Jeanne d'Arc, jeune paysanne lorraine qui affirme entendre les voix de Dieu depuis son enfance, convainc le Dauphin Charles de la laisser mener les armées françaises contre les Anglais qui occupent le pays depuis des décennies. Sur les champs de bataille, elle s'impose comme un chef de guerre redoutable et inspire les soldats à une série de victoires stupéfiantes, avant d'être capturée, jugée pour hérésie et brûlée vive à dix-neuf ans. La vision très personnelle et physique de Luc Besson sur l'une des figures les plus complexes de l'histoire de France.
Jeanne d'Arc est né d'une fascination personnelle de Luc Besson pour cette figure historique qu'il admirait depuis l'enfance, ayant déclaré avoir voulu réaliser ce film depuis ses débuts dans le cinéma. La vision qu'il en proposait était délibérément différente des représentations habituelles de Jeanne, plus sombre et plus psychologique, cherchant à explorer la frontière ambiguë entre la vision mystique et le traumatisme — Jeanne a assisté enfant au massacre et à la mort violente de sa sœur, et Besson suggère que ses "voix" pourraient être autant un mécanisme de dissociation traumatique qu'une inspiration divine réelle. Le personnage de la Conscience, incarné par Dustin Hoffman, permettait à Besson d'introduire cette dimension psychanalytique qui interroge la foi de Jeanne sans la nier, créant une tension philosophique inédite dans les représentations cinématographiques du personnage. Le choix de Milla Jovovich pour incarner Jeanne était audacieux, l'actrice ukraino-américaine apportant au personnage une intensité physique et une étrangeté qui correspondaient à la vision de Besson.
Résumé des critiques professionnelles : Jeanne d'Arc a reçu des critiques très divisées, certains journalistes saluant l'ambition et la dimension psychologique inédite de la représentation, d'autres jugeant le film trop hollywoodien dans son traitement des batailles ou trop désinvolte avec l'histoire. La performance de Milla Jovovich a été appréciée par une partie de la critique pour son intensité physique.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial honorable en France et à l'international, profitant de la notoriété de Luc Besson et du sujet qui fascine le public mondial. Il a attiré plus de 7 millions de spectateurs en France malgré des critiques mitigées.
Récompenses obtenues : Le film a reçu plusieurs nominations aux Césars, notamment pour ses costumes et ses décors, et a remporté des prix techniques dans des cérémonies spécialisées.
Inspirations du réalisateur : Luc Besson a voulu faire de Jeanne une figure à la fois transcendante et humaine, profondément vulnérable derrière sa foi apparente, s'inspirant de la théorie selon laquelle ses visions pourraient s'expliquer par un état de stress post-traumatique intense lié aux violences subies dans son enfance.
Difficultés de production : Les batailles médiévales, reconstituées avec des centaines de figurants et des moyens techniques considérables, ont représenté le défi logistique le plus important du tournage, Besson voulant leur donner une dimension de chaos et de violence réelle qui tranche avec les représentations académiques habituelles.
Anecdote sur une scène particulière : Les scènes du procès, dans lesquelles Jeanne affronte la Conscience incarnée par Dustin Hoffman dans un dialogue intérieur qui remet en question la nature même de ses révélations, sont considérées comme les plus originales et les plus philosophiquement intéressantes du film.
Casting initialement prévu : Avant de se décider pour Milla Jovovich, Luc Besson avait envisagé sa compagne de l'époque, Sandra Bullock, pour le rôle principal.
Jeanne d'Arc interroge la frontière entre la foi mystique et la folie, entre la vocation divine et le trauma psychologique, en proposant une lecture moderne et résolument ambiguë de cette figure historique qui a toujours fasciné précisément parce qu'elle ne se laisse pas enfermer dans une seule interprétation. Le film aborde également la manipulation politique des êtres d'exception par le pouvoir, Charles VII utilisant puis abandonnant Jeanne en fonction de ses intérêts politiques. La question du corps féminin dans un monde guerrier masculin — Jeanne doit imposer son autorité physiquement dans un environnement qui la rejette a priori — est l'un des axes féministes les plus intéressants du film.
Jeanne, abandonnée par Charles VII qu'elle a fait sacrer roi, est brûlée vive à Rouen après un procès truqué dans lequel sa foi et ses visions sont utilisées contre elle. La mort de Jeanne est filmée avec une intensité qui préserve la dimension à la fois tragique et transcendante de cet instant, laissant ouverte la question de savoir si sa mort constitue un martyre ou la conclusion logique d'une vie que ses propres certitudes rendaient incompatible avec le monde politique qui l'entourait.
Le titre est simplement le nom de l'héroïne historique, ce choix minimaliste signalant que le film n'a pas de sous-titre ou d'angle particulier à afficher : il s'agit d'une vision directe et personnelle de cette figure, sans la distance que créeraient des formulations comme "la Pucelle" ou "la guerrière". Besson revendique ainsi une intimité avec le personnage qui est le moteur de toute l'entreprise.
La musique composée par Éric Serra pour Jeanne d'Arc, fidèle collaborateur de Luc Besson depuis ses débuts, mêle orchestre symphonique de grande ampleur et touches électroniques pour créer une atmosphère à la fois historique et résolument moderne. Les thèmes guerriers et les séquences contemplatives alternent avec une efficacité qui contribue significativement à l'impact émotionnel du film, Serra ayant ici produit l'une de ses partitions les plus complexes et les plus ambitieuses.
Jeanne d'Arc de Luc Besson reste l'une des productions cinématographiques françaises les plus ambitieuses de la fin des années 90 et continue de diviser les cinéphiles entre ceux qui lui reprochent ses libertés avec l'histoire et ceux qui apprécient sa relecture psychologique originale. La figure de Jeanne d'Arc reste l'une des plus adaptées au cinéma mondial, chaque époque lui donnant un reflet de ses propres questionnements.