Le Glaude et le Bombé sont deux vieux paysans alcooliques et truculents qui vivent totalement coupés du monde moderne dans un hameau du Bourbonnais. Une nuit, après une séance intense de flatulences nocturnes en plein air, ils provoquent l'atterrissage impromptu d'une soucoupe volante dans leur jardin. Un extraterrestre débonnaire originaire de la planète Oxo en descend et se prend d'affection pour la fameuse soupe aux choux mijotée par le Glaude. Cette rencontre fantastique improbable va bouleverser la vie paisible des deux vieillards et attirer la curiosité de leur entourage.
La genèse de cette comédie culte provient directement de l'adaptation cinématographique du roman éponyme à grand succès de René Fallet, publié en 1980. Louis de Funès a eu un coup de foudre littéraire absolu pour cette œuvre, y percevant immédiatement le potentiel comique mais aussi la profonde mélancolie humaine sous-jacente. L'idée originelle était de mettre en scène la fin d'un monde rural français traditionnel face à l'urbanisation galopante et à la modernisation technologique. De Funès a lui-même initié le projet de film et s'est fortement impliqué dans le choix de ses partenaires à l'écran. L'inspiration esthétique du réalisateur Jean Girault s'est articulée autour du désir de marier la poésie paysanne de Fallet avec le burlesque traditionnel qui avait fait la gloire de l'acteur principal. La production a été orchestrée par la société Christian Fechner pour offrir des effets spéciaux innovants à cette farce fantastique.
Lors de sa sortie dans les salles de cinéma en décembre 1981, le long-métrage a reçu un accueil de la part des critiques professionnelles parisiennes particulièrement destructeur et méprisant. La presse intellectuelle a qualifié le film de comédie franchouillarde vulgaire, déplorant la légèreté des gags basés sur les flatulences et la pauvreté des effets visuels de la soucoupe. Cependant, la réception du public a été un véritable triomphe populaire immédiat à travers toute la France, les spectateurs plébiscitant l'émotion sincère du trio d'acteurs. Le film a attiré plus de trois millions d'entrées dans les cinémas, devenant l'un des grands succès commerciaux de l'année. Malgré le dédain des cérémonies artistiques officielles, le long-métrage a obtenu le statut d'œuvre culte intergénérationnelle grâce à ses innombrables rediffusions à la télévision.
Le tournage ne s'est pas déroulé dans le véritable Bourbonnais décrit par René Fallet, mais dans le village de Champeaux en Seine-et-Marne pour des raisons de commodité logistique pour la production. Une anecdote de tournage mémorable concerne la création de la fameuse soucoupe volante mécanique, dont les clignotements lumineux de toutes les couleurs devaient être synchronisés manuellement par les techniciens cachés sous la structure. Les difficultés de production étaient principalement liées à la santé fragile de Louis de Funès, qui avait déjà subi plusieurs alertes cardiaques et devait être surveillé médicalement en permanence sur le plateau de tournage. Une anecdote sur une scène particulière concerne la chorégraphie du décollage de la soucoupe, où Jacques Villeret devait exécuter sa célèbre danse de la Denrée sous une chaleur étouffante à l'intérieur de son costume en caoutchouc. Le casting initialement prévu comprenait d'autres visages familiers avant que l'alchimie magique entre De Funès, Carmet et Villeret ne s'impose comme une évidence absolue pour Jean Girault.
Le long-métrage explore sous ses airs de farce les thèmes poignants de la solitude du grand âge, du deuil conjugal et de l'effacement progressif de la culture paysanne française face à la standardisation moderne. L'amitié indéfectible et fraternelle qui unit le Glaude et le Bombé est le véritable cœur émotionnel du récit, montrant la solidarité de deux marginaux magnifiques. L'œuvre propose une critique acerbe des politiciens technocrates locaux, impatients d'exproprier les anciens pour construire des complexes touristiques absurdes. Enfin, le choc culturel avec l'extraterrestre bienveillant sert de métaphore sur l'acceptation des différences et la recherche du bonheur simple.
La fin du film montre le Glaude et le Bombé confrontés à l'expropriation inévitable de leur terrain historique pour laisser place à la construction d'un parc d'attractions moderne et bruyant. Refusant de finir leurs jours misérablement dans un immeuble moderne de la ville, ils acceptent la proposition généreuse de la Denrée de s'installer définitivement sur la planète Oxo. Le Glaude insiste pour emporter sa vieille vaisselle et son chat, tandis que le Bombé prépare ses provisions de vin rouge pour le voyage spatial. La scène finale montre la soucoupe volante s'élevant majestueusement dans le ciel nocturne sous les yeux ébahis du maire du village, emportant les deux vieillards vers une nouvelle vie éternelle de liberté astrale.
Le titre fait référence de manière très littérale au plat traditionnel au cœur de l'intrigue culinaire et fantastique du film. Cette soupe aux choux populaire devient le symbole culte du terroir français, de la convivialité rurale et de la simplicité des plaisirs de la vie, capable de séduire des civilisations extraterrestres avancées par sa seule saveur authentique.
La bande originale du film bénéficie d'une mention spéciale incontournable grâce au thème mémorable composé par Raymond Lefèvre à l'aide d'un synthétiseur couplé à une cornemuse électronique. Cette mélodie entêtante et sautillante imitant les bruits de la Denrée est entrée de plain-pied dans l'histoire de la culture populaire française.
Le long-métrage continue de faire l'objet de nombreuses diffusions télévisées annuelles en France, réunissant à chaque fois des millions de téléspectateurs nostalgiques du génie comique de Louis de Funès et de la tendresse de Jean Carmet.