Au début du XXe siècle, à Paris, Jules Bonnot prend la tête d'un groupe de militants anarchistes révoltés par l'injustice sociale et la misère ouvrière. Convaincus que la société bourgeoise ne peut être combattue que par les armes, ils inventent le banditisme moderne en utilisant pour la première fois des automobiles pour commettre des braquages de banques audacieux. Traqués par les brigades du Tigre et une police impitoyable, leur fuite en avant se transforme en une épopée sanglante. La bande s'enfonce dans un engrenage de violence tragique où la mort semble être la seule issue possible.
Le long-métrage s'inspire directement de l'histoire vraie de la bande à Bonnot, un groupe d'anarchistes illégalistes français qui a défrayé la chronique entre 1911 et 1912. L'idée originelle était de revisiter ce fait historique marquant sous le prisme des révoltes de la jeunesse de la fin des années soixante. Le réalisateur a puisé son inspiration dans les écrits libertaires de l'époque et dans la figure romantique de Bonnot, perçu comme un rebelle absolu. Le film fait écho aux événements de Mai 68 en filmant la colère sociale contre les structures de l'État.
La critique professionnelle de l'époque a accueilli le film avec intérêt, saluant la reconstitution historique soignée des bas-fonds parisiens du début du siècle. Les spécialistes ont loué l'interprétation fiévreuse de Bruno Cremer dans le rôle de Bonnot et l'audace de confier un rôle majeur à Jacques Brel, étonnant de sobriété en militant idéaliste. Certains critiques ont cependant regretté une certaine complaisance envers la violence des braquages. Le grand public, encore marqué par les secousses politiques de l'année 1968, a manifesté une grande sympathie pour ce film de gangsters à la française au parfum de révolte. Les spectateurs ont apprécié le rythme soutenu de la mise en scène et la modernité des scènes de poursuites en voitures d'époque. C'est devenu un succès populaire notable de la fin des années soixante. Bien qu'il n'ait pas remporté de prix internationaux majeurs, le film reste salué dans l'histoire du cinéma politique français pour sa capacité à capter l'esprit de contestation de son époque à travers un polar historique.
Philippe Fourastié a choisi de filmer de nombreuses scènes en extérieurs dans des décors authentiques pour restituer la grisaille et la rudesse des quartiers populaires du Paris de la Belle Époque. Le chanteur Jacques Brel s'est énormément investi sur le tournage, impressionnant toute l'équipe par son humilité et sa camaraderie naturelle avec les techniciens du plateau. Les scènes de poursuites automobiles ont nécessité la présence de collectionneurs passionnés pour conduire les rares véhicules d'époque encore en parfait état de fonctionnement à l'époque. Le film a dû faire face à de légers retards de production en raison des grèves de Mai 68 qui ont paralysé une partie des studios de cinéma parisiens durant le printemps.
Le long-métrage explore les théories de l'anarchisme illégaliste et la légitimité de la violence face à l'oppression du capitalisme d'État. Il traite de la misère ouvrière du début du siècle et du fossé infranchissable qui sépare la bourgeoisie de la classe prolétaire. Le destin tragique de la bande illustre l'utopie destructrice d'une révolte sans issue.
La séquence finale montre le siège dramatique du garage de Choisy-le-Roi, où Jules Bonnot, retranché seul et grièvement blessé, fait face à l'assaut massif de l'armée et de la police. Avant de succomber sous les balles, il écrit un dernier texte affirmant son amour de la vie et son refus de se soumettre aux lois des hommes. Cette fin tragique transforme le criminel en un martyr de la cause anarchiste, emportant son idéal dans la tombe.
Le titre reprend l'appellation populaire donnée par la presse de l'époque à ce groupe de criminels, popularisant le nom de leur leader Jules Bonnot au détriment des autres membres du groupe.
Le film est régulièrement cité comme une œuvre clé pour comprendre la représentation de l'anarchisme au cinéma et la carrière d'acteur de Jacques Brel.
Les Brigades du Tigre de Jérôme Cornuau, Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill, La Bande à Baader de Uli Edel.