Margaux, professeure d'histoire-géographie de quarante-cinq ans, traverse une existence qu'elle juge ratée, encore secouée par le décès récent de sa meilleure amie. Lors d'une soirée, elle croise le chemin d'une jeune femme de vingt ans qui porte, par une étrange coïncidence, exactement le même prénom qu'elle. Les deux Margaux découvrent rapidement qu'elles partagent bien plus que leur simple identité, jusqu'à comprendre qu'elles ne sont en réalité qu'une seule et même personne, observée à deux âges différents de sa vie. Cette rencontre troublante va bouleverser leurs certitudes respectives et les pousser à reconsidérer leurs choix amoureux et existentiels.
La Belle et la Belle est né de l'envie de Sophie Fillières de retravailler avec l'actrice Sandrine Kiberlain, avec qui elle avait déjà collaboré dès son tout premier court métrage de fin d'études à la Femis, Des filles et des chiens, en 1991. La réalisatrice a choisi de construire un scénario fantastique traitant d'un même personnage rencontrant sa propre jeunesse, un dispositif narratif qu'elle a longuement hésité à confier à une seule comédienne interprétant les deux âges ou, comme elle l'a finalement décidé, à deux actrices distinctes. Sophie Fillières a fait le choix audacieux de confier le rôle de la jeune Margaux à sa propre fille, Agathe Bonitzer, qu'elle avait déjà dirigée dans un précédent film. La cinéaste revendique une volonté de filmer ses personnages ancrés dans le réel de leur quotidien tout en poussant son écriture vers une fiction résolument fantaisiste, dans la continuité de son cinéma singulier mêlant humour pince-sans-rire et étrangeté assumée.
La critique française a salué l'originalité du dispositif scénaristique ainsi que la performance des deux actrices principales, dont la complicité a permis de faire croire avec une grande fluidité qu'elles incarnaient un seul et même personnage à deux âges différents. Plusieurs journaux ont souligné la filiation du film avec le cinéma de Woody Allen ou de Frank Capra, évoquant également l'héritage de la Nouvelle Vague dans son traitement des sentiments et du hasard romanesque. Certains critiques ont toutefois estimé que le postulat fantastique, bien qu'ingénieux, n'était pas exploité jusqu'au bout de ses potentialités dramatiques. Le public s'est montré partagé face à ce film au ton particulier, une partie des spectateurs appréciant l'humour singulier et la fantaisie assumée de Sophie Fillières, tandis qu'une autre partie a jugé le récit trop elliptique et le rythme parfois déroutant. Le film a néanmoins trouvé son public auprès des amateurs de comédies d'auteur françaises, habitués à l'univers particulier de la réalisatrice. La Belle et la Belle n'a pas été distingué par de récompense majeure lors des cérémonies françaises, restant davantage perçu comme une curiosité cinématographique appréciée d'un public de cinéphiles avertis plutôt que comme un succès populaire.
Sophie Fillières a construit son scénario autour d'une question universelle, celle de la seconde chance et de ce que chacun ferait s'il pouvait rencontrer sa propre jeunesse, un thème qu'elle a choisi de traiter avec une grande légèreté malgré sa dimension existentielle. La réalisatrice a longuement réfléchi à la meilleure façon de représenter ce dédoublement temporel, hésitant entre une seule comédienne interprétant les deux âges ou deux actrices distinctes, avant d'opter pour cette seconde solution qui lui permettait davantage de nuances de jeu. Le choix de confier le rôle de la jeune Margaux à sa propre fille, Agathe Bonitzer, a nécessité une relation de confiance particulière entre la réalisatrice et son actrice, mère et fille collaborant ainsi pour la troisième fois sur un long métrage. Sandrine Kiberlain, quant à elle, entretenait un lien particulier avec la cinéaste puisqu'elle avait fait ses tout premiers pas de comédienne devant la caméra de Sophie Fillières près de trente ans plus tôt. Le tournage a nécessité un important travail sur les jeux de miroirs et de reflets, notamment à travers des scènes filmées dans des vitres de train ou des miroirs de salle de bain, afin de matérialiser visuellement le dédoublement du personnage principal.
La Belle et la Belle explore la question du regret et de la seconde chance, interrogeant ce que chacun ferait différemment s'il pouvait dialoguer avec la version plus jeune de lui-même. Le film questionne également la construction de l'identité féminine à différents âges de la vie, à travers le regard croisé porté par les deux Margaux sur leurs choix amoureux et professionnels respectifs. Il aborde le deuil et le passage du temps, la mort de la meilleure amie de Margaux servant de déclencheur à toute la remise en question du personnage. Le film explore enfin, avec une grande fantaisie, la porosité entre réalisme quotidien et fiction fantastique, brouillant volontairement les repères entre le vraisemblable et l'improbable.
Le film se termine sur une forme de réconciliation entre les deux Margaux, chacune ayant tiré de sa rencontre avec l'autre les enseignements nécessaires pour mieux affronter sa propre existence, que ce soit la jeune femme abordant l'avenir avec davantage de lucidité ou la femme plus âgée retrouvant un élan vital qu'elle croyait perdu. Cette conclusion, empreinte de tendresse et de fantaisie, refuse toute explication rationnelle définitive au phénomène de dédoublement vécu par les deux personnages, cohérente avec le parti pris assumé par Sophie Fillières de traiter le fantastique sur le mode du quotidien. Le film se referme ainsi sur une note d'apaisement, chaque Margaux repartant vers son propre chemin de vie, enrichie par cette rencontre unique avec elle-même.
Le titre, La Belle et la Belle, joue sur la répétition d'un même qualificatif pour désigner les deux versions du personnage principal, soulignant d'emblée qu'il s'agit bien de la même femme observée à deux moments distincts de son existence. Ce choix de titre, construit en écho au conte La Belle et la Bête, en détourne astucieusement la structure pour mettre en scène une rencontre avec soi-même plutôt qu'avec un être radicalement différent. La répétition du mot « belle » souligne également la dimension de miroir et de double qui traverse l'ensemble du récit, invitant le spectateur à percevoir les deux Margaux comme les deux facettes complémentaires d'une même personnalité.
Sophie Fillières, réalisatrice reconnue du cinéma d'auteur français, est décédée en juillet 2023, quelques années après la sortie de ce film qui demeure l'une des œuvres marquantes de sa filmographie singulière.
Camille redouble de Noémie Lvovsky, Un jour sans fin de Harold Ramis, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet.