Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d'une banlieue ouvrière de Caracas, jouant à des jeux de confrontation qui reflètent la brutalité ambiante de leur environnement. Lorsqu'il blesse gravement un garçon du quartier lors d'une bagarre, son père Andrés, qu'il voit rarement, le force à prendre la fuite avec lui pour échapper à d'inévitables représailles. Contraints de dormir où ils peuvent et d'enchaîner les petits boulots pour survivre, le père et le fils, qui ne se comprenaient pas jusque-là, vont peu à peu se rapprocher. Ce périple forcé à travers Caracas devient l'occasion inattendue de reconstruire un lien familial fragilisé par l'absence et l'incompréhension.
La Familia est le premier long métrage du réalisateur vénézuélien Gustavo Rondón Córdova, diplômé de l'Université centrale du Venezuela puis de la prestigieuse école de cinéma FAMU de Prague, où il s'est spécialisé en réalisation après plusieurs courts métrages remarqués dans des festivals comme Berlin ou Tribeca. Le cinéaste explique avoir toujours traité dans ses films des relations familiales et des conflits intimes, et souhaitait avec ce premier long métrage exprimer son rapport ambivalent, fait d'attraction et de rejet, à sa ville natale de Caracas, devenue de plus en plus dangereuse au fil des années. Sans être ouvertement autobiographique, le film a été nourri par les souvenirs personnels du réalisateur, qui a grandi dans une ville rongée par la violence, poussant les habitants à se cloîtrer chez eux par peur des agressions. Gustavo Rondón Córdova voulait avant tout que Caracas elle-même devienne le véritable personnage principal de son récit, plus qu'une simple toile de fond pour l'histoire du père et du fils.
Le film a été très bien accueilli par la critique internationale lors de sa présentation à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2017, saluée comme la première œuvre vénézuélienne à intégrer cette compétition prestigieuse. Les observateurs ont particulièrement loué la sobriété de la mise en scène, qui évite tout sensationnalisme et choisit systématiquement le hors-champ pour représenter les scènes de violence les plus dures. Le public a été touché par la justesse du jeu des deux acteurs principaux, notamment le jeune Reggie Reyes, acteur non professionnel repéré alors qu'il jouait au football dans la rue. La Familia a remporté le prix du meilleur film au Festival de Biarritz Amérique latine en 2017 et a été choisi pour représenter le Venezuela aux Oscars 2019 dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère.
Gustavo Rondón Córdova a choisi de ne montrer le scénario à ses deux acteurs principaux, Giovanny García et Reggie Reyes, que la veille ou le jour même de chaque scène, afin de préserver la spontanéité et l'authenticité de leur jeu tout au long du tournage. Pour trouver son jeune acteur principal, le réalisateur s'est fait passer pour un assistant de casting parmi une vingtaine d'enfants sélectionnés, développant une relation de confiance avec Reggie Reyes avant même de lui révéler qu'il serait le héros du film. Le tournage s'est déroulé dans l'ordre chronologique du scénario, un choix qui a permis de renforcer la vérité et l'évolution progressive de la relation entre le père et le fils au fil du récit.
La Familia explore la reconstruction d'un lien père-fils fragilisé par l'absence et l'incompréhension, dans le contexte d'une violence urbaine omniprésente qui façonne le comportement des plus jeunes dès l'enfance. Le film interroge également la précarité économique et sociale du Venezuela contemporain, ainsi que la capacité de l'amour familial à surmonter les épreuves les plus dures, même lorsque les circonstances semblent vouées à l'échec.
À la fin du film, Andrés et Pedro, après leur périple forcé à travers Caracas, ont développé un lien bien plus fort que celui qu'ils entretenaient au début du récit, la fuite ayant paradoxalement permis leur rapprochement. Le film se termine sur le regard de Pedro, un choix de mise en scène délibéré du réalisateur qui souhaitait clore son histoire sur la perspective de l'enfant plutôt que sur celle de l'adulte. Cette conclusion, sans résolution dramatique éclatante, laisse entendre que le duo devra continuer à naviguer dans un environnement hostile, mais désormais unis comme une véritable famille.
Le titre La Familia, qui signifie littéralement « La famille » en espagnol, était initialement un titre de travail que le réalisateur a finalement décidé de conserver après le montage, réalisant que ses deux personnages principaux, bien que réduits à deux membres, formaient malgré tout une véritable famille. Ce titre simple et universel souligne la dimension intime du récit, centré sur la reconstruction d'un lien familial plutôt que sur le contexte de violence urbaine qui l'entoure.
Les amateurs de La Familia pourront se tourner vers La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, pour son traitement de la violence urbaine chez les jeunes dans les favelas brésiliennes, ou vers Pixote, la loi du plus faible de Hector Babenco, pour son regard tout aussi sans concession sur l'enfance livrée à elle-même en Amérique latine.