Vingt-cinq ans après avoir quitté les salles de billard, l'ancien champion "Fast Eddie" Felson est devenu un représentant en alcools fatigué mais malin. Sa route croise celle de Vincent Lauria, un jeune joueur arrogant mais doté d'un talent brut exceptionnel pour le billard américain. Flairant le potentiel financier de ce prodige naïf, Eddie décide de le prendre sous son aile et de lui enseigner les ficelles de l'arnaque. Ensemble, ils se lancent dans une tournée des tripots routiers qui va raviver les vieux démons du vieux maître.
La genèse de ce chef-d'œuvre est intimement liée à la carrière de Paul Newman, qui souhaitait ardemment reprendre le personnage emblématique d'Eddie Felson qu'il avait incarné en 1961 dans L'Arnaqueur. Le film est adapté du roman éponyme de Walter Tevis publié en 1984, qui imaginait la suite logique de la vie du champion de billard. L'idée originelle s'est concrétisée lorsque Newman a personnellement contacté Martin Scorsese pour lui proposer de réaliser le film. Scorsese, initialement hésitant à l'idée de faire une suite, a trouvé son inspiration en transformant le script en une réflexion profonde sur le vieillissement, la transmission et la perte de l'intégrité artistique face à l'argent. La confrontation générationnelle entre Newman et la jeune star montante Tom Cruise a achevé de structurer la dynamique du projet.
La critique professionnelle a accueilli le film avec un grand enthousiasme, louant la virtuosité technique de la caméra de Martin Scorsese qui parvient à rendre les parties de billard aussi dynamiques que des scènes d'action. Le duel psychologique entre la retenue de Paul Newman et l'énergie brute de Tom Cruise a été unanimement salué par la presse.
Le grand public a transformé le film en un immense succès au box-office mondial, attiré par la réunion inédite de deux monstres sacrés du cinéma américain de générations différentes. Le long-métrage a grandement contribué à populariser le billard à travers le monde.
Le film a été une consécration majeure lors de la cérémonie des Oscars en 1987. Paul Newman a enfin remporté l'Oscar du Meilleur Acteur pour sa prestation magistrale, réparant une injustice historique de l'Académie, tandis que le film glanait plusieurs autres nominations techniques.
Martin Scorsese s'est inspiré des mouvements de caméra de ses films de gangsters pour filmer les tables de billard comme de véritables arènes de combat psychologique. Il passait des heures à calculer les angles de prise de vue pour dynamiser les trajectoires de boules.
La principale difficulté de production a consisté à tourner dans de vraies salles de billard sombres et exiguës tout en y insérant du matériel de tournage lourd. Les acteurs ont dû s'entraîner de manière intensive pendant des semaines pour réaliser eux-mêmes la quasi-totalité des coups techniques visibles à l'écran.
Pour l'anecdote sur une scène particulière, le coup incroyable réalisé par Tom Cruise sur l'air de la chanson Werewolves of London a été filmé sans trucage après des dizaines de tentatives infructueuses. Cruise a refusé d'être doublé pour prouver qu'il avait acquis le niveau d'un vrai joueur professionnel.
Le casting initialement prévu n'a pas connu de grandes variations puisque Paul Newman possédait déjà les droits du personnage principal. Le choix de Tom Cruise s'est imposé à Scorsese après sa révélation dans Risky Business, le cinéaste cherchant un jeune acteur capable d'incarner une arrogance charmante mais naïve.
Le film explore en profondeur les thèmes de la transmission intergénérationnelle, de la perte de l'innocence et de la corruption de l'art par l'appât du gain. Il s'intéresse à la rédemption d'un vieil arnaqueur qui retrouve sa dignité perdue en se mesurant à son élève. L'œuvre analyse le besoin viscéral de reconnaissance et la fierté masculine à travers la compétition.
Lors du grand tournoi d'Atlantic City, Eddie réalise que Vincent a fait exprès de perdre contre lui pour empocher l'argent des paris clandestins. Refusant cette victoire faussée, Eddie retrouve sa fierté et défie Vincent à huis clos, pour la beauté du sport. Le film s'achève sur le plan emblématique d'Eddie brisant le triangle de billard en s'écriant "I'm back!", signifiant qu'il joue enfin pour lui-même.
Le titre symbolise la perversion des valeurs sportives par l'argent, la couleur verte du tapis de billard se confondant ici avec la couleur des billets de banque américains. Il résume le conflit central d'Eddie qui doit choisir entre empocher des gains faciles ou retrouver la pureté de son talent.
La bande originale, supervisée par le grand Robbie Robertson (ex-leader de The Band), bénéficie d'une mention spéciale pour son ambiance blues et rock mémorable. Elle compile des morceaux légendaires d'Eric Clapton, de B.B. King et de Robert Palmer qui collent parfaitement à l'atmosphère enfumée des tripots américains.
Le film reste considéré comme l'un des grands classiques populaires de la filmographie de Martin Scorsese. Il fait régulièrement l'objet de projections spéciales dans les cinémathèques pour célébrer le génie dramatique de Paul Newman.
L'Arnaqueur, Les Joueurs, Le Kid de Cincinnati