Dans un Japon médiéval fantastique, le jeune Kubo mène une vie tranquille en s'occupant de sa mère dans un village perché sur une falaise. Grâce à son shamisen magique, il gagne sa vie en faisant s'animer des origamis pour raconter des histoires épiques. Mais un soir, il prolonge sa sortie après le coucher du soleil et réveille accidentellement un esprit du passé vindicatif. Pour survivre, Kubo doit partir à la recherche d'une armure magique autrefois portée par son père, un légendaire samouraï.
Le projet est né au sein des célèbres studios Laika, spécialisés dans l'animation en volume (stop-motion). L'idée originale a été développée par Shannon Tindle, qui souhaitait créer un conte de fées épique profondément ancré dans le folklore et la mythologie du Japon traditionnel. Le réalisateur Travis Knight, fasciné par l'art japonais et les estampes d'Edo, a vu dans cette histoire l'opportunité de repousser les limites techniques de son studio. L'inspiration est venue de contes traditionnels japonais croisés avec la structure des grands récits initiatiques de la fantasy occidentale.
Le film a reçu un accueil critique absolument dithyrambique, de nombreux journalistes louant l'esthétique visuelle à couper le souffle, la poésie du récit et la prouesse technique inouïe de l'animation. Les critiques ont particulièrement apprécié la maturité du scénario qui aborde le deuil avec une grande délicatesse. Malgré ce triomphe critique, le film a connu un succès modeste au box-office mondial, ne parvenant pas à rivaliser pleinement avec les blockbusters d'animation numérique grand public. Cependant, le film s'est rapidement forgé un statut d'œuvre culte auprès des cinéphiles et des professionnels du secteur. Sur le plan des distinctions, le long-métrage a été nommé à deux reprises aux Oscars, notamment pour les meilleurs effets visuels, un exploit rarissime pour un film d'animation, et a remporté le BAFTA du meilleur film d'animation.
Travis Knight s'est inspiré du travail du cinéaste Akira Kurosawa pour la composition de ses plans et la gestion du rythme des combats de samouraïs. La production a représenté un défi titanesque, nécessitant la construction de la plus grande marionnette de l'histoire de la stop-motion : un squelette géant mesurant plus de cinq mètres de haut. Pour la scène mémorable de la tempête en mer, les animateurs ont dû combiner des vagues physiques faites de grillages et de tissus avec des effets numériques pour obtenir un rendu visuel unique. Le casting vocal original réunit des stars de premier plan qui ont enregistré leurs dialogues ensemble pour favoriser l'authenticité des interactions.
Le cœur thématique du film repose sur le pouvoir des histoires et de la mémoire collective comme outils de guérison face à la perte d'êtres chers. Il explore également l'importance des liens familiaux, de l'acceptation de l'héritage de ses ancêtres et du pardon comme seule issue face à la vengeance aveugle. La résilience humaine face au deuil est magnifiquement imagée par les origamis.
La fin voit Kubo triompher du Roi Lune non pas par la violence des armes, mais en lui opposant la force de ses souvenirs et l'amour de sa communauté. Transformé en vieillard amnésique et mortel, son grand-père est accueilli avec bienveillance par les villageois, démontrant que l'empathie et le récit humain sont plus puissants que la magie divine destructrice.
Le titre met en avant le nom du jeune héros, Kubo, associé à sa quête centrale pour retrouver l'armure légendaire de son père, qui s'avère finalement être une métaphore de la protection émotionnelle que lui confère l'amour de ses parents.
La bande originale de Dario Marianelli mêle magnifiquement un orchestre classique occidental à des instruments traditionnels japonais comme le shamisen, avec une reprise finale bouleversante de While My Guitar Gently Weeps.
Kubo reste considéré par les spécialistes de l'animation comme l'un des sommets artistiques de la stop-motion du XXIe siècle et continue d'être projeté dans les rétrospectives du studio Laika.
Coraline (2009), Le Voyage de Chihiro (2001), Brendan et le secret de Kells (2009), Princesse Mononoké (1997).