L'agent secret britannique James Bond, matricule 007, est envoyé en Jamaïque pour enquêter sur la disparition mystérieuse d'un de ses collègues ainsi que sur le brouillage systématique des fusées américaines de la NASA. Sur cette île paradisiaque et dangereuse, il découvre la piste d'une organisation criminelle secrète appelée SPECTRE. À sa tête se trouve le sinistre et mégalomane Docteur No, un scientifique mystérieux retranché sur son île fortifiée de Crab Key. Bond va devoir user de tout son charme et de ses talents de tueur pour déjouer un complot machiavélique de portée mondiale.
Le projet est né de la volonté des producteurs Harry Saltzman et Albert R. Broccoli de porter à l'écran les romans d'espionnage à succès d'Ian Fleming. Après de longues négociations, ils choisirent d'adapter le sixième livre de la saga, publié en 1958, estimant que son intrigue exotique était idéale pour séduire le public du début des années soixante. L'inspiration du réalisateur Terence Young est venue du désir de créer un héros d'un genre nouveau, mêlant l'élégance britannique aristocratique à une violence brute moderne. Il souhaitait imposer un style cinématographique rapide, glamour et teinté d'ironie.
La critique professionnelle de l'époque a accueilli le film avec une curiosité parfois teintée de réserve face à la violence décontractée de ce héros d'un nouveau genre. Cependant, la presse a rapidement salué l'efficacité redoutable de la mise en scène, le magnétisme de Sean Connery et l'exotisme rafraîchissant des décors. La critique moderne le considère comme l'acte de naissance d'une des franchises les plus lucratives de l'histoire. Le grand public a immédiatement plébiscité le long-métrage, créant un engouement populaire massif qui allait donner naissance à la "Bondmania" internationale. Les spectateurs ont été fascinés par l'univers glamour, l'action trépidante et l'assurance désinvolte de l'agent secret. Bien que ce genre de film de divertissement ait rarement été récompensé dans les grands festivals dramatiques, il a remporté un Golden Globe en 1964 récompensant Ursula Andress comme la nouvelle star de l'année, scellant son impact visuel marquant.
Terence Young s'est beaucoup investi pour façonner l'allure de Sean Connery, l'emmenant chez son propre tailleur et lui apprenant à se déplacer avec la grâce d'un félin élégant pour correspondre au standing littéraire de James Bond. La production a dû composer avec un budget initial extrêmement modeste, ce qui a obligé le chef décorateur Ken Adam à faire preuve d'un génie créatif incroyable pour concevoir l'antre futuriste du Docteur No avec des matériaux de récupération bon marché. La scène mythique de l'apparition d'Ursula Andress sortant des eaux de la mer des Caraïbes en bikini blanc, un coquillage à la main, est devenue l'un des moments les plus célèbres et érotiques du cinéma mondial. Ce plan a immédiatement défini les codes esthétiques de la "Bond Girl". Pour le rôle principal, l'auteur Ian Fleming préférait initialement Cary Grant avant que le choix de Sean Connery ne s'impose, l'écrivain admettant plus tard que l'acteur écossais avait parfaitement transcendé son personnage littéraire.
Le film pose les bases des thématiques de la guerre froide, de la menace technologique nucléaire et de la mégalomanie criminelle apatride. Il explore la figure du héros hédoniste, l'impérialisme britannique en déclin et l'exotisme colonial comme terrain d'aventure. La domination masculine et le fétichisme des gadgets y sont également inaugurés.
La fin explosive montre James Bond parvenant à surcharger le réacteur nucléaire du Docteur No, entraînant la chute du savant fou dans la cuve d'eau bouillante de son propre complexe technologique. Bond s'échappe de l'île en ruine à bord d'un canot de sauvetage en compagnie de la belle Honey Rider. Le film se clôt sur l'agent secret préférant ignorer les appels de ses supérieurs pour profiter d'un moment romantique en pleine mer.
Le titre désigne directement le principal antagoniste de l'histoire, le Docteur No, dont le nom de famille claque comme un refus catégorique de l'autorité mondiale et des lois de la société. Il symbolise le mystère, la froideur scientifique et l'opposition frontale au monde libre défendu par l'agent secret. C'est l'incarnation du premier grand "super-vilain" de la saga.
La bande originale est entrée définitivement dans la légende en introduisant pour la toute première fois le mythique "James Bond Theme" composé par Monty Norman et arrangé de façon magistrale par John Barry. Ce rythme de guitare électrique syncopé et ces cuivres jazzy sont devenus la signature sonore universelle de la franchise.
En tant que tout premier film de la saga cinématographique James Bond, il fait l'objet de célébrations mondiales lors de chaque anniversaire de la franchise. Les costumes originaux et le célèbre bikini d'Ursula Andress continuent d'être arrachés à prix d'or lors des plus grandes ventes aux enchères internationales.