Dans le Guatemala contemporain, une femme indigène est accusée du meurtre de plusieurs enfants. Alors qu'elle purge sa peine, des événements étranges se produisent, comme si la légende de La Llorona prenait vie. Ce film d'horreur social mêle réalisme et folklore pour explorer les traumatismes d'une nation. Une allégorie glaçante sur la culpabilité et la rédemption.
La Llorona s'inspire de la légende mexicaine du même nom, une femme qui noie ses enfants et erre ensuite en pleurant, cherchant à les remplacer. Jayro Bustamante a réinterprété ce mythe pour parler de la guerre civile guatémaltèque (1960-1996) et de ses séquelles. Le film est une suite spirituelle à son précédent long-métrage, Ixcanul (2015), qui explorait aussi les inégalités sociales au Guatemala. Le scénario a été écrit en collaboration avec Luis Fernando Peña, qui a aidé à lier le folklore à l'Histoire. Bustamante a expliqué que le film était une métaphore de la culpabilité collective du Guatemala face aux crimes commis pendant la guerre. Le titre fait référence à la fois à la légende et à la douleur des femmes guatémaltèques, souvent les premières victimes des violences.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a encensé La Llorona pour son audace et son originalité, saluant un film qui dépasse les codes de l'horreur pour offrir une réflexion politique profonde. The Guardian a qualifié le film de "chef-d'œuvre du cinéma d'auteur, où chaque plan est chargé de sens". Variety a applaudit la réalisation de Bustamante, qui mêle réalisme social et folklore avec une aisance rare. Certains critiques ont trouvé le film trop lent pour un public habitué aux jumpscares, mais la majorité a salué son approche subtile de la terreur. IndieWire a souligné la performance bouleversante de María Mercedes Coroy, qui porte le film presque à elle seule.
Réception du public : Le film a divisé le public : certains ont été captivés par son atmosphère oppressante, tandis que d'autres ont trouvé l'histoire trop complexe à suivre. Au Guatemala, le film a suscité des débats passionnés sur la mémoire historique et la réconciliation. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #LaLloronaGT a été utilisé pour partager des réactions et des analyses du film. Certains spectateurs ont quitté la salle pendant les scènes les plus angoissantes, tandis que d'autres ont applaudit à la fin. Le film a aussi touché les communautés indigènes, qui y ont vu une représentation rare de leur culture à l'écran.
Récompenses obtenues : La Llorona a remporté le Prix du Meilleur Film dans la section Encounters à la Berlinale 2020. María Mercedes Coroy a reçu le Prix de la Meilleure Actrice au Festival de Guanajuato. Le film a aussi été nommé pour un Goya Award (les César espagnols) dans la catégorie Meilleur film ibéro-américain. Il a remporté le Prix du Public au Festival de Lima et a été sélectionné pour représenter le Guatemala aux Oscars du meilleur film international. La photographie a été primée au Festival de Huelva.
Inspirations du réalisateur : Jayro Bustamante a grandit en entendant des histoires sur La Llorona, qu'on lui racontait pour le faire obéir. Il a été marqué par la façon dont cette légende était utilisée pour contrôler les femmes, en leur disant qu'elles seraient punies si elles ne se conformaient pas aux attentes sociales. Le réalisateur a aussi été inspiré par les témoignages des victimes de la guerre civile guatémaltèque, notamment ceux des femmes mayas qui ont perdu leurs enfants pendant le conflit. Une scène clé a été inspirée par un rêve de Bustamante, où il voyait une femme en robe blanche (comme La Llorona) marchant dans les rues de la capitale. Il a aussi puisé dans les rituels mayas pour donner une dimension spirituelle au film.
Difficultés de production : Tourner au Guatemala a posé des défis logistiques : l'équipe a dû négocier avec les communautés locales pour obtenir l'autorisation de filmer dans leurs villages. Certaines scènes ont été tournées dans des lieux réels liés à la guerre civile, ce qui a été émotionnellement difficile pour l'équipe. María Mercedes Coroy, qui joue Alma, a appris le maya kaqchikel (une langue indigène) pour le film, ce qui a pris des mois de préparation. Le tournage a aussi été marqué par des problèmes de financement : Bustamante a dû trouver des investisseurs européens pour boucler le budget. Enfin, certaines scènes ont été censurées au Guatemala pour éviter les controverses politiques.
Anecdote sur une scène particulière : La scène où Alma entend les pleurs des enfants pour la première fois a été tournée de nuit, dans une maison abandonnée où, selon la légende locale, une femme avait tué ses enfants. L'équipe a entendu des bruits étranges pendant le tournage, ce qui a renforcé l'atmosphère du film. La scène du procès, où Alma est confrontée aux familles des victimes, a été improvisée en partie. Les vrais parents des enfants disparus pendant la guerre civile ont participé au tournage, ajoutant une dimension documentaire au film. Pour la scène finale, où Alma se noie dans une rivière, Bustamante a attendu la saison des pluies pour avoir un débit suffisant.
