Le jour de ses seize ans, à Chicoutimi en 1996, Catherine voit ses parents se disputer violemment avant de se séparer peu après. Livrée à elle-même dans une famille qui se fissure, elle trouve refuge dans un nouveau cercle d'amis qui devient le centre de son univers. Sous la trame punk rock des années 1990, elle expérimente, dérape et se perd, multipliant les prises de risques. Rebelle et affranchie, elle repousse chaque jour un peu plus ses propres limites, au péril de sa sécurité.
La Déesse des mouches à feu est l'adaptation du roman éponyme de Geneviève Pettersen, publié en 2014, qui a connu un immense succès populaire au Québec. Anaïs Barbeau-Lavalette a découvert le livre sur recommandation de sa libraire en 2014 et l'a lu en une seule soirée, avant d'appeler dès le lendemain matin son producteur pour lui annoncer sa volonté d'en tirer une adaptation cinématographique. Elle a été particulièrement frappée par la précision avec laquelle le roman décrivait sa propre génération, y retrouvant des références d'une justesse rare sur l'adolescence des années 1990. Le scénario a été confié à la scénariste Catherine Léger, qui a dû relever le défi de transposer à l'écran un roman entièrement porté par la voix narrative intérieure de Catherine, en construisant à la place des dialogues et une mise en scène capables de faire ressentir cette même intensité sans recourir à la voix off. La réalisatrice, dont l'œuvre s'intéresse de longue date à l'enfance et à l'adolescence dans la marge, a voulu livrer un portrait à la fois cru et féérique de cet âge ingrat.
La Déesse des mouches à feu a été accueillie de façon contrastée par la critique, plusieurs observateurs saluant l'intensité de l'interprétation de la jeune Kelly Depeault et l'authenticité de la reconstitution des années 1990, tandis que d'autres ont jugé le récit trop proche des codes classiques du film initiatique adolescent.
Le public québécois a réservé un accueil particulièrement enthousiaste au film, porté par le succès préexistant du roman de Geneviève Pettersen et par la reconnaissance immédiate de toute une génération dans le récit de Catherine. La sortie française, en novembre 2021, a permis au film de toucher un public plus large au-delà du Québec.
Le film a été récompensé à sept reprises lors du Gala Québec Cinéma 2021, notamment dans les catégories meilleur film et meilleure réalisation, ainsi que par la révélation de l'année pour la jeune Kelly Depeault, confirmant une reconnaissance critique institutionnelle majeure au Québec.
Anaïs Barbeau-Lavalette s'est directement inspirée du roman de Geneviève Pettersen, frappée par sa justesse à décrire sa propre génération, pour porter à l'écran cette adaptation qu'elle a immédiatement souhaité réaliser après sa lecture.
Le tournage, débuté fin mai 2019, a été pensé dès le départ comme le premier tournage écoresponsable de l'histoire du cinéma québécois, avec réduction des déplacements, covoiturage encouragé, compost et recyclage sur le plateau, ainsi qu'un choix de costumes privilégiant les matières recyclées.
La bande-son grunge du film, comprenant notamment des titres de David Bowie et du groupe BB, ainsi que de nombreuses références à Kurt Cobain, a nécessité un important travail de reconstitution musicale pour restituer fidèlement l'ambiance sonore des années 1990 telle que vécue par les adolescents de l'époque.
La Déesse des mouches à feu explore la déflagration familiale à travers le divorce des parents de Catherine et ses conséquences sur son équilibre adolescent, ainsi que les dérives liées à la drogue, à l'alcool et aux premières expériences sexuelles à l'âge ingrat. Le film aborde également l'amitié et la solidarité entre adolescents comme refuge face à l'effondrement du cocon familial, ainsi que la quête d'identité propre à la culture punk rock des années 1990.
Le film se conclut sans offrir de résolution simpliste au parcours chaotique de Catherine, qui continue d'osciller entre prises de risques et instants de grâce jusqu'aux dernières scènes du récit. Ce dénouement volontairement ouvert souligne la fragilité persistante de l'adolescence, refusant tout happy end artificiel pour privilégier une forme de vérité crue sur cette période charnière de la vie de l'héroïne.
Le titre La Déesse des mouches à feu, directement repris du roman de Geneviève Pettersen, associe la figure mythologique et lumineuse de la déesse à celle, plus modeste et éphémère, des mouches à feu, ces lucioles qui brillent brièvement dans la nuit. Cette image poétique renvoie à Catherine elle-même, à la fois rayonnante et fragile, brillant intensément mais brièvement au cœur de son adolescence tumultueuse.
Le succès du film au Québec, couronné par sept Prix Iris au Gala Québec Cinéma 2021, a confirmé la place d'Anaïs Barbeau-Lavalette parmi les cinéastes majeures de sa génération, et a permis à la jeune Kelly Depeault de se faire connaître sur la scène cinématographique québécoise. Le film continue d'être régulièrement cité comme une référence du cinéma initiatique québécois contemporain.
Le film s'inscrit dans la tradition du récit initiatique adolescent centré sur une jeune fille en pleine dérive, dans la lignée d'autres adaptations littéraires québécoises consacrées à la jeunesse en marge. Il peut également être rapproché d'autres films sur l'adolescence des années 1990 marqués par l'esthétique et la culture musicale grunge et punk rock.