Enfermé dans une maison de correction pour jeunes délinquants après avoir rendu une copie blanche lors d'une épreuve de rédaction, Siggi Jepsen se voit contraint de rédiger un essai sur le thème des joies du devoir. Dans l'isolement de sa cellule, il replonge dans ses souvenirs d'enfance, en 1943, lorsque son père, officier de police, avait été chargé de faire appliquer aux mesures liberticides du régime nazi à l'encontre de son ami d'enfance, le peintre Max Nansen, alors interdit d'exercer. Face à l'obéissance aveugle de son père, le jeune Siggi choisit de se rebeller pour protéger Max et son œuvre. Le récit interroge la construction morale d'un enfant pris entre devoir filial et sens de la justice.
La Leçon d'allemand adapte le roman éponyme de l'écrivain allemand Siegfried Lenz, publié en 1968, qui aborde frontalement la question de l'endoctrinement nazi et de l'obéissance aveugle à l'autorité. Traduit dans une vingtaine de langues et vendu à plus de deux millions d'exemplaires, le roman a longtemps figuré dans les programmes scolaires de littérature en Allemagne, où il reste considéré comme une œuvre incontournable sur la mémoire du nazisme. Le réalisateur Christian Schwochow confie avoir eu l'envie de porter ce texte à l'écran dès 2008, estimant que peu de romans comptent autant dans sa vie, et le juge atypique pour un livre traitant de la Seconde Guerre mondiale sans jamais quitter un microcosme familial isolé. Le scénario a été confié à Heide Schwochow, mère du réalisateur, qui avait déjà collaboré avec lui sur plusieurs de ses films précédents. La production s'est appuyée sur les paysages sans fin de la côte allemande de la mer du Nord pour figurer une forme d'oppression à ciel ouvert, en écho au thème central du roman. Le film est sorti en Allemagne en 2019 avant d'arriver dans les salles françaises en janvier 2022.
La critique française a salué un film à l'atmosphère à la fois étrange et d'une grande beauté formelle, capable de revisiter les heures sombres de l'Allemagne nazie sous un angle plus intime et universel que la plupart des œuvres consacrées à cette période. Plusieurs journaux ont souligné la force du face-à-face entre le père autoritaire et son fils rebelle, ainsi que la qualité de l'interprétation d'Ulrich Noethen et de Tobias Moretti. Le public a également été sensible à la reconstitution soignée de l'époque et du littoral allemand, ainsi qu'à la manière dont le film restitue la peur et l'oppression ressenties par les personnages sans recourir à des scènes spectaculaires de violence directe. Plusieurs spectateurs ont salué un point de vue original sur le nazisme, vu à travers le regard d'un enfant confronté à la trahison morale de son propre père.
Lors du Festival de Berlin 2008, les producteurs Jutta Lieck-Klenke et Dietrich Kluge font la connaissance de Christian Schwochow, qui venait alors d'achever son premier long métrage, et lui font part de leur souhait de porter à l'écran le roman de Siegfried Lenz : Schwochow leur confie immédiatement l'importance particulière que ce texte revêt à ses yeux. Le scénario a été confié à sa propre mère, Heide Schwochow, ce qui donne au projet une dimension presque familiale, en résonance avec le thème du conflit entre père et fils au cœur du récit.
Le film interroge en profondeur le conflit entre devoir collectif imposé par une idéologie totalitaire et responsabilité individuelle, à travers la relation tendue entre un père zélé et un fils habité par le sens de la justice. Il explore également la manière dont l'endoctrinement et l'obéissance aveugle peuvent transformer des hommes ordinaires en simples exécutants d'un système oppressif. La question de l'art et de la création, incarnée par le peintre Max Nansen interdit d'exercer, permet enfin d'aborder la censure et la résistance intellectuelle face à la barbarie.
Le titre renvoie littéralement au sujet de rédaction imposé à Siggi dans sa maison de correction, Les joies du devoir, dont l'écriture forcée devient le prétexte à une plongée dans son passé et une véritable leçon, non pas de langue allemande mais de conscience morale allemande face au nazisme.
Sorti en Allemagne dès 2019, La Leçon d'allemand n'a été distribué en France qu'en janvier 2022, à l'occasion d'une programmation dans plusieurs festivals consacrés au cinéma allemand, confirmant l'intérêt durable du public français pour les œuvres interrogeant la mémoire du nazisme.
Les spectateurs ayant apprécié La Leçon d'allemand pourront se tourner vers La Vague de Dennis Gansel, qui explore lui aussi la fascination pour l'autoritarisme au sein de la jeunesse allemande, ou vers Le Ruban blanc de Michael Haneke, sur les racines de la violence dans une communauté allemande du début du XXe siècle.