Alexandre Schmidt est un architecte parisien reconnu qui traverse une crise profonde — dans son mariage, dans son rapport à son art et dans sa relation au monde. Avec sa femme Aliénor, il part en Italie pour se ressourcer en étudiant l'œuvre de Borromini, l'architecte du XVIIe siècle dont le génie l'a toujours fasciné. En Suisse et à Rome, le couple croise deux jeunes frère et sœur en route vers leurs destins respectifs. Cette rencontre va agir comme un révélateur, transformant un voyage d'étude en quête spirituelle et intime sur la beauté, la connaissance et la grâce.
La Sapienza est le dixième long métrage de Eugène Green, cinéaste américano-français d'une singularité absolue dans le paysage cinématographique contemporain. Green, également romancier, poète et théoricien du théâtre baroque, a construit une œuvre entièrement à contre-courant du cinéma dominant, s'attachant au langage, aux gestes, au silence et à la transmission du savoir comme matières premières de ses films. La Sapienza est né de sa passion de longue date pour l'architecture baroque italienne, et particulièrement pour l'œuvre de Francesco Borromini — dont le génie visionnaire et tourmenté lui semblait la métaphore parfaite d'un rapport particulier à la création. Le titre La Sapienza désigne à la fois l'université romaine et la notion de «sagesse» en italien — deux dimensions qui irriguent le film de bout en bout.
Résumé des critiques professionnelles : La Sapienza a reçu un accueil critique très favorable dans les milieux du cinéma d'art et essai. Présenté au Festival de Locarno 2014, il y a remporté le Prix spécial du jury, confirmant la reconnaissance internationale d'Eugène Green parmi les cinéastes les plus originaux de sa génération. La presse française et italienne ont salué la beauté formelle du film — sa façon de filmer l'architecture baroque comme une révélation spirituelle — et la singularité d'une mise en scène frontale et hiératique qui ressemble à nulle autre.
Réception du public : Le film a trouvé son public naturel dans les salles d'art et essai et les festivals internationaux. Sa diffusion reste confidentielle, réservée à un public de cinéphiles avertis qui apprécient la démarche méditative et exigeante d'Eugène Green.
Récompenses obtenues : Prix spécial du jury au Festival de Locarno 2014 — une récompense qui témoigne de la singularité du film dans le panorama du cinéma d'auteur contemporain.
Inspirations du réalisateur : Eugène Green nourrit depuis des décennies une passion pour le baroque — en architecture, en musique, en littérature. Son intérêt pour Borromini dépasse la simple admiration esthétique : il y voit la représentation d'un rapport au divin et à la beauté qui traverse les siècles sans vieillir. Tourner à Rome et dans les lieux où Borromini a créé était pour lui une façon de se confronter physiquement à cette grâce architecturale.
Difficultés de production : La mise en scène d'Eugène Green — frontale, avec des acteurs qui regardent directement la caméra et déclament leurs textes d'une voix posée et légèrement irréelle — représente un défi pour les acteurs non habitués à sa méthode. Fabrizio Rongione, acteur belge habitué aux frères Dardenne, a dû s'adapter à un style radicalement différent.
La Sapienza est une méditation sur la grâce au sens multiple du terme — la grâce architecturale de Borromini, la grâce spirituelle comme état d'ouverture au monde, la grâce dans les relations humaines. Le film explore le dépassement de la crise créatrice à travers la confrontation avec une œuvre d'art qui vous dépasse. La transmission du savoir entre générations est le fil narratif central : Alexandre transmet aux deux jeunes gens quelque chose de ce qu'il a lui-même reçu de Borromini. La réconciliation conjugale passe par un voyage intérieur autant que géographique.
Alexandre et Aliénor repartent de leur voyage en Italie transformés — non pas miraculeusement guéris de leurs blessures, mais réconciliés avec la possibilité de la grâce dans leur vie. La rencontre avec les deux jeunes gens leur a rappelé ce que c'était que d'être au commencement de quelque chose. La fin du film est ouverte et lumineuse, fidèle à l'esthétique d'Eugène Green qui ne résout jamais par la force ce que la vie laisse suspendu.
La Sapienza signifie «la sagesse» en italien. C'est aussi le nom de la grande université de Rome, fondée au XIVe siècle. Dans le film, ce titre évoque la quête de connaissance d'Alexandre — non pas la connaissance académique, mais la sagesse profonde qui vient de la contemplation de la beauté et de la rencontre authentique avec l'autre. Borromini lui-même avait travaillé à l'église Sant'Ivo alla Sapienza, que le film visite et filme avec une admiration palpable.
La bande originale de La Sapienza est essentiellement composée de musique baroque, en accord avec l'esthétique et les thèmes du film. Eugène Green a sélectionné des œuvres de compositeurs italiens du XVIIe siècle — notamment du répertoire de Corelli et de Monteverdi — qui enveloppent le film d'une atmosphère de sérénité et de profondeur spirituelle parfaitement accordée à sa méditation sur Borromini.
La Sapienza confirme Eugène Green comme l'une des voix les plus singulières du cinéma français contemporain. Son influence sur une nouvelle génération de cinéastes européens — notamment en Espagne et au Portugal — est considérable. Le film est disponible en VOD et dans les médiathèques spécialisées.
La Sapienza s'inscrit dans l'univers singulier d'Eugène Green, dont La Récréation ou Le Pont des arts partagent la même esthétique méditative et baroque. Pour les films contemplatifs sur l'architecture et la beauté, Mon oncle d'Amérique (1980) de Resnais ou les films de Tarkovski (Andréi Roublev, Nostalghia) offrent des expériences comparables. En Italie, le cinéma de Roberto Rossellini avec ses films d'apprentissage (Voyage en Italie, 1954) est la référence tutélaire évidente.