Jack, dix-neuf ans, Lisa, dix-sept ans, et le petit Mathis, dix ans, perdent brutalement leurs deux parents et se retrouvent livrés à eux-mêmes. Jack, tout juste majeur, obtient la garde légale de son jeune frère tandis que Lisa cherche à prendre son indépendance loin du foyer familial. Chacun tente à sa manière d'apprivoiser ce deuil soudain, entre l'insouciance de la jeunesse et le poids d'une responsabilité nouvelle. Porté par l'énergie de ses jeunes interprètes, le film raconte comment une fratrie recompose un semblant de vie normale au milieu du chaos.
Just Kids est né d'un projet profondément personnel pour Christophe Blanc, qui s'est inspiré de sa propre adolescence pour construire cette chronique familiale. Le réalisateur, déjà auteur de deux longs métrages auparavant, voulait raconter l'histoire d'une fratrie confrontée à un deuil brutal sans tomber dans le pathos facile. Il a coécrit le scénario avec Erwan Guillaume et Béryl Peillard afin de donner de la chair et de la vérité aux trois personnages centraux. L'idée de filmer des adolescents livrés à eux-mêmes, sans figure d'autorité, lui permettait d'explorer la question de l'héritage : que reste-t-il d'un enfant quand ses parents disparaissent trop tôt ? Blanc a défini son film comme un « mélodrame » au sens étymologique, mêlant intimement la musique au drame pour souligner les élans émotionnels de ses personnages. Le tournage s'est appuyé sur une coproduction franco-suisse, associant plusieurs sociétés dont Blue Monday Productions et la RTS. Le réalisateur a pris soin de ne jamais expliquer frontalement le suicide du père, préférant laisser le spectateur reconstituer les zones d'ombre du passé familial. C'est ce parti pris de pudeur, hérité de sa propre expérience, qui a guidé l'ensemble de l'écriture.
Le film a été globalement bien accueilli par la presse spécialisée, qui a salué la maturité de la mise en scène de Christophe Blanc, jugée la plus aboutie de sa carrière. Les critiques ont particulièrement souligné la direction d'acteurs et la capacité du réalisateur à faire exister une famille recomposée dans l'urgence, sans jamais céder à la joliesse. Certains ont toutefois pointé quelques longueurs dans la narration, jugée par moments trop éclatée en scènes de vie juxtaposées. Le public s'est montré partagé mais globalement touché, saluant surtout l'alchimie entre les trois jeunes comédiens et l'énergie presque rock du film. Beaucoup de spectateurs ont mentionné avoir été surpris par la justesse du personnage de Mathis, incarné par un enfant débutant, qui a suscité une réelle empathie. Le film a également été comparé par plusieurs observateurs au classique Les Quatre Cents Coups pour son final ouvert sur l'avenir de ses personnages. Just Kids n'a pas connu de grande campagne de récompenses, sa sortie ayant coïncidé avec les restrictions sanitaires de l'été 2020, mais il a bénéficié d'une exposition notable dans plusieurs festivals francophones et a consolidé la reconnaissance critique de Kacey Mottet Klein, déjà remarqué chez d'autres cinéastes.
Christophe Blanc a puisé l'inspiration du film dans ses propres souvenirs d'adolescence, ce qui donne à Just Kids une dimension autobiographique assumée par le cinéaste lui-même. Le tournage s'est déroulé dans un climat de confiance avec de jeunes comédiens peu expérimentés, ce qui a demandé un important travail de direction d'acteurs pour obtenir la spontanéité recherchée par le réalisateur. Le rôle de Mathis, particulièrement exigeant en raison de sa palette émotionnelle très large, a été confié à Andrea Maggiulli pour son tout premier rôle au cinéma ; le jeune acteur est le fils du chanteur et compositeur Francis Maggiulli. Blanc a expliqué avoir recherché un enfant singulier, capable de porter une histoire aussi dure et complexe sans jamais tomber dans le cabotinage. Kacey Mottet Klein, déjà remarqué dans plusieurs films d'auteur, retrouvait ici un rôle de jeune adulte en rupture, dans la continuité de ses précédentes compositions marquantes.
Just Kids explore avant tout le deuil brutal et la manière dont chacun y réagit selon son âge et sa personnalité. Le film interroge aussi la notion de responsabilité précoce, lorsque le passage à l'âge adulte est imposé par les circonstances plutôt que choisi. La fraternité, la solidarité face à l'adversité et la difficulté à se construire un avenir quand le passé familial reste obsédant traversent l'ensemble du récit. Enfin, le long métrage aborde la liberté nouvelle, parfois vertigineuse, que procure l'absence soudaine de figures parentales.
Le film se termine sur une note résolument ouverte, sans offrir de résolution nette au parcours de chacun des trois enfants. Cette fin en suspens reflète le choix du réalisateur de ne jamais enfermer ses personnages dans un destin figé, préférant montrer qu'ils continuent d'avancer malgré les blessures. On comprend que Jack, Lisa et Mathis ont trouvé, chacun à leur rythme, une forme d'équilibre fragile, sans que le film ne prétende que leurs blessures soient refermées. Ce choix de mise en scène invite le spectateur à imaginer la suite de leur histoire plutôt qu'à la voir conclue.
Le titre anglais Just Kids souligne le paradoxe central du film : ces trois personnages ne sont, au fond, que des enfants, contraints par les circonstances à endosser des responsabilités d'adulte bien avant l'heure. Il rappelle aussi la fragilité de leur âge, entre l'innocence qui persiste et la maturité qu'ils doivent artificiellement acquérir pour survivre à la perte de leurs parents.
Depuis sa sortie, Just Kids a surtout marqué les esprits comme un jalon dans la filmographie naissante de ses jeunes interprètes, en particulier Anamaria Vartolomei, dont la carrière a connu un essor important par la suite. Le film continue d'être proposé régulièrement sur les plateformes de vidéo à la demande françaises et suisses.
Les spectateurs ayant aimé Just Kids apprécieront sans doute Quand on a 17 ans d'André Téchiné, qui met également en scène Kacey Mottet Klein dans un rôle d'adolescent en crise. Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, souvent cité en écho au film, résonne par sa manière de filmer une jeunesse livrée à elle-même. On peut également recommander L'Adieu à la nuit, pour son approche sensible des liens familiaux abîmés par le drame.