Fabienne est une immense icône du cinéma français qui publie ses mémoires, un événement très attendu par ses admirateurs. À cette occasion, sa fille Lumir revient de New York avec son mari et son enfant pour assister au lancement de l'ouvrage. Les retrouvailles vont rapidement tourner à la confrontation lorsque Lumir découvre que le livre est truffé de mensonges et d'omissions sur leur passé familial. Entre non-dits et règlements de comptes, les deux femmes vont devoir affronter leurs propres vérités sous les projecteurs.
La genèse de ce projet réside dans le vieux rêve du réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda de tourner un film en France avec de grands acteurs européens. L'inspiration est née d'une pièce de théâtre inachevée qu'il avait écrite en 2003, centrée sur la vie d'une comédienne de théâtre en fin de carrière. Après avoir remporté la Palme d'or pour Une affaire de famille, le cinéaste a retravaillé ce texte pour l'adapter à la culture cinématographique française. Il a construit le personnage principal en pensant spécifiquement à la personnalité et à la carrière légendaire de Catherine Deneuve. C'est la toute première fois que le réalisateur tournait en dehors de son pays d'origine et dans une langue qu'il ne maîtrise pas. Le scénario explore ses thèmes de prédilection, à savoir les secrets de famille et les failles des relations filiales.
La presse internationale a accueilli le film avec bienveillance, appréciant la transition douce du cinéaste japonais vers le cinéma français. Les critiques ont encensé le duo formé par Catherine Deneuve et Juliette Binoche, louant leur complicité évidente et la finesse de leur jeu d'actrices. Télérama a souligné l'ironie savoureuse du scénario qui joue constamment avec le mythe réel de Deneuve. Certains spécialistes ont trouvé le film un peu plus léger que les chefs-d'œuvre japonais du réalisateur, mais en ont loué le charme irrésistible. Le public cinéphile a été séduit par cette mise en abyme du monde du cinéma et par l'élégance de la mise en scène. Les spectateurs ont particulièrement apprécié l'humour subtil qui désamorce les tensions familiales les plus vives. Le long-métrage a eu l'honneur de faire l'ouverture officielle de la Mostra de Venise en 2019.
Hirokazu Kore-eda a dirigé l'ensemble du tournage à l'aide d'un traducteur permanent, s'appuyant énormément sur les expressions corporelles et la musicalité de la voix de ses comédiens. Une des difficultés de production a été d'adapter le rythme de travail japonais aux conventions des équipes techniques syndiquées en France. Pour une scène particulière où Fabienne joue dans un film de science-fiction au sein du film, le réalisateur a parodié avec affection les codes esthétiques du cinéma d'auteur moderne. Concernant le casting initialement prévu, Juliette Binoche militait depuis des années pour collaborer avec Kore-eda, ce qui a grandement facilité le lancement rapide de la production.
Le film explore la subjectivité de la vérité au sein des souvenirs familiaux et la frontière poreuse entre la fiction et la réalité. Il analyse le narcissisme des artistes et la difficulté de concilier une immense carrière publique avec le rôle de mère de famille. Les mécanismes de défense psychologiques, comme le mensonge par omission ou la réécriture de l'histoire personnelle, sont disséqués avec ironie. Enfin, l'œuvre aborde avec délicatesse la peur du vieillissement et de l'oubli chez les grandes icônes de l'écran.
La fin du film montre une réconciliation fragile mais sincère entre la mère et la fille, scellée par une réplique écrite sur mesure pour apaiser les tensions. Lumir réalise que sa mère exprime ses véritables sentiments à travers le jeu d'actrice plutôt que dans la vraie vie courante. Les derniers plans montrent la famille réunie dans un jardin parisien sous une douce lumière d'automne, acceptant enfin les imperfections de chacun. C'est une conclusion apaisée qui suggère que l'amour familial peut s'accommoder de quelques mensonges bienveillants. Le cinéma y est célébré comme le plus beau des refuges pour réparer la réalité.
Le titre résonne de manière ironique dans un récit où chaque personnage passe son temps à travestir la réalité ou à jouer un rôle. « La Vérité » est ce que Lumir recherche désespérément dans les mémoires de sa mère, mais c'est aussi ce que Fabienne fuit constamment pour préserver sa légende. Le film démontre qu'au sein d'une famille, la vérité absolue importe parfois moins que l'illusion réconfortante et le pardon.
Le film est régulièrement cité comme un bel exemple de coproduction franco-japonaise réussie et fait l'objet d'analyses universitaires sur la manière dont un cinéaste asiatique s'approprie les codes du cinéma bourgeois parisien.
Ce long-métrage partage des thématiques communes avec Chambre d'un fils de Nanni Moretti ou Après la répétition d'Ingmar Bergman pour son rapport au jeu d'acteur. On y retrouve également la sensibilité familiale propre aux autres grands films de Kore-eda comme Still Walking ou Tel père, tel fils.