Bruno Dumont revisite la légende de Jeanne d'Arc en deux parties : une première explorant son enfance mystique dans la France médiévale, et une seconde retraçant son procès et son martyre. À travers des paysages grandioses et des dialogues minimalistes, le film dépeint la foi inébranlable, la détermination et la tragédie de cette icône historique. Une œuvre contemplative où le sacré côtoie le profane, et où chaque plan devient une méditation sur le destin, la grâce et le sacrifice. Le réalisateur y mêle rigueur historique et liberté artistique pour offrir un portrait à la fois intime et universel.
"Jeanne" est né du désir de Bruno Dumont d'explorer la figure de Jeanne d'Arc, non pas comme une héroïne guerrière, mais comme une mystique, une jeune fille dont la foi a changé le cours de l'histoire. Dumont, connu pour ses films explorant les thèmes de la spiritualité et de la transcendance comme "La Vie de Jésus" ou "Hadewijch", a souhaité déconstruire le mythe pour en révéler l'humanité et la fragilité. Le projet a été inspiré par les écrits de Charles Péguy, notamment "Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc", ainsi que par les procès-verbaux authentiques de son procès. Le réalisateur a collaboré avec des historiens médiévaux pour recréer avec précision le contexte politique et religieux de l'époque, tout en y intégrant sa propre vision poétique et métaphysique.
Résumé des critiques professionnelles Le film a divisé la critique, mais a été salué pour son audace et son approche unique de la légende de Jeanne d'Arc. Les critiques ont particulièrement apprécié la performance de Lise Leplat Prudhomme, une non-professionnelle, qui incarne Jeanne avec une simplicité et une intensité rares, capturant à la fois sa foi et sa vulnérabilité. La réalisation de Bruno Dumont a été décrite comme rigoureuse et poétique, avec des plans fixes et des paysages grandioses qui soulignent la dimension métaphysique du récit. Certains ont trouvé le rythme trop lent et le film trop abstrait, mais ont reconnu qu'il s'agissait d'une œuvre ambitieuse et profondément personnelle. La photographie, signée par David Chizallet, a été saluée pour sa capacité à capturer la lumière et les ombres de l'époque médiévale.
Réception du public Les spectateurs ont été partagés par le film : certains ont été captivés par son atmosphère contemplative et sa profondeur spirituelle, tandis que d'autres ont eu du mal à s'identifier à son approche minimaliste et déroutante. Beaucoup ont apprécié la manière dont Dumont aborde des thèmes universels comme la foi, le destin et le sacrifice à travers une figure historique aussi emblématique que Jeanne d'Arc. Certains ont critiqué le manque d'action et de dialogue, mais la majorité a reconnu que le film offrait une expérience cinématographique unique, loin des clichés des films historiques traditionnels. Le film a également suscité des débats sur la représentation de la spiritualité au cinéma.
Récompenses obtenues "Jeanne" a été sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 2019, où il a été salué pour son originalité. Lise Leplat Prudhomme a reçu des éloges pour son interprétation, et le film a été nommé pour plusieurs prix dans des festivals spécialisés dans le cinéma d'auteur. Bien qu'il n'ait pas remporté de grands prix, il a consolidé la réputation de Bruno Dumont comme l'un des réalisateurs les plus audacieux et visionnaires du cinéma contemporain. Le film a également été primé pour sa photographie et sa direction artistique lors de cérémonies dédiées au cinéma français.
Inspirations du réalisateur Bruno Dumont a expliqué avoir été inspiré par des œuvres d'art médiéval, comme les enluminures et les fresques représentant Jeanne d'Arc, pour donner une dimension visuelle unique à son film. Il a également puisé dans des textes mystiques, comme ceux de Sainte Thérèse d'Avila ou de Maître Eckhart, pour comprendre la spiritualité intense qui animait Jeanne. Dumont a travaillé avec des théologiens pour explorer les thèmes de la grâce divine et de la mission sacrée. Il a aussi étudié les paysages du nord de la France pour s'inspirer des décors naturels qui serviraient de toile de fond à son récit.
Difficultés de production Le tournage a été marqué par des défis logistiques, notamment la reconstitution des décors médiévaux avec un budget limité. Dumont a choisi de tourner dans des lieux authentiques, comme des églises et des châteaux du nord de la France, pour donner une authenticité historique à son film. Une autre difficulté a été de travailler avec une actrice non professionnelle, Lise Leplat Prudhomme, qui devait incarner un personnage aussi complexe que Jeanne d'Arc avec peu d'expérience préalable. Enfin, les scènes de bataille, tournées avec un minimum d'effets spéciaux, ont exigé une coordination précise pour rester fidèles à l'esthétique sobre et réaliste du réalisateur.
