Dimanche, 12 juillet 2026
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La Cité de la peur

La Cité de la peur

1994 France
Synopsis

Pendant le Festival de Cannes, l'attachée de presse Odile Deray peine à faire parler de Red Is Dead, un mauvais film d'horreur dont personne ne veut entendre parler malgré tous ses efforts de promotion. Son sort bascule lorsque les projectionnistes du film sont assassinés les uns après les autres, exactement selon le mode opératoire du tueur fictif de Red Is Dead, un mystérieux tueur armé d'un marteau et d'une faucille. Comprenant tout le potentiel publicitaire de cette affaire macabre, Odile fait venir sur place l'acteur principal du film et engage un garde du corps pour le protéger, pendant que le commissaire Bialès enquête sur les meurtres. Entre parodie de film catastrophe et enquête policière complètement loufoque, ce trio comique va transformer ce fait divers sanglant en événement médiatique absurde.

Genèse du film

La Cité de la peur n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original écrit collectivement par le trio des Nuls, Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia, qui souhaitaient depuis longtemps porter au cinéma l'humour absurde et référentiel qui avait fait leur succès sur Canal+. Le projet a d'abord été proposé à Claude Berri, qui avait côtoyé le groupe sur la chaîne cryptée, mais celui-ci a refusé de s'en occuper, jugeant le scénario un peu débile. C'est finalement Alain Berbérian, qui réalisait déjà les clips de fausses publicités et les parodies de bandes-annonces des Nuls, qui a été chargé de mettre en scène ce projet, apportant à l'absurde des Nuls une rigueur de mise en scène qui a grandement contribué à l'efficacité comique du film. Le trio s'est directement inspiré des Monty Python britanniques pour l'humour absurde, de la troupe américaine ZAZ pour la densité de gags visuels, et du Saturday Night Live pour l'approche parodique, adaptant ces influences anglo-saxonnes à un contexte typiquement français. Le film a été pensé comme une parodie assumée des films d'horreur et catastrophe hollywoodiens, transposée dans le cadre bien réel du Festival de Cannes.

Critiques et réception

La critique a d'abord réservé un accueil mesuré au film lors de sa sortie en 1994, certains observateurs jugeant l'humour référentiel et absurde du trio trop éloigné des codes de la comédie française traditionnelle de l'époque. Le succès grandissant du film au fil des rediffusions télévisées a néanmoins fini par convaincre une large partie de la critique de sa valeur, La Cité de la peur étant aujourd'hui unanimement considérée comme un tournant décisif de l'humour français contemporain. Les observateurs soulignent la densité exceptionnelle de répliques cultes du film, ainsi que la performance de mise en scène d'Alain Berbérian, capable de filmer l'absurde avec tout le sérieux nécessaire pour que le comique fonctionne pleinement. Le film a depuis été identifié comme une influence directe sur toute une génération de réalisateurs comiques français, de Michel Hazanavicius à Alexandre Astier.

Le public a réservé un accueil honorable au film dès sa sortie en salles en mars 1994, avec deux millions deux cent mille entrées en France, un score respectable sans être exceptionnel dans un contexte dominé cette année-là par Le Roi Lion et Un Indien dans la ville. C'est véritablement dans la durée, via les rediffusions télévisées répétées et le bouche-à-oreille, que le film a construit son statut de classique culte absolu de la comédie française, ses répliques ayant largement dépassé le cadre cinématographique pour s'intégrer au langage courant.

Le film n'a pas été identifié comme lauréat de récompenses cinématographiques majeures lors de sa sortie, sa reconnaissance s'étant construite a posteriori par la ferveur populaire plutôt que par une consécration institutionnelle immédiate, un phénomène assez fréquent pour les comédies devenues cultes au fil du temps.

