le film se suffisant à lui-même.