Anecdote sur une scène particulière La scène où Jeanne entend pour la première fois les voix des saints a été particulièrement intense à tourner. Dumont a expliqué avoir travaillé avec Leplat Prudhomme pour développer une interprétation subtile et mystérieuse de ce moment clé. La scène, tournée dans une église vide avec un éclairage naturel, est devenue l'une des plus marquantes du film, souvent citée par les critiques pour son réalisme et sa beauté visuelle. Le réalisateur a décidé de ne pas utiliser d'effets sonores surnaturels pour les voix, laissant ainsi au spectateur le soin d'interpréter ce que Jeanne entendait.
Casting initialement prévu À l'origine, Bruno Dumont envisageait de faire jouer Jeanne par une actrice expérimentée, mais il a finalement opté pour Lise Leplat Prudhomme, une jeune femme de 17 ans sans formation d'actrice, pour son visage expressif et son aura naturelle. Annick Lavie et Justine Lacroix, qui jouent des rôles secondaires, ont été choisies pour leur capacité à compléter l'univers du film avec des performances discrètes mais efficaces. Dumont a expliqué que ce choix de casting non professionnel était essentiel pour capturer l'authenticité et la simplicité de l'histoire de Jeanne.
Le film explore plusieurs thèmes profonds liés à la foi, au destin et à la transcendance. La spiritualité est au cœur du récit, avec Jeanne dont la relation avec Dieu est au centre de chaque décision et de chaque épreuve. Le film interroge également la notion de mission divine : comment une jeune fille peut-elle être convaincue d'avoir été choisie par Dieu pour sauver son pays ? Le sacrifice est un autre thème central, illustré par le parcours de Jeanne, qui accepte de souffrir et de mourir pour sa foi et sa patrie. Enfin, la solitude du croyant est explorée à travers les moments où Jeanne doute ou se sent abandonnée, montrant comment la foi peut être à la fois une source de force et d'isolement.
La fin du film montre le procès et l'exécution de Jeanne, avec une dernière scène où elle est brûlée vive sur le bûcher, son regard tourné vers le ciel comme pour y chercher une confirmation de sa mission accomplie. Bruno Dumont a expliqué que cette fin tragique était un choix délibéré pour rester fidèle à l'histoire et pour souligner le sacrifice ultime de Jeanne. La dernière image, où la caméra s'attarde sur les flammes et la fumée, laisse une impression de mélancolie et de respect, rappelant que Jeanne d'Arc reste une figure de la résistance et de la foi inébranlable. Le réalisateur a également souligné que cette fin ouverte sur le ciel invite le spectateur à réfléchir sur la nature de la foi et du martyr.
"Jeanne" est un titre simple et direct qui met en avant le personnage central du film. En choisissant ce titre, Bruno Dumont a voulu souligner que son film est avant tout une exploration de l'humanité et de la spiritualité de Jeanne d'Arc, au-delà des légendes et des mythes qui l'entourent. Le titre évoque également l'universalité de son histoire : Jeanne, une jeune fille ordinaire devenue héroïne, incarne des thèmes qui transcendent les époques et les cultures, comme la foi, le courage et le sacrifice. Enfin, le titre rappelle que, derrière chaque figure historique, il y a une personne dont la complexité et les émotions méritent d'être explorées.
"Jeanne" a continué à attirer l'attention des amateurs de cinéma d'auteur et de films historiques depuis sa sortie. En 2020, le film a été projeté lors de plusieurs rétrospectives dédiées à Bruno Dumont, où il a été salué pour son approche unique de la légende de Jeanne d'Arc. Le réalisateur a été invité à discuter de son œuvre lors de conférences sur le cinéma et la spiritualité, partageant des insights sur les défis de la réalisation d'un film aussi ambitieux et personnel. Le film a également inspiré des débats sur la représentation de la foi et du sacré au cinéma. En 2022, une version restaurée du film, incluant des scènes coupées et des interviews de Dumont, a été publiée en Blu-ray, permettant à un nouveau public de découvrir cette œuvre exigeante et poétique.
La Passion de Jeanne d'Arc (1928), Jeanne d'Arc (1999), Le Procès de Jeanne d'Arc (1962), Hadewijch (2009), La Vie de Jésus (1997)