Anecdotes de tournage

Le tournage s'est déroulé en juillet 1993, en grande partie à Cannes mais en dehors de la période du festival, obligeant l'équipe à recréer artificiellement toute l'effervescence de l'événement, notamment grâce à plus de huit cents figurants mobilisés pour les scènes tournées dans la salle des Arcades. Valérie Lemercier, qui devait interpréter la veuve éplorée du premier projectionniste assassiné, a un jour oublié de se rendre sur le tournage après un épisode difficile, contraignant sa propre sœur Aude, alors stagiaire scripte sur le film, à la remplacer au pied levé pour cette journée. Plusieurs invités de marque ont fait de brèves apparitions lors de la scène de sortie de conférence de presse, parmi lesquels le réalisateur Michel Hazanavicius, l'actrice Rosanna Arquette, le patron de Canal+ Pierre Lescure et le réalisateur James Cameron. La scène culte de la Carioca, dansée par Alain Chabat et Gérard Darmon sur la scène du Palais des Festivals, est née d'une improvisation destinée à calmer un public impatient scandant en chœur de se faire rembourser leurs invitations. Le générique de fin du film contient une multitude de clins d'œil dissimulés, notamment les pseudonymes de super-héros américains inscrits aux côtés des noms des acteurs, ainsi qu'un remerciement à un mystérieux Tom Crouze finalement coupé au montage.

Thèmes abordés

La Cité de la peur explore avec un humour résolument absurde les mécanismes de la promotion cinématographique et du star-système, incarnés par le personnage d'Odile Deray prête à instrumentaliser une véritable tragédie pour faire parler de son navet de film d'horreur. Le film parodie aussi les codes classiques du genre policier et du thriller hollywoodien, multipliant les références et les clins d'œil à des œuvres cultes comme Piège de cristal ou Le Jeu de la mort. L'absurde et le non-sens occupent une place centrale dans la construction même du récit, chaque scène cherchant avant tout l'accumulation de gags plutôt que la cohérence narrative traditionnelle. Enfin, le film questionne avec ironie le cynisme du monde du spectacle, où même les meurtres les plus macabres peuvent devenir une opportunité publicitaire inespérée.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se referme sur la résolution burlesque de l'enquête menée par le commissaire Bialès, qui parvient à démasquer le tueur au terme d'une succession de péripéties toutes plus absurdes les unes que les autres, sans jamais que la logique policière classique ne prenne réellement le pas sur l'accumulation de gags. Cette conclusion, fidèle à l'esprit d'ensemble du film, privilégie le rire et l'accumulation de références cinéphiles plutôt qu'une véritable tension dramatique, cohérente avec la démarche parodique assumée du trio des Nuls depuis le début du récit. Le générique de fin, saturé de clins d'œil et de private jokes, prolonge cette logique jusqu'au bout, refusant toute forme de conclusion sérieuse à cette comédie policière totalement débridée.

Signification du titre

Le titre long du film, La Cité de la peur, une comédie familiale, joue sur un décalage volontairement absurde entre le mot peur, évoquant les codes du film d'horreur parodié, et la mention comédie familiale qui contredit ironiquement la nature sanglante de l'intrigue. Ce titre s'inscrit dans la tradition du cinéma catastrophe et d'horreur américain des années 1970 et 1980, dont le film reprend et détourne les codes avec un humour typiquement français. Le sous-titre officieux, Le Film de Les Nuls, souligne quant à lui l'appropriation assumée du genre cinématographique par le trio comique, qui revendique pleinement la parenté de cette œuvre avec leur univers télévisuel déjà bien connu du public de Canal+.

Actualités

Sorti en France le 9 mars 1994, La Cité de la peur a connu une seconde vie exceptionnelle grâce aux rediffusions télévisées répétées, devenant au fil des décennies l'une des comédies françaises les plus citées et les plus regardées du patrimoine cinématographique national. Une version restaurée du film est sortie en 2019 à l'occasion de son vingt-cinquième anniversaire, accompagnée d'une reconstitution surprise de la fameuse scène de la Carioca par Alain Chabat et Gérard Darmon lors d'une projection en plein air à Cannes.

Films Similaires

Les amateurs de cet humour absurde et référentiel pourront se tourner vers OSS 117 : Le Caire, nid d'espions de Michel Hazanavicius, réalisateur directement influencé par l'humour des Nuls, ou vers Y a-t-il un pilote dans l'avion ? de la troupe américaine ZAZ, référence explicitement revendiquée par le trio comique français pour la construction de leurs gags visuels.