Charlie, quinze ans, vit à Tamworth, une petite ville anglaise où tout le monde se connaît, et semble promis à un bel avenir dans le football, repéré par le prestigieux club de Manchester City. Son père voit en lui le footballeur professionnel qu'il n'a jamais pu devenir. Mais Charlie se sent profondément mal à l'aise dans son corps de garçon et va peu à peu révéler son identité de fille à sa famille. Cette révélation bouleverse l'équilibre familial et menace la relation précieuse que Charlie entretenait jusque-là avec son père.
Just Charlie est le premier long métrage de la réalisatrice britannique Rebekah Fortune, adaptation de son propre court métrage Something Blue réalisé en 2011 avec le même scénariste, Peter Machen. L'idée originale du projet est née d'une émission de télévision diurne qui avait fasciné Fortune et Machen par l'histoire d'une personne se sentant complètement dissociée de son reflet dans le miroir et de la manière dont son entourage la percevait. Ce sujet a d'abord donné naissance à une pièce de théâtre intitulée Killing Larry, retraçant le parcours d'une femme transgenre de sa naissance à la veille de son opération de réassignation de genre, avant d'être adapté au cinéma vingt ans plus tard. Rebekah Fortune, dont l'ensemble de la carrière théâtrale a toujours été marqué par des questions d'identité, souhaitait aborder la transidentité adolescente avec délicatesse plutôt qu'avec un traitement clinique ou sensationnaliste.
Le film a été plutôt bien accueilli par la critique, saluant l'approche délicate et sensible de la réalisatrice ainsi que la performance remarquable du jeune acteur Harry Gilby, nommé au British Independent Film Awards du meilleur espoir masculin pour ce rôle. Plusieurs observateurs ont toutefois noté que le film pouvait paraître un peu daté dans son traitement comparé à d'autres œuvres contemporaines sur des sujets similaires, comme le film belge Girl sorti la même période. Le public s'est montré sensible à la justesse du portrait familial dressé par le film, en particulier la relation complexe entre Charlie et son père incapable d'accepter immédiatement ce bouleversement. Just Charlie a remporté le prix du public au Festival international du film d'Édimbourg en 2017.
Aucun membre de l'équipe technique et artistique de Just Charlie n'avait suivi de formation en école de cinéma, la réalisatrice Rebekah Fortune, le scénariste Peter Machen et la productrice Karen Newman ayant tous débuté leur carrière au théâtre en tant que comédiens ou metteurs en scène. Le jeune acteur Harry Gilby, révélé dans le rôle-titre, avait auparavant tenu le rôle de Nathan dans la distribution originale de la comédie musicale The Full Monty dans le West End londonien. Le tournage a nécessité une approche particulièrement délicate des scènes évoquant les transformations corporelles vécues par Charlie, la réalisatrice choisissant systématiquement de suggérer plutôt que de montrer frontalement ces moments difficiles.
Just Charlie explore la transidentité adolescente et la quête d'acceptation de soi, ainsi que les répercussions d'une telle révélation sur l'ensemble d'une cellule familiale. Le film interroge également la pression paternelle liée à la réussite sportive et la manière dont elle peut aveugler un père face à la véritable identité de son enfant, ainsi que le regard de la communauté sur les questions de genre dans une petite ville anglaise conservatrice.
À la fin du film, le père de Charlie parvient progressivement à surmonter son incompréhension initiale et sa peur de voir sa carrière de footballeur professionnel s'effondrer, pour finalement réapprendre à exprimer son amour envers son enfant. Cette réconciliation, bien que douloureuse et progressive, permet à la famille de se reconstruire autour de l'identité affirmée de Charlie plutôt que de se briser définitivement. Le film se termine sur une note d'espoir, suggérant que l'amour familial peut surmonter l'incompréhension initiale face à des bouleversements profonds.
Le titre Just Charlie, que l'on pourrait traduire par « Simplement Charlie », insiste sur le désir profond du personnage principal d'être accepté et aimé pour ce qu'il est réellement, au-delà des attentes et des projections de son entourage. Ce titre dépouillé reflète la démarche du film tout entier, qui refuse toute dramatisation excessive pour se concentrer sur l'humanité simple et universelle de son personnage principal.
Les amateurs de Just Charlie pourront se tourner vers Girl de Lukas Dhont, qui aborde une thématique similaire de transidentité adolescente sur fond de danse classique, ou vers Ma vie en rose d'Alain Berliner, pour son traitement tout aussi sensible de la question du genre chez un jeune enfant.