Jim Stark, dix-sept ans, vient d'emménager à Los Angeles avec ses parents après une nouvelle série de déménagements causés par ses précédents écarts de conduite. Dès son premier jour au lycée, il se retrouve mêlé à une bande menée par le charismatique mais violent Buzz Gunderson, tout en se liant d'amitié avec Judy, une camarade de classe fragile en quête de reconnaissance paternelle, et avec Platon, un adolescent solitaire et perturbé. Pris au piège d'un système de valeurs adolescentes fondé sur l'honneur et la bravade, Jim se retrouve entraîné malgré lui dans une course automobile mortelle qui va bouleverser à jamais la vie de tous les protagonistes. Ce portrait sensible d'une jeunesse en crise dénonce avec force l'incapacité des adultes à comprendre et accompagner leurs enfants.
La Fureur de vivre s'inspire librement de l'ouvrage éponyme du psychiatre Robert M. Lindner, publié en 1944, dont la Warner Bros achète les droits avant de confier le projet au réalisateur Nicholas Ray. Ce dernier, qui a lui-même écrit un récit sur le même thème intitulé The Blind Run, prend conscience de l'absurdité du postulat initial consistant à opposer systématiquement des jeunes délinquants issus de familles pauvres à des figures rassurantes issues de milieux aisés. Il décide alors de retravailler entièrement l'approche du scénario en insistant sur le fait que le mal-être adolescent traverse toutes les classes sociales sans distinction. Sur les conseils d'Elia Kazan, qui vient tout juste de le diriger dans À l'est d'Éden, Nicholas Ray choisit le jeune James Dean pour incarner Jim Stark, un rôle qui va profondément marquer sa courte carrière. Le rôle de Judy devait initialement revenir à Jayne Mansfield, mais c'est finalement Natalie Wood qui est choisie, son interprétation se révélant nettement plus nuancée que ce que le réalisateur avait initialement envisagé. Le tournage, prévu au départ en noir et blanc comme une simple série B, est finalement réévalué en couleur par la Warner, consciente du potentiel commercial exceptionnel du projet.
À sa sortie le 27 octobre 1955, La Fureur de vivre reçoit un accueil critique très favorable, la presse saluant l'audace du portrait dressé sur la jeunesse américaine des années 1950 ainsi que l'intensité bouleversante de l'interprétation de James Dean. Les critiques soulignent la modernité de la mise en scène de Nicholas Ray, qui parvient à installer une tension psychologique constante tout en filmant avec sensibilité les tourments intérieurs de ses jeunes personnages. Le film est également salué pour sa capacité à transposer des mythes universels, certains observateurs y voyant un écho moderne au mythe d'Œdipe transposé dans l'Amérique des années cinquante. Le public réserve un accueil triomphal au film, dont le succès est amplifié par la mort tragique de James Dean survenue dans un accident de voiture un mois seulement avant la sortie en salles. Cette disparition brutale transforme immédiatement le film en un véritable phénomène culturel, les jeunes spectateurs du monde entier s'identifiant massivement au personnage de Jim Stark et adoptant sa tenue devenue iconique, jean et blouson rouge. Le succès commercial du film contribue à ériger James Dean en icône éternelle de la jeunesse rebelle, statut renforcé par la brièveté tragique de sa carrière. La Fureur de vivre obtient deux nominations aux Oscars, pour le meilleur second rôle masculin décerné à Sal Mineo et pour la meilleure histoire originale de Nicholas Ray, ainsi qu'une nomination pour Natalie Wood dans la catégorie meilleur second rôle féminin. En 1990, le film est sélectionné par la Bibliothèque du Congrès pour intégrer le National Film Registry en raison de son importance culturelle et historique.
La fameuse scène du combat au couteau entre James Dean et Corey Allen est intégralement réalisée avec de véritables lames, les deux acteurs ne portant qu'une cotte de mailles dissimulée sous leurs manches pour se protéger d'éventuels coups perdus. C'est Frank Mazzola, ancien membre d'un gang de Hollywood engagé comme conseiller technique, qui enseigne à James Dean le maniement du couteau utilisé lors de cette scène devenue culte. James Dean se blesse réellement au poignet lors du tournage de la scène du commissariat, en frappant avec beaucoup trop de force sur le comptoir dans un accès de colère parfaitement improvisé. La désormais célèbre scène où Jim Stark interagit avec un singe au zoo est également le fruit d'une improvisation totale de l'acteur, non prévue initialement dans le scénario original.
La Fureur de vivre dresse un portrait saisissant du mal-être adolescent et de la quête d'identité propre à la jeunesse des classes moyennes américaines dans l'Amérique conformiste des années 1950. Le film interroge frontalement la démission des figures parentales, incapables de comprendre ou d'accompagner leurs enfants dans cette période charnière de passage à l'âge adulte. La question de la masculinité et de la pression exercée par les codes d'honneur adolescents occupe également une place centrale, notamment à travers les défis lancés par la bande de Buzz Gunderson. Le film aborde aussi la solitude et l'incompréhension vécues par des jeunes en quête désespérée de reconnaissance et d'appartenance à un groupe. Enfin, l'œuvre célèbre la force des liens d'amitié et de solidarité qui se tissent entre marginaux, Jim, Judy et Platon formant progressivement une véritable famille de substitution face à la défaillance de leurs propres foyers.
Après la mort accidentelle de Buzz survenue lors d'une course automobile insensée, Jim tente en vain de convaincre ses parents et la police de la vérité des événements, se heurtant à l'incompréhension totale de son entourage adulte. Réfugié avec Judy et Platon dans un vieux manoir désaffecté, le trio vit un moment de répit et de complicité fraternelle avant que la situation ne dégénère brutalement lorsque l'ancienne bande de Buzz retrouve leur trace pour se venger. Platon, terrorisé et armé, finit tragiquement abattu par la police malgré les efforts désespérés de Jim pour désamorcer la situation et protéger son ami le plus fragile. Cette mort injustifiée provoque un électrochoc chez le père de Jim, qui prend enfin conscience de ses propres manquements et promet à son fils de mieux l'épauler à l'avenir. Le film se referme sur cette prise de conscience douloureuse, suggérant que seule une véritable écoute des adultes envers leurs enfants pourrait éviter que de telles tragédies ne se reproduisent.
Le titre original, Rebel Without a Cause, littéralement « rebelle sans cause », souligne l'absence de motif rationnel derrière la révolte des personnages, suggérant que leur mal-être ne provient d'aucune injustice sociale flagrante mais bien d'un vide existentiel profond propre à leur génération. Ce titre reprend directement celui de l'ouvrage du psychiatre Robert M. Lindner dont le film s'inspire librement, tout en s'en écartant considérablement sur le fond narratif. La version française, La Fureur de vivre, opte pour une traduction plus poétique et englobante, mettant l'accent sur l'énergie vitale et la passion dévorante qui anime ces jeunes personnages plutôt que sur l'absence de motif de leur rébellion. Ce choix de titre français, devenu tout aussi culte que l'original anglais, insiste ainsi davantage sur la dimension existentielle et universelle du récit que sur son ancrage psychiatrique initial.
Les amateurs de ce portrait de la jeunesse rebelle apprécieront également L'Équipée sauvage avec Marlon Brando, sorti l'année précédente et abordant lui aussi la marginalité adolescente à travers le prisme des bandes de motards. On peut aussi citer Graine de violence de Richard Brooks, sorti la même année et traitant de la délinquance juvénile en milieu scolaire. À l'est d'Éden, autre film emblématique de James Dean réalisé par Elia Kazan, explore également les tourments d'un jeune homme en quête de reconnaissance paternelle.