Horticulteur octogénaire spécialisé dans la culture des hémérocalles, Earl Stone voit son exploitation florale sombrer dans la faillite à cause de la concurrence d'internet, ruinant définitivement ses relations déjà distendues avec sa famille. Désespéré et sans ressources, il accepte presque par hasard une proposition consistant à simplement conduire un véhicule d'un point à un autre contre rémunération, sans se soucier réellement du contenu de son chargement. Ce qu'il transporte en réalité, ce sont d'importantes quantités de cocaïne pour le compte du cartel de Sinaloa, un rôle de passeur pour lequel son grand âge et son absence totale de casier judiciaire en font le candidat idéal. Alors que l'argent afflue et que sa vie matérielle s'améliore enfin, un agent de la DEA se rapproche dangereusement de lui, sans se douter un instant que le mystérieux convoyeur qu'il traque depuis des mois est un vieil homme de quatre-vingt-dix ans.
La Mule est l'adaptation de l'article du New York Times Magazine intitulé The Sinaloa Cartel's 90-Year-Old Drug Mule, publié en 2014 par le journaliste Sam Dolnick et consacré à l'histoire vraie de Leo Sharp, vétéran de la Seconde Guerre mondiale devenu à plus de quatre-vingt-dix ans le convoyeur de drogue le plus prolifique du cartel de Sinaloa. Les droits de l'article ont d'abord été acquis par la société Imperative Entertainment, qui avait initialement engagé Ruben Fleischer pour réaliser le film, avant que Clint Eastwood ne prenne finalement en charge la réalisation, la production et le rôle principal en janvier 2018. Le scénariste Nick Schenk, déjà auteur du scénario de Gran Torino, a adapté l'article en conservant l'essentiel des excentricités du vrai Leo Sharp, tout en renommant le personnage Earl Stone et en transformant son passé militaire de la Seconde Guerre mondiale en vétéran de la guerre de Corée. Clint Eastwood confie avoir également puisé une part d'inspiration personnelle dans le souvenir de son propre grand-père, exploitant agricole dont il a cherché à retrouver la démarche et l'attitude pour construire son personnage. Il s'agit du premier rôle d'acteur d'Eastwood depuis Cette Rencontre en 2012, et son premier grand rôle principal dans un film qu'il réalise lui-même depuis Gran Torino en 2008.
La critique a réservé un accueil favorable au film, lui attribuant soixante-dix pour cent d'avis positifs sur l'agrégateur Rotten Tomatoes, le consensus du site le qualifiant de film imparfait mais plaisant de la période tardive de la carrière d'Eastwood, capable de conserver son équilibre malgré quelques faux pas ponctuels. Plusieurs observateurs ont salué la performance nuancée d'Eastwood, capable de faire de son personnage une figure à la fois attachante et profondément égoïste, incarnant les préoccupations récurrentes du cinéaste sur le regret et le pardon. D'autres critiques se sont montrés plus réservés, regrettant que le scénario n'explore pas suffisamment les questionnements éthiques que soulève pourtant la situation de son personnage principal, ainsi qu'un traitement jugé sous-exploité pour le personnage de Bradley Cooper, campant l'agent de la DEA chargé de traquer le convoyeur mystérieux.
Le public a réservé un accueil très favorable au film, qui s'est classé deuxième du box-office américain lors de sa sortie face à Spider-Man : New Generation, réalisant le troisième meilleur démarrage de la carrière d'acteur de Clint Eastwood après Gran Torino et Space Cowboys. Le film a rapporté plus de cent soixante-quatorze millions de dollars dans le monde, confirmant l'attrait persistant du public pour les productions portées par le réalisateur-acteur octogénaire.
Le film n'a pas été identifié comme lauréat de récompenses majeures lors de la saison des prix 2019, sa reconnaissance ayant surtout tenu à la performance de Clint Eastwood lui-même, saluée comme l'une des plus habitées et des plus personnelles de la dernière partie de sa carrière d'acteur.
