Hazel Flagg, jeune femme d'une petite ville américaine, est diagnostiquée à tort d'une maladie incurable due à un empoisonnement au radium. Un journaliste new-yorkais en mal de sensationnalisme décide de l'inviter dans la grande ville pour en faire une héroïne médiatique avant sa mort supposément imminente. Mais quand Hazel apprend qu'elle est en réalité parfaitement en bonne santé, elle se retrouve prise au piège de son propre mensonge devenu sensation nationale. Cette comédie screwball mordante signée William A. Wellman tourne en dérision le sensationnalisme de la presse américaine des années 1930 avec un humour aussi cinglant qu'irrésistible.
La Joyeuse Suicidée — Nothing Sacred en version originale — est adapté d'une nouvelle de James H. Street parue dans le magazine Cosmopolitan, que le producteur David O. Selznick avait acquise pour en faire l'une de ses productions indépendantes les plus ambitieuses de l'époque. Le scénariste Ben Hecht, déjà réputé pour son sens aigu de la satire et du dialogue rapide caractéristique de la comédie screwball, a transformé cette nouvelle en une charge féroce contre le sensationnalisme journalistique et la fabrication médiatique de célébrités éphémères, un sujet d'une actualité brûlante dans l'Amérique de la Grande Dépression. William A. Wellman, réalisateur reconnu pour sa polyvalence entre drames sociaux et comédies, voyait dans ce projet l'opportunité de mettre en scène une satire mordante tout en exploitant le glamour technicolor encore relativement rare à cette époque pour une comédie. Le film constituait également l'une des rares incursions de Selznick dans la comédie pure, lui qui était davantage associé aux grandes productions dramatiques, ce qui témoignait de son ambition de diversifier son catalogue de productions indépendantes prestigieuses.
Résumé des critiques professionnelles : La Joyeuse Suicidée a reçu un accueil critique très favorable à sa sortie, les journalistes saluant la verve satirique du scénario de Ben Hecht et l'efficacité comique de la mise en scène de Wellman. La performance de Carole Lombard, alors au sommet de son art dans le registre de la comédie screwball, a été particulièrement célébrée pour son énergie et son sens du timing comique exceptionnel. Le film a été reconnu comme l'une des satires les plus mordantes jamais réalisées sur le monde du journalisme et de la presse à sensation américaine.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial honorable, le public appréciant la verve comique du duo formé par Lombard et Fredric March ainsi que l'utilisation alors novatrice de la couleur Technicolor pour une comédie. Les spectateurs ont particulièrement goûté l'audace satirique du propos, qui n'épargnait ni les journalistes ni le public lui-même, friand de sensationnalisme médiatique.
Récompenses obtenues : La Joyeuse Suicidée n'a pas reçu de nominations majeures aux Oscars de l'époque, mais le film est aujourd'hui considéré comme un classique du genre screwball et figure dans de nombreuses rétrospectives consacrées à l'âge d'or de la comédie hollywoodienne des années 1930.
Inspirations du réalisateur : William A. Wellman s'est appuyé sur le scénario incisif de Ben Hecht pour construire un rythme de comédie effréné, typique du genre screwball alors en plein essor à Hollywood, cherchant à maintenir une cadence de dialogues rapide qui ne laisse jamais de répit au spectateur entre deux répliques mordantes.
Difficultés de production : L'utilisation du Technicolor, technique encore coûteuse et techniquement exigeante à l'époque, représentait un choix de production audacieux pour une comédie, ce procédé étant généralement réservé aux grandes productions dramatiques ou aux films d'aventure plutôt qu'aux comédies rapides nécessitant une grande flexibilité de tournage.
Anecdote sur une scène particulière : La célèbre scène de bagarre entre Hazel et le journaliste, mise en scène avec un sens du burlesque assumé, a nécessité une chorégraphie particulièrement précise pour que la violence comique reste toujours du côté du rire plutôt que du malaise, un équilibre délicat caractéristique du meilleur de la comédie screwball.
La Joyeuse Suicidée livre une satire mordante du sensationnalisme journalistique et de la fabrication médiatique de célébrités éphémères, dénonçant avec férocité la presse prête à exploiter n'importe quel drame humain, même fabriqué, pour faire vendre du papier. Le mensonge et ses conséquences en cascade structurent toute l'intrigue, chaque protagoniste se retrouvant prisonnier d'une spirale de tromperies qu'il devient de plus en plus difficile de démêler sans perdre la face publiquement. Le film interroge également la complaisance du public lui-même, avide de drames sensationnels et de héros tragiques, complice malgré lui de cette mécanique médiatique mensongère. La satire sociale de l'Amérique urbaine, opposée à la petite ville provinciale d'origine de l'héroïne, offre un regard ironique sur les valeurs contrastées de ces deux mondes que tout semble opposer.
La résolution du film voit Hazel et le journaliste, désormais amoureux malgré le mensonge initial qui les a réunis, orchestrer une fausse noyade pour permettre à la jeune femme de disparaître discrètement de la vie publique sans jamais avouer officiellement la supercherie de sa fausse maladie. Cette pirouette narrative permet au couple de s'échapper ensemble vers une nouvelle vie loin du tumulte médiatique qu'ils ont eux-mêmes contribué à créer, sans que justice ne soit véritablement rendue ni que les véritables responsabilités ne soient assumées publiquement. Cette conclusion cynique et ironique, fidèle à l'esprit satirique de tout le film, refuse la morale facile pour suggérer que dans ce monde de mensonges généralisés, l'amour authentique peut malgré tout trouver sa place.
Nothing Sacred — littéralement "Rien n'est Sacré" — résume parfaitement l'esprit corrosif et sans concession de cette satire qui n'épargne aucune institution, qu'il s'agisse de la presse, du corps médical ou même de la sincérité des sentiments amoureux, tout étant susceptible d'être manipulé et exploité à des fins mercantiles ou sensationnalistes. Le titre français, La Joyeuse Suicidée, met davantage l'accent sur le paradoxe central de l'intrigue, cette héroïne célébrée pour une mort imminente qui n'aura finalement jamais lieu, jouant sur l'ironie tragique de cette situation absurde et burlesque.
La Joyeuse Suicidée demeure un classique apprécié des amateurs de comédie screwball, son humour mordant sur les dérives médiatiques conservant une pertinence surprenante à l'époque contemporaine des fake news et du sensationnalisme numérique. Carole Lombard, tragiquement disparue dans un accident d'avion en 1942, reste l'une des grandes icônes de la comédie hollywoodienne des années 1930, et ce film figure parmi ses performances les plus mémorables. Le film continue d'être régulièrement projeté dans les rétrospectives consacrées à l'âge d'or de la comédie américaine.
Volage et Volant de Howard Hawks (1940) partage le même univers satirique du journalisme et le même rythme effréné caractéristique de la comédie screwball. New York Miami de Frank Capra (1934) constitue l'une des œuvres fondatrices du genre dont s'inspire directement ce film. Place au Vainqueur de Frank Capra (1941) explore également la manipulation médiatique et la fabrication de héros populaires par la presse. Network de Sidney Lumet (1976) traite avec une noirceur supérieure cette même satire des dérives du journalisme à sensation. Enfin, La Belle Équipe de Julien Duvivier (1936) offre, dans un registre français différent, une réflexion sociale contemporaine sur la même décennie tourmentée.