Eve est une jeune femme réservée qui travaille comme femme de chambre dans un hôtel de luxe de Mexico. Pour trouver la force d'affronter la monotonie de son quotidien, elle s'évade en observant et en imaginant la vie des clients à travers les objets personnels qu'ils laissent dans leurs chambres. Son patron lui laisse entrevoir la possibilité d'une promotion tant espérée vers l'étage le plus prestigieux de l'établissement. Entre rêves de mobilité sociale et réalité d'un travail invisible et épuisant, Eve navigue dans un univers cloisonné où chaque étage semble appartenir à un monde différent.
La Camarista est le premier long métrage de la réalisatrice mexicaine Lila Avilés, adapté d'une pièce de théâtre qu'elle avait elle-même créée en s'inspirant du livre Hôtel de l'artiste et photographe française Sophie Calle. Dans les années 1980, Sophie Calle s'était fait embaucher comme femme de chambre dans un hôtel vénitien afin de photographier les effets personnels laissés par les clients, cherchant à percer leur intimité à travers ces objets abandonnés. Fascinée par cette démarche presque voyeuriste, Lila Avilés a transposé cette idée dans le contexte mexicain contemporain, en observant elle-même les employées d'un grand hôtel de Mexico, le Presidente, qui deviendra plus tard le lieu de tournage du film. La réalisatrice, également comédienne de théâtre, souhaitait suivre un personnage habituellement invisible aux yeux de la société, à une époque où tout le monde semble aller toujours plus vite sans prêter attention aux travailleurs de l'ombre.
Le film a été salué unanimement par la critique internationale comme l'un des plus beaux portraits de femmes proposés par le cinéma mexicain récent, loué pour son regard entomologiste précis et sa mise en scène épurée refusant tout misérabilisme. Plusieurs observateurs ont souligné l'absence de sensationnalisme dans le traitement du sujet, la réalisatrice évitant aussi bien le pathos de la fiction militante que le drame social appuyé. Le public s'est montré sensible à la performance de l'actrice principale Gabriela Cartol, saluée pour son interprétation intense et convaincante d'un personnage souvent invisible. La Camarista a remporté le prix Ariel du meilleur premier film au Mexique et a représenté le pays aux Oscars 2020 dans la catégorie du meilleur film international.
Le tournage s'est déroulé intégralement dans un hôtel de luxe de Mexico, la réalisatrice ayant choisi de ne jamais faire sortir sa caméra de l'établissement afin de renforcer le sentiment de huis clos vécu par son personnage principal. Lila Avilés a passé du temps à observer discrètement les véritables employées de l'hôtel avant le tournage, afin de restituer avec la plus grande fidélité possible les gestes répétitifs et les codes silencieux de cette profession peu représentée au cinéma. Le film adapte une pièce de théâtre que la réalisatrice avait elle-même écrite et mise en scène, inspirée du travail de la photographe française Sophie Calle sur les objets abandonnés par les clients d'hôtel.
La Camarista explore l'invisibilité sociale des travailleuses de l'ombre, en particulier les femmes de chambre d'hôtels de luxe, ainsi que le désir de mobilité sociale à travers une promotion professionnelle. Le film interroge également la frontière entre deux mondes qui se côtoient sans jamais réellement se rencontrer, celui des clients fortunés et celui du personnel qui les sert, ainsi que la solitude intrinsèque à ce type de métier répétitif et peu valorisé.
À la fin du film, Eve n'obtient pas la promotion tant espérée vers l'étage le plus prestigieux de l'hôtel, une déception qui souligne la difficulté structurelle de la mobilité sociale pour les travailleuses comme elle. Plutôt que de sombrer dans le désespoir, elle continue son travail avec la même application silencieuse, sans que le film ne propose de résolution dramatique nette à sa situation. Cette fin en apparence anticlimatique reflète la volonté de la réalisatrice de rester fidèle à la réalité quotidienne de ces travailleuses invisibles, loin de toute happy end artificielle.
Le titre original espagnol, La camarista, désigne simplement la fonction occupée par le personnage principal du film, celle de femme de chambre dans un hôtel de luxe mexicain. Ce choix de titre neutre et descriptif reflète la volonté de la réalisatrice de centrer son récit sur une profession largement invisibilisée, plutôt que sur un événement dramatique particulier vécu par son héroïne.
Les amateurs de La Camarista pourront se tourner vers Roma d'Alfonso Cuarón, autre portrait mexicain d'une travailleuse domestique invisibilisée par la société qui l'emploie, ou vers Une femme au foyer d'Isabel Coixet pour son exploration similaire de la routine et de l'aliénation professionnelle féminine.