En 1967, Paulette Van der Beck dirige avec son mari une école ménagère en Alsace où l'on enseigne aux jeunes filles à devenir des épouses parfaites — soumises, ordonnées, dévouées. Mais la mort soudaine de son mari, l'arrivée de mai 68 et le retour d'un amour de jeunesse vont ébranler les certitudes de Paulette et éveiller en elle un désir de liberté qu'elle avait cru étouffé pour toujours. Martin Provost signe une comédie féministe pétillante et émouvante sur la tardive mais irrésistible émancipation d'une femme.
La Bonne Épouse est née de la rencontre entre Martin Provost et la réalité historique des écoles ménagères qui ont existé en France jusqu'à la fin des années 60, véritables institutions de formatage des femmes à leur rôle domestique. Provost, qui avait déjà signé Séraphine (2008) et Violette (2013) — deux films sur des femmes exceptionnelles enfermées dans des contraintes sociales — a voulu cette fois adopter un angle comique pour aborder la même thématique. L'idée d'une directrice d'école ménagère qui se réveille féministe malgré elle au moment précis où mai 68 éclate est d'une belle ironie dramatique. Le trio d'actrices principal — Juliette Binoche, Yolande Moreau, Noémie Lvovsky — constitue l'un des castings les plus excitants du cinéma français de ces dernières années, réunissant trois tempéraments comiques très différents qui se complètent avec bonheur. La dimension musicale du film — qui intègre des numéros chantés et dansés — était un pari risqué que Provost a relevé avec une grâce inattendue.
Résumé des critiques professionnelles : La Bonne Épouse a été très bien reçu par la critique française, qui a salué la réussite de la comédie féministe, la direction d'acteurs impeccable et la façon dont Martin Provost parvient à être à la fois drôle, émouvant et politiquement pertinent sans jamais être didactique. Juliette Binoche a été particulièrement célébrée pour une performance d'une liberté et d'une gaieté inhabituelles dans sa filmographie. Le film a été comparé aux meilleures comédies sociales britanniques.
Réception du public : Le succès public a été au rendez-vous : le film a réalisé plus de 700 000 entrées en France malgré une sortie perturbée par la pandémie de Covid-19, confirmant l'appétit du public pour une comédie française ambitieuse et bien construite. Les femmes ont constitué le cœur du public, mais le film a également touché un public mixte sensible à son intelligence et à sa générosité.
Récompenses obtenues : La Bonne Épouse a été nommé aux Césars 2021 dans plusieurs catégories dont meilleur film et meilleure actrice. Yolande Moreau et Noémie Lvovsky ont toutes deux reçu des nominations qui soulignaient l'excellence du casting.
Inspirations du réalisateur : Martin Provost a évoqué les comédies musicales américaines des années 50-60 comme source d'inspiration pour la dimension chantée et dansée du film, qu'il voulait utiliser pour exprimer les états intérieurs des personnages avec une liberté que le registre réaliste n'aurait pas permis. Il s'est également inspiré des comédies sociales de Billy Wilder pour la façon d'aborder un sujet sérieux avec humour et légèreté.
Anecdote sur une scène particulière : La scène où Juliette Binoche danse et chante dans la cuisine de l'école ménagère a nécessité plusieurs semaines de préparation chorégraphique. L'actrice, peu habituée à ce type de performance dans sa filmographie, s'est jetée dans l'exercice avec un enthousiasme et une gaieté qui ont surpris et ravi toute l'équipe de tournage. Martin Provost a déclaré que ce moment de tournage était l'un des plus joyeux de sa carrière.
La Bonne Épouse est une comédie féministe qui prend pour cible les institutions qui ont historiquement formaté les femmes à l'abnégation et à la soumission. En choisissant de traiter ce sujet avec humour plutôt qu'avec gravité, le film le rend accessible à tous et évite le piège de la leçon de morale. L'éveil féministe de Paulette illustre la capacité des individus à se réinventer même lorsqu'ils ont passé leur vie à défendre des valeurs qu'ils finissent par remettre en question. La dimension collective — plusieurs femmes qui s'éveillent ensemble — dit quelque chose sur la force du mouvement et l'importance de la sororité. Mai 68 sert de toile de fond historique pour rappeler que l'émancipation individuelle s'inscrit toujours dans un contexte social plus large. Le désir — longtemps refoulé, soudain réveillé — est traité avec une tendresse et une liberté qui font de ce film une célébration joyeuse de la vie.
La fin de La Bonne Épouse est un triomphe joyeux et libérateur : Paulette, après avoir hésité entre la sécurité de sa vie ancienne et l'inconnu de sa nouvelle liberté, choisit de suivre son désir et de s'affranchir définitivement du rôle qu'elle avait cru être le sien. Cette décision, symboliquement accompagnée par les grandes transformations de mai 68 qui secouent la France entière, dit que l'émancipation individuelle et l'émancipation collective se nourrissent mutuellement. La scène finale, lumineuse et musicale, est un hymne à la joie de vivre selon ses propres termes — le message le plus universel et le plus durable du film.
La Bonne Épouse est le titre d'un manuel et d'un idéal que le film va s'employer à démolir avec tendresse et humour. Cette expression figée — qui résume une conception du monde où la femme n'existe que dans sa relation à son mari — est prise au premier degré dans les premières scènes, avant d'être progressivement subvertie et rendue absurde par les événements. En choisissant ce titre, Martin Provost annonce d'emblée la cible de sa satire tout en promettant de la traiter avec le sourire plutôt qu'avec la hache.
La Bonne Épouse continue d'être diffusé sur les plateformes de streaming et reste l'une des comédies françaises les plus réussies de ces dernières années, régulièrement recommandée pour sa capacité à allier divertissement et propos féministe accessible. Martin Provost travaille à de nouveaux projets, confirmant son positionnement de réalisateur de films de femmes d'une rare élégance. Juliette Binoche, dont la performance dans ce film a révélé une dimension comique insoupçonnée, a reçu de nombreuses sollicitations dans ce registre depuis lors.
La Bonne Épouse s'inscrit dans la lignée des comédies féministes françaises dont La Vérité si je mens ! ou Le Bonheur des femmes sont des ancêtres. Made in Dagenham (2010) de Nigel Cole est un modèle britannique de comédie sociale féministe avec la même chaleur et le même sens de la communauté féminine. Mona Lisa Smile (2003) avec Julia Roberts explore un territoire thématique similaire dans le milieu universitaire américain des années 50. Les Femmes du 6ème étage (2010) de Philippe Le Guay traite avec humour la confrontation entre des mondes sociaux opposés dans la France des années 60. Divines (2016) de Houda Benyamina offre une version contemporaine et beaucoup plus âpre de l'émancipation féminine des marges.