Wyoming, fin du XIXe siècle. L'Association des Éleveurs de Bétail du Comté de Johnson engage des mercenaires pour massacrer les immigrants européens pauvres — des Slaves, des Polonais — qui s'installent sur leurs terres. Le Marshall Jim Averill, ancien étudiant d'Harvard, essaie de s'opposer à ce génocide organisé tout en étant déchiré entre son attachement à Ella Watson, prostituée aimée de ses compatriotes, et son ancienne vie de l'élite. *La Porte du Paradis* est l'un des plus grands films maudits de l'histoire d'Hollywood, un chef-d'œuvre méconnu sur la violence de classe dans l'Amérique fondatrice.
Genèse du film
La Porte du Paradis (Heaven's Gate) est inspiré de faits historiques réels — la guerre du comté de Johnson au Wyoming en 1892, où des éleveurs riches avaient organisé une expédition armée contre des immigrants et des fermiers pauvres accusés de vol de bétail. Michael Cimino, qui venait de remporter l'Oscar du Meilleur film pour The Deer Hunter (1978), a développé ce projet avec une ambition visuelle et narrative démesurée qui allait ruiner United Artists et changer l'histoire du cinéma hollywoodien. Le tournage a dépassé toutes les limites budgétaires imaginables — passant de 11 millions à plus de 44 millions de dollars — et les délais prévus — s'étalant sur plusieurs années — pour produire un film de plus de cinq heures dans sa première version. L'échec commercial et critique de la version distribuée (Heaven's Gate avait été massacré par la presse et retiré des salles après quelques jours) avait provoqué la faillite d'United Artists et mis fin à l'ère des "auteurs" du New Hollywood.
Résumé des critiques professionnelles : La première version distribuée en 1980 avait été unanimement massacrée par la presse américaine, la critique jugée la plus dévastatrice de l'histoire de Hollywood ayant contribué à retirer le film des salles dès les premiers jours. Cependant, la version restaurée et longue du film a connu une réévaluation critique spectaculaire dans les décennies suivantes, de nombreux critiques la reconnaissant comme un chef-d'œuvre visuel incompris.
Réception du public : Heaven's Gate a été l'échec commercial le plus retentissant de l'histoire du cinéma américain jusqu'alors, rapportant à peine 1,5 million de dollars pour un budget de 44 millions. Cet échec a non seulement ruiné United Artists mais a mis fin à l'ère du cinéma d'auteur à grand budget qui avait caractérisé le Hollywood des années 1970.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas reçu de récompenses lors des cérémonies de l'époque. Sa version restaurée a depuis été sélectionnée pour la préservation à la Bibliothèque du Congrès américain et régulièrement projetée dans les grandes cinémathèques mondiales.
Inspirations du réalisateur : Michael Cimino s'est inspiré à la fois de l'histoire réelle de la guerre du comté de Johnson et de son désir de dénoncer la violence fondatrice du capitalisme américain, dont la brutalité contre les plus pauvres et les plus vulnérables représentait selon lui une vérité que le western classique avait toujours occultée.
Difficultés de production : Heaven's Gate est devenu le symbole même de la production hors de contrôle. Cimino exigeait des conditions de tournage d'une précision obsessionnelle — des dizaines de prises pour chaque scène, des décors entiers reconstruits parce qu'un détail ne lui convenait pas — qui ont entraîné des dépassements budgétaires et temporels inimaginables. Les journalistes de Variety qui avaient visité le tournage avaient sonné l'alarme dans des articles qui avaient commencé à empoisonner la réputation du film avant même sa sortie.
Anecdote sur une scène particulière : La grande séquence du roller rink — des centaines d'immigrés qui dansent sur des patins à roulettes au son d'un violoniste — est devenue l'une des images les plus poétiques et les plus mystérieuses du film. Elle avait nécessité plusieurs jours de tournage pour être appris par les figurants et filmée selon la vision précise de Cimino, et représente à elle seule l'essence de ce que le film cherchait à être.
Thèmes abordés
La Porte du Paradis est l'un des films politiquement les plus radicaux de l'histoire du western américain. La violence de classe comme fondement de la nation américaine est le thème central et le plus subversif — le film dénonce sans détour que l'Amérique a été bâtie sur le massacre des pauvres par les riches. Le film explore la complicité de l'État dans la violence économique — les forces de l'ordre qui servent les intérêts des propriétaires contre les immigrants. Le thème de la trahison de l'idéal américain par ceux qui en sont censés les garants traverse le personnage de Jim Averill. La solidarité des opprimés face à la violence institutionnelle est représentée dans les scènes communautaires. Enfin, Heaven's Gate est un film sur l'impossibilité de la rédemption individuelle dans un système structurellement injuste.
Explication de la fin
La fin de La Porte du Paradis voit la communauté d'immigrants partiellement détruite par les mercenaires malgré une résistance désespérée. Ella est tuée, Jim Averill n'a pas pu les sauver, et sa propre vie d'élite l'a définitivement séparé de ceux qu'il voulait protéger. L'épilogue, qui montre un Jim vieilli sur un yacht luxueux des années plus tard, suggère qu'il n'a jamais réussi à résoudre cette contradiction entre son origine et ses convictions — et que les États-Unis non plus.
Signification du titre
Le titre La Porte du Paradis (Heaven's Gate) fait référence à l'université de Harvard, dont le bâtiment d'entrée était surnommé "Heaven's Gate" — la porte du paradis — par les étudiants. Jim Averill est sorti par cette porte vers l'Ouest, croyant que ses idéaux le porteraient dans un monde meilleur. L'ironie est totale : la "porte du paradis" ouvre sur un monde de violence et d'injustice. C'est aussi le lieu où les riches choisissent qui mérite de vivre et qui doit mourir.
Actualités
La Porte du Paradis a connu une des réévaluations critiques les plus spectaculaires de l'histoire du cinéma, passant du symbole de l'arrogance d'un réalisateur fou à celui d'un chef-d'œuvre mal compris de son époque. Michael Cimino n'a réalisé que quelques films après ce désastre avant son décès en 2016. Criterion a publié une édition restaurée du film en version longue qui a permis à de nouvelles générations de le découvrir. Il reste l'un des exemples les plus fascinants et les plus tragiques de l'histoire du cinéma américain.
Films Similaires
The Deer Hunter (1978) de Michael Cimino lui-même est le film précédent et la référence de son style. McCabe & Mrs. Miller (1971) de Robert Altman partage cette même vision anti-mythique de l'Ouest américain. Deadwood (série HBO, 2004-2006) est la version télévisuelle la plus proche de cette vision de l'Ouest fondé sur la violence économique. The Assassination of Jesse James (2007) partage la même esthétique mélancolique et la même dénonciation des mythes westerniens. Chinatown (1974) de Roman Polanski partage la même révélation que la fondation des institutions américaines repose sur un crime originel.