Casting initialement prévu : À l'origine, le rôle d'Alma devait être joué par une actrice professionnelle, mais Bustamante a finalement choisi María Mercedes Coroy, une non-professionnelle repérée lors d'un casting dans un village maya. Sabrina de la Hoz, qui joue la femme de la famille bourgeoise, est une actrice de théâtre guatémaltèque connue pour son travail sur les droits des femmes. Margarita Kenéfic, qui incarne la grand-mère, est une figure respectée de la communauté indigène, choisie pour son charisme naturel.
La Llorona explore avant tout la culpabilité, à la fois individuelle (celle d'Alma) et collective (celle du Guatemala face à son histoire). Le film aborde la mémoire historique et la nécessité de faire face à son passé pour avancer. Bustamante y glisse une réflexion sur les inégalités sociales au Guatemala, où les élites (représentées par la famille bourgeoise) ont souvent exploité les communautés indigènes. Le folklore de La Llorona est utilisé comme une métaphore des traumatismes non résolus du pays. Enfin, le film parle de rédemption : Alma, en assumant sa culpabilité, libère aussi les esprits des enfants qu'elle a tués (symboliquement, ceux de la guerre civile).
La fin du film montre Alma se noyer dans une rivière, comme dans la légende de La Llorona. Ce choix narratif souligne que la culpabilité ne peut être lavée que par un sacrifice. Bustamante a expliqué que cette fin symbolique représente la nécessité pour le Guatemala de faire face à son passé : "Tant que la vérité ne sera pas reconnue, le pays restera hanté." Les dernières images, où l'on voit les fantômes des enfants disparaître, symbolisent cette libération. La musique, qui passe d'une mélodie angoissante à un silence, reflète cette paix retrouvée. Certains spectateurs y ont vu une métaphore de la justice : au Guatemala, beaucoup de criminels de guerre n'ont jamais été punis, et leurs victimes errent encore, comme des Lloronas modernes.
La Llorona (littéralement "La Pleureuse") est un hommage à la légende mexicaine, mais aussi une métaphore des femmes guatémaltèques qui ont perdu leurs enfants pendant la guerre civile. Le titre fait référence à la douleur des mères qui pleurent leurs disparus, mais aussi à la culpabilité de ceux qui ont commis des crimes et n'ont jamais été punis. En espagnol, "La Llorona" est une figure ambivalente : à la fois victime (elle pleure ses enfants) et monstre (elle les a tués). Bustamante a choisi ce titre pour souligner cette dualité dans l'Histoire du Guatemala : le pays est à la fois victime (des dictatures, de la pauvreté) et coupable (des violences commises contre ses propres citoyens). Enfin, le titre est une provocation : et si La Llorona n'était pas une légende, mais une réalité pour les femmes du Guatemala ?
La musique de La Llorona a été composée par Pascale Lamche, une compositrice française connue pour son travail sur des documentaires. La BO utilise des instruments traditionnels mayas (comme le marimba ou la flûte de roseau) pour créer une atmosphère à la fois familière et inquiétante. Le thème principal, "El Llanto" ("Les Pleurs"), est une mélodie répétitive qui évoque les lamentations de La Llorona. Lamche a aussi intégré des enregistrements de chants mayas et de bruits de la forêt pour renforcer l'immersion. La musique disparaît presque dans les scènes les plus tendues, laissant place aux sons naturels (vent, eau, cris), ce qui ajoute à l'angoisse. Enfin, la BO inclut une version moderne du "Canto de la Llorona", un chant traditionnel mexicain, réinterprété par une chanteuse guatémaltèque.
En 2023, La Llorona a été diffusé sur MUBI, ce qui lui a valu une nouvelle reconnaissance auprès des cinéphiles. Jayro Bustamante a annoncé travailler sur un nouveau projet, cette fois-ci centré sur la migration entre le Guatemala et les États-Unis. Le film a inspiré la création d'un fonds de soutien pour les victimes de la guerre civile au Guatemala. En 2024, il a été projeté au Congrès guatémaltèque dans le cadre d'un débat sur la mémoire historique. Bustamante a aussi reçu un prix d'honneur pour l'ensemble de son œuvre lors du Festival de Guadalajara. Le film a été sélectionné pour une rétrospective au Centre Pompidou à Paris, célébrant son impact sur le cinéma politique.
El Espinazo del Diablo (2001) - Guillermo del Toro : Un autre film qui mêle folklore et Histoire, avec une approche similaire de la terreur. La Cienaga (2001) - Lucrecia Martel : Un drame argentin qui explore les tensions sociales et les traumatismes familiaux. Ixcanul (2015) - Jayro Bustamante : Le précédent film du réalisateur, qui aborde aussi les inégalités au Guatemala. Roma (2018) - Alfonso Cuarón : Un portrait intime du Mexique des années 70, avec une dimension politique similaire. The Witch (2015) - Robert Eggers : Un film d'horreur qui utilise le folklore pour explorer les peurs collectives.