Sang-ok, une ancienne actrice ayant quitté les écrans depuis de nombreuses années, revient à Séoul après avoir longtemps vécu aux États-Unis. Elle loge chez sa sœur Jeong-ok, avec qui elle redécouvre peu à peu des liens distendus par le temps et l'éloignement. Dans la journée, elle doit rencontrer un réalisateur admiratif qui souhaite la faire tourner de nouveau, une proposition qui ravive en elle un désir de renaissance artistique. Mais un secret qu'elle porte en silence va bientôt bouleverser le sens de cette rencontre inattendue.
Juste sous vos yeux est le vingt-septième long métrage de Hong Sang-soo, cinéaste sud-coréen connu pour son processus de création particulier, qui entame généralement le tournage d'un film sans scénario préalablement écrit. Pour le réalisateur, les deux éléments fondamentaux du projet sont les acteurs et les lieux, à partir desquels il élabore ensuite les grandes lignes de son récit au fil du tournage. L'idée du film naît de sa rencontre avec l'actrice Lee Hye-young, dont la fragilité physique au moment de leur premier échange l'a marqué et lui a rappelé sa propre sœur, aujourd'hui décédée. Hong Sang-soo explique ne connaître que peu l'œuvre du père de l'actrice, le réalisateur Lee Man-hee, figure majeure du cinéma sud-coréen des années 1960 et 1970, bien qu'il l'ait personnellement côtoyé dans sa jeunesse. Le film n'est pas tiré d'une histoire vraie précise, mais prolonge la réflexion du cinéaste sur la maladie et la mort, déjà présente dans ses films précédents comme Hotel by the River et Introduction. Cette thématique s'incarne ici à travers le personnage de Sang-ok, dont le secret médical irrigue en filigrane l'ensemble du récit. Le film a été présenté en séance spéciale sous le label Cannes Première lors du Festival de Cannes 2021.
La critique française a réservé un accueil très favorable à Juste sous vos yeux, saluant la sobriété et la grâce avec lesquelles Hong Sang-soo filme cette journée particulière dans la vie de son héroïne. Plusieurs observateurs ont particulièrement apprécié la performance de Lee Hye-young, dont c'est la première collaboration avec le cinéaste, jugée d'une grande justesse émotionnelle. D'autres critiques ont souligné la manière dont le film aborde la maladie et la mort avec une pudeur remarquable, sans jamais sombrer dans le pathos. La presse a également salué la mise en scène épurée, faite de plans fixes et de longues séquences dialoguées caractéristiques du style du réalisateur.
Le public cinéphile a réservé un accueil chaleureux au film, saluant sa capacité à faire ressentir l'urgence de vivre pleinement l'instant présent face à la finitude. De nombreux spectateurs ont particulièrement apprécié la scène finale, décrite comme un adieu empreint de grâce entre les deux sœurs. D'autres ont souligné le calme et la sérénité qui traversent l'ensemble du récit, malgré la gravité du sujet abordé. Le film a également été salué pour la performance de Lee Hye-young, ancienne grande vedette du cinéma sud-coréen des années 1980 revenue au premier plan à cette occasion.
Inspirations du réalisateur : Hong Sang-soo a conçu ce film après sa rencontre avec l'actrice Lee Hye-young, dont la fragilité lui a rappelé sa propre sœur décédée, un souvenir personnel qui a directement nourri la thématique de la maladie et du temps qui passe.
Difficultés de production : Fidèle à sa méthode de travail, le réalisateur a débuté le tournage sans scénario préalablement écrit, élaborant l'histoire au fil des jours à partir des acteurs et des lieux disponibles, une approche qui demande une grande flexibilité de la part de toute l'équipe.
Anecdote sur une scène particulière : Il s'agit de la toute première collaboration entre Hong Sang-soo et l'actrice Lee Hye-young, fille du réalisateur Lee Man-hee, grande vedette du cinéma sud-coréen des années 1960 et 1970 que le cinéaste avait personnellement côtoyé dans sa jeunesse.
Juste sous vos yeux explore la maladie et l'approche de la mort, thèmes récurrents dans les films récents de Hong Sang-soo, ici incarnés par le secret que porte silencieusement l'héroïne. Le film aborde également les liens fraternels distendus par le temps et la distance, entre deux sœurs qui redécouvrent peu à peu leur intimité perdue. La possibilité d'une renaissance artistique et personnelle, à travers la proposition faite par le réalisateur à Sang-ok, occupe aussi une place centrale. Le film célèbre enfin la valeur du moment présent, cette philosophie de l'instant que l'héroïne s'efforce d'incarner malgré l'incertitude de son avenir.
À la fin du film, Sang-ok reçoit un message du réalisateur Jae-won qui revient sur la proposition de tournage qu'il lui avait faite la veille, expliquant qu'elle avait été formulée sous l'emprise de l'alcool. Plutôt que de s'en attrister, elle écoute une seconde fois ce message en éclatant de rire, une réaction qui traduit sa capacité à accueillir les aléas de la vie avec une forme de sagesse sereine. Cette conclusion, empreinte de légèreté malgré la gravité de son secret, illustre la philosophie de l'instant présent que le personnage s'efforce d'incarner tout au long du récit.
Le titre Juste sous vos yeux, traduction du titre coréen Dangsin eolgul apeseo, renvoie à l'idée que la beauté et la valeur de l'existence se trouvent dans les petites choses qui se déroulent juste devant nos yeux, ici et maintenant. Ce titre reflète directement la philosophie exprimée par l'héroïne, qui insiste sur l'importance de savourer le moment présent plutôt que de se projeter dans le passé ou l'avenir. Il souligne également le style contemplatif du cinéaste, qui invite le spectateur à porter une attention pleine et entière aux gestes et aux silences de ses personnages.
Depuis Juste sous vos yeux, Hong Sang-soo a continué son rythme de production particulièrement soutenu, enchaînant plusieurs longs métrages par an selon sa méthode habituelle. Lee Hye-young a depuis poursuivi sa collaboration avec le cinéaste sur d'autres projets. Le film reste régulièrement cité parmi les œuvres les plus émouvantes de la filmographie récente de Hong Sang-soo.
Les amateurs de Juste sous vos yeux pourront se tourner vers Hotel by the River et Introduction, précédents films de Hong Sang-soo abordant également la maladie et la mort. Seule sur la plage la nuit, autre œuvre marquante du cinéaste, partage avec le film une sensibilité similaire pour les portraits féminins en crise existentielle. Le cinéma d'Éric Rohmer, souvent cité en comparaison avec celui de Hong Sang-soo, offre une parenté évidente dans son goût pour les dialogues et les rencontres fortuites. Enfin, Vivre de Kurosawa évoque, dans un registre différent, cette même réflexion sur la manière d'aborder la fin de sa vie.