Arthur Fleck, humoriste raté souffrant de troubles psychologiques et rejeté de tous, survit tant bien que mal dans un Gotham City rongé par la misère et les inégalités sociales. Aide-soignant clownesque le jour, il rêve secrètement de devenir comique professionnel, encouragé par sa mère malade avec qui il vit encore. Mais les humiliations répétées et l'indifférence générale finissent par le pousser vers une spirale de violence qui le transformera peu à peu en une figure de chaos redoutée de toute la ville.
Joker s'inspire librement du personnage éponyme créé en 1940 par Bill Finger, Bob Kane et Jerry Robinson pour l'univers de Batman, mais s'en détache complètement en proposant une origin story indépendante de tout autre film de super-héros. Todd Phillips, jusque-là essentiellement connu pour des comédies comme Very Bad Trip, a voulu s'inspirer du cinéma social et psychologique des années 1970 et 1980, citant explicitement Taxi Driver et La Valse des pantins de Martin Scorsese comme références majeures. Le réalisateur souhaitait explorer la genèse d'un tueur à travers le prisme de la maladie mentale et de l'exclusion sociale, plutôt que de proposer une simple relecture comique du grand méchant de Batman.
Le film reçoit un accueil très favorable de la critique internationale, saluée pour la performance habitée de Joaquin Phoenix et pour l'audace de proposer un film de super-vilain traité comme un authentique drame psychologique. Plusieurs observateurs soulignent l'influence assumée du cinéma de Scorsese, ainsi que la mise en scène soignée qui évite les codes traditionnels du blockbuster de comics. Le film a également suscité une importante controverse aux États-Unis, certains observateurs craignant qu'il ne glorifie la violence, ce qui a entraîné un renforcement exceptionnel de la sécurité lors de sa sortie en salles. Le public a plébiscité massivement le film, qui devient le premier long-métrage classé R à dépasser le milliard de dollars de recettes mondiales. Joker a remporté le Lion d'or à la Mostra de Venise 2019, ainsi que deux Oscars en 2020, ceux du meilleur acteur pour Joaquin Phoenix et de la meilleure musique originale pour Hildur Guðnadóttir.
Joaquin Phoenix a perdu près de 24 kilos pour incarner la silhouette famélique d'Arthur Fleck, un régime extrême qui a également influencé sa gestuelle particulière et sa manière de danser dans plusieurs scènes emblématiques du film. Le célèbre escalier du Bronx où Arthur danse après sa transformation en Joker est depuis devenu un lieu de pèlerinage touristique pour les fans du film.
Le film explore la maladie mentale et l'absence de prise en charge sociale des plus vulnérables, la violence comme réponse à l'humiliation et à l'exclusion systémique, les fractures sociales et économiques d'une société inégalitaire, ainsi que la fascination trouble exercée par le chaos sur une population désabusée.
Après avoir assassiné plusieurs personnes, dont l'animateur de télévision qui se moquait de lui publiquement, Arthur devient malgré lui le symbole d'une révolte populaire contre les élites de Gotham, incarnées par la famille Wayne. Le film se termine sur une scène ambiguë où Arthur, interné dans un asile psychiatrique, semble se remémorer ou fantasmer les événements du film, laissant planer le doute sur la fiabilité de tout ce qui a été raconté jusque-là.
Le titre reprend simplement le nom du personnage central, le Joker, dont le film retrace la transformation progressive d'un homme brisé par la société en une figure de chaos flamboyante, sans jamais nommer explicitement ce surnom avant la toute fin du récit.
La musique du film, composée par Hildur Guðnadóttir, a remporté l'Oscar de la meilleure musique originale en 2020, saluée pour son atmosphère oppressante portée notamment par le violoncelle.
Taxi Driver (1976, Martin Scorsese) et La Valse des pantins (1982, Martin Scorsese), deux références assumées par Todd Phillips pour la construction psychologique de son personnage principal.