À Brazzaville, l'apôtre Médard, guérisseur reconnu de la confrérie religieuse des Ngunzas, mène un combat quotidien contre les forces invisibles qui, selon lui, régissent la vie de ses nombreux fidèles. Soins traditionnels, incantations, exorcismes et prescriptions diverses rythment son activité auprès d'une population en quête de travail, d'un mariage ou simplement d'un apaisement face à la maladie et à l'adversité. Mais l'existence de Médard bascule le jour où il est publiquement accusé de pratiquer la magie noire et d'avoir causé, par ses sortilèges, la mort de plusieurs enfants. Aidé de son maître spirituel le prophète Boudimbou, il tente alors de convoquer les esprits pour prouver son innocence, tandis que le documentaire dresse en creux le portrait d'un Congo tiraillé entre traditions ancestrales et bouleversements économiques contemporains.
Kongo est né du premier voyage effectué au Congo par Hadrien La Vapeur, cinéaste formé notamment aux côtés de Philippe Garrel, à l'occasion duquel il assiste par hasard à une cérémonie au sein d'une église Ngunza et découvre des fidèles en transe, vibrant et sautant sur place comme possédés par des esprits. Profondément marqué par cette expérience et par les nombreuses questions qu'elle soulève en lui, il rentre en France avec la conviction de vouloir explorer davantage ce phénomène à travers un projet de film documentaire. Il rencontre alors Corto Vaclav, anthropologue de formation, au sein du Comité du film ethnographique, une collaboration qui donnera naissance au projet Kongo mené conjointement par les deux réalisateurs. Entre 2013 et 2018, les deux cinéastes alternent tournages et phases de montage pour construire une narration capable de restituer au plus près l'expérience sensible qu'ils avaient eux-mêmes vécue sur place.
La critique française a salué un documentaire d'une grande force cinématographique, plusieurs observateurs comparant le travail de Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav à la tradition du cinéma ethnographique portée par Jean Rouch, notamment dans sa capacité à filmer l'invisible et le sacré sans céder à l'exotisme facile. D'autres critiques ont toutefois noté que le film peinait parfois à trouver un équilibre entre ses différentes strates narratives, entre récit fantastique, chronique judiciaire autour du procès de Médard et dénonciation plus politique de l'exploitation économique des ressources congolaises par des intérêts étrangers. Le public, plus confidentiel compte tenu du format documentaire et de la sortie du film en pleine émergence de la pandémie de Covid-19 en mars 2020, a néanmoins salué la richesse visuelle et la dimension quasi hypnotique du récit, plusieurs spectateurs évoquant un véritable voyage sensoriel au cœur d'un Congo méconnu du grand public occidental.
Le projet est né du choc ressenti par Hadrien La Vapeur lors de son tout premier voyage au Congo, lorsqu'il assiste par hasard à une cérémonie de transe au sein d'une église Ngunza, une expérience si marquante qu'elle a directement motivé la genèse du film. Le tournage s'est étalé sur près de six années, entre 2013 et 2018, les deux réalisateurs alternant les séjours de tournage au Congo et les longues phases de montage en France pour donner forme à une matière documentaire particulièrement riche et complexe à structurer.
Kongo explore la cohabitation entre croyances animistes traditionnelles et pressions économiques de la modernité, à travers le combat quotidien d'un guérisseur confronté à la fois aux forces spirituelles qu'il prétend maîtriser et aux dangers bien réels de l'exploitation des ressources naturelles congolaises par des puissances étrangères. Le film interroge aussi la frontière entre réalisme et croyance mystique, refusant de trancher entre ces deux lectures possibles du monde qu'il documente.
Le titre Kongo, orthographié avec un « k », renvoie au souvenir de l'ancien royaume précolonial d'Afrique centrale, mis à mal dès le XVIe siècle par l'arrivée des colons portugais, un héritage historique et spirituel encore vivace dans les pratiques religieuses filmées par le documentaire.
Chronique d'un été, Les Maîtres fous, Cannibal Tours