Clint Eastwood confie avoir puisé une part de l'inspiration pour son personnage dans le souvenir de son propre grand-père, exploitant agricole dont il a cherché à retrouver la démarche particulière et l'attitude générale pour construire la gestuelle d'Earl Stone à l'écran. Le tournage, débuté début juin 2018, s'est déroulé à Atlanta et Augusta en Géorgie, ainsi qu'à Las Cruces au Nouveau-Mexique et dans le Colorado, reconstituant les longs trajets routiers effectués par le véritable Leo Sharp à travers les États-Unis. Le scénario reprend fidèlement de nombreux détails de l'article original de Sam Dolnick, notamment les excentricités du convoyeur, sa conduite erratique, sa tenue négligée et son habitude de s'arrêter dans des restaurants locaux pendant ses trajets, autant d'éléments qui le rendaient paradoxalement insoupçonnable aux yeux des forces de l'ordre. Le rôle de la fille d'Earl Stone dans le film est interprété par Alison Eastwood, propre fille de Clint Eastwood dans la vie réelle, un choix de casting qui ajoute une dimension personnelle supplémentaire au récit de réconciliation familiale au cœur du film. Le véritable Leo Sharp possédait une entreprise de fleurs nommée Brookwood Gardens près du lac Michigan, spécialisée dans les hémérocalles, dont il avait fait enregistrer plus de cent quatre-vingts variétés officielles, un détail biographique conservé presque à l'identique dans le film.
La Mule explore le regret et la possibilité tardive du pardon, à travers le parcours d'un homme qui a systématiquement fait passer sa carrière avant sa famille et qui tente, dans les dernières années de sa vie, de réparer les dégâts causés par des décennies d'absence. Le film aborde aussi la précarité économique des petits entrepreneurs face aux mutations du commerce à l'ère d'internet, point de départ de la spirale qui pousse Earl Stone vers la criminalité. La vieillesse et l'inattention sociale qu'elle engendre occupent également une place centrale, l'âge avancé du personnage principal devenant paradoxalement son meilleur atout pour échapper aux soupçons des autorités. Enfin, le film questionne la banalité du mal et la manière dont un homme peut se convaincre de la nature presque anodine d'une activité pourtant profondément criminelle et destructrice.
Après plusieurs mois d'une cavale profitable mais moralement trouble, Earl Stone finit par être arrêté par les autorités alors qu'il choisit délibérément de rendre visite à son ex-femme mourante plutôt que de fuir une dernière livraison, un choix qui scelle son sort mais réaffirme ses priorités familiales retrouvées. Face au tribunal, il refuse les conseils de son avocate et plaide coupable sans chercher à minimiser sa responsabilité, acceptant pleinement les conséquences de ses actes après des années de déni. Le film se referme sur son incarcération, la caméra s'éloignant pour révéler Earl Stone au sein de la prison, une conclusion qui privilégie l'acceptation lucide de la justice à toute forme d'échappatoire romancée, cohérente avec la réflexion du cinéaste sur la vieillesse et la responsabilité assumée de ses actes.
Le titre original, The Mule, désigne en argot américain le convoyeur chargé de transporter physiquement de la drogue pour le compte d'un réseau criminel, un rôle généralement considéré comme le plus exposé et le moins gratifiant de la chaîne du trafic. Ce terme, littéralement la mule en référence à l'animal de bât utilisé pour porter des charges, souligne ironiquement le statut subalterne et instrumentalisé d'Earl Stone au sein du cartel, malgré l'importance cruciale de son rôle dans l'acheminement de la marchandise. Le titre français, La Mule, conserve cette même image animale, résumant à lui seul la fonction dégradante mais essentielle occupée par le personnage principal tout au long du récit.
Sorti aux États-Unis le 14 décembre 2018 puis en France en janvier 2019, La Mule a confirmé le statut singulier de Clint Eastwood, capable à près de quatre-vingt-neuf ans de porter un film à la fois comme réalisateur et acteur principal avec un succès commercial solide. Le film demeure à ce jour l'une des dernières apparitions d'Eastwood devant la caméra, confirmant sa réflexion continue sur la vieillesse, la famille et la rédemption qui traverse l'ensemble de sa filmographie tardive.
Les amateurs de ce récit de rédemption tardive porté par un acteur vieillissant pourront se tourner vers The Old Man and the Gun de David Lowery, autre film de casse mettant en scène un acteur octogénaire, Robert Redford, dans un registre similaire de tendresse et de nostalgie, ou vers Gran Torino, précédent film réalisé et interprété par Clint Eastwood, qui partage avec La Mule une même réflexion sur la rédemption et le regard porté sur une Amérique en mutation.