Dans une favela de Rio de Janeiro créée dans les années soixante, deux jeunes garçons suivent des trajectoires radicalement opposées au milieu de la violence quotidienne. Fusée grandit avec la peur de devenir un criminel et rêve de devenir photographe professionnel grâce à son regard unique sur son environnement. À l'inverse, un garçon de son âge nommé Petit Dé se transforme rapidement en un chef de gang impitoyable et sanguinaire, déterminé à régner sur le trafic de drogue local. À travers les yeux de Fusée, le film retrace l'escalade de la guerre des gangs qui va mettre la communauté à feu et à sang.
La genèse de ce chef-d'œuvre du cinéma mondial repose directement sur l'adaptation du roman homonyme de Paulo Lins, publié en 1997, qui racontait de manière quasi documentaire le quotidien des favelas. Le réalisateur Fernando Meirelles a été profondément bouleversé par la lecture de ce pavé littéraire, découvrant une réalité sociale brésilienne occulte que les classes aisées refusaient de voir. L'idée originelle était de transposer cette fresque chorale en utilisant un langage cinématographique ultra-moderne, nerveux et inspiré du clip vidéo. L'inspiration est venue de la volonté de donner la parole aux oubliés du système à travers une narration rythmée et sans concession morale. Pour mener à bien ce projet risqué, Meirelles s'est associé à la réalisatrice Kátia Lund, fine connaisseuse des dynamiques des favelas de Rio. Le scénario a été méticuleusement structuré par Bráulio Mantovani sur une période de plusieurs mois pour condenser les trois décennies de récits entremêlés du livre originel.
À sa sortie sur les écrans internationaux, le long-métrage a provoqué un véritable choc esthétique et a reçu un accueil critique professionnel absolument dithyrambique. Les journalistes du monde entier ont encensé la virtuosité de la mise en scène, le montage époustouflant et l'authenticité viscérale du jeu des acteurs. Le grand public a plébiscité cette œuvre percutante, faisant du film un immense succès commercial planétaire avec plus de 30 millions de dollars de recettes pour un budget modeste. La réception a été particulièrement intense au Brésil, où le film a déclenché un débat national majeur sur les inégalités et la violence urbaine. La consécration artistique suprême est venue en 2004 lorsque le film a décroché quatre nominations historiques aux Oscars, notamment pour la meilleure réalisation et le meilleur scénario adapté.
Pour garantir une authenticité totale, les réalisateurs ont fait le choix audacieux de ne pas engager d'acteurs professionnels pour la quasi-totalité des rôles de composition. Une anecdote de tournage mémorable concerne la création de l'école de théâtre ""Nós do Morro"", où plus de deux cents jeunes issus des véritables favelas ont été formés pendant des mois avant les prises de vue. Les difficultés de production ont été immenses, l'équipe n'ayant pas pu tourner dans la vraie Cité de Dieu car l'endroit était jugé beaucoup trop dangereux à cause de la guerre des gangs en cours. Une anecdote sur une scène particulière concerne la séquence terrifiante où un jeune garçon doit choisir entre se faire tirer dans la main ou dans le pied : les larmes et la terreur de l'enfant à l'écran étaient réelles car le jeune comédien n'avait pas compris qu'il s'agissait d'une arme factice. De plus, le rôle de Mané Galinha a révélé le talent musical et d'acteur de Seu Jorge, devenu depuis une star internationale.
Le film explore de manière frontale les thèmes du déterminisme social, de la pauvreté endémique et du cycle infernal de la violence armée qui piège la jeunesse des favelas. L'œuvre analyse avec acuité la corruption des forces de l'ordre et l'absence totale de l'État, des facteurs qui favorisent l'émergence de micro-dictatures criminelles auto-gérées. Le contraste entre le parcours destructeur de Petit Dé et la rédemption artistique de Fusée illustre le pouvoir de l'art et de la création comme échappatoires à la misère. Enfin, la banalisation du meurtre chez les enfants est traitée avec une froideur sociologique marquante.
La fin du film est marquée par la chute inévitable de Zé Pequeno (Petit Dé), trahi par des policiers corrompus et sauvagement exécuté par une nouvelle bande de très jeunes délinquants surnommés ""Les Runts"". Ce meurtre brutal symbolise de façon tragique que le cycle de la violence ne s'arrête jamais dans la favela et qu'un tyran est toujours remplacé par une génération encore plus impitoyable. Parallèlement, Fusée parvient à photographier le cadavre du chef de gang et les flics corrompus, un scoop exclusif qui lui ouvre enfin les portes d'un grand journal de Rio. La scène finale montre les jeunes enfants armés marchant dans la favela en dressant la liste de leurs futures victimes, confirmant la pérennité du chaos urbain.
Le titre ironique reprend le nom réel d'un projet de logement social créé à Rio de Janeiro dans les années soixante pour éloigner les pauvres du centre-ville. Cette appellation ""Cité de Dieu"" résonne comme une terrible antithèse dramatique au vu de l'enfer quotidien de violence, de drogue et d'abandon étatique qui caractérise ce ghetto urbain délaissé des hommes.
La bande originale, composée par Antonio Pinto et Ed Côrtes, bénéficie d'une mention spéciale exceptionnelle pour son utilisation vibrante de la samba classique des années soixante et soixante-dix, qui apporte une couleur musicale brésilienne authentique et un contrepoint ironique à la violence visuelle.
Le long-métrage est universellement considéré comme l'un des plus grands films du vingt-et-unième siècle et continue de figurer en excellente place dans les classements de référence des cinéphiles mondiaux.