1894, en pleine effervescence antisémite, le capitaine Alfred Dreyfus est injustement condamné pour trahison et déporté au bagne de l'île du Diable. Georges Picquart, officier fraîchement promu à la tête du contre-espionnage militaire français, découvre peu à peu des éléments troublants suggérant l'innocence de Dreyfus et l'implication d'un autre officier dans les faits qui lui sont reprochés. Au péril de sa propre carrière, Picquart va se lancer dans un combat acharné pour rétablir la vérité, bravant l'antisémitisme ambiant et la raison d'État.
J'accuse adapte le roman D. de l'écrivain britannique Robert Harris, publié en 2013, lui-même consacré à l'affaire Dreyfus, l'un des plus grands scandales politico-judiciaires de la France de la Troisième République. Roman Polanski, coscénariste du film aux côtés de Robert Harris, a choisi de porter le récit non pas du point de vue de Dreyfus lui-même mais de celui du colonel Picquart, dont l'enquête acharnée a permis de faire éclater la vérité. Le titre du film reprend celui du célèbre article publié par Émile Zola dans L'Aurore en 1898, texte fondateur ayant contribué à faire basculer l'opinion publique en faveur de Dreyfus.
Le film reçoit un accueil très favorable de la critique française et internationale, saluée pour la rigueur de sa reconstitution historique et la tension quasi documentaire de son récit. Plusieurs observateurs soulignent la performance de Jean Dujardin en officier intègre confronté à l'antisémitisme institutionnel de son époque, ainsi que la mise en scène classique mais maîtrisée de Polanski. La sortie du film a néanmoins été fortement marquée par la polémique entourant les accusations d'agression sexuelle visant le réalisateur, plusieurs personnalités appelant au boycott du film indépendamment de ses qualités cinématographiques. Le public s'est montré partagé entre l'intérêt pour le sujet historique traité et le malaise suscité par les controverses personnelles entourant Roman Polanski. J'accuse a remporté le Grand Prix du jury ainsi que le Lion d'argent du meilleur réalisateur à la Mostra de Venise 2019, avant de recevoir douze nominations aux César 2020, dont celui du meilleur film.
Le tournage s'est déroulé en France, avec une reconstitution minutieuse des décors et des costumes de la France de la fin du XIXe siècle. La cérémonie des César 2020, durant laquelle le film a remporté plusieurs récompenses dont celle du meilleur réalisateur pour Polanski, a été marquée par le départ collectif d'une partie de la salle, dont l'actrice Adèle Haenel, en signe de protestation contre l'attribution de ce prix.
Le film explore l'antisémitisme institutionnel au sein de l'armée française de la fin du XIXe siècle, la raison d'État confrontée à la quête individuelle de vérité, le courage moral face à la pression hiérarchique et sociale, ainsi que la manipulation de la justice par des intérêts politiques et nationalistes.
Le film s'achève sur la réhabilitation officielle d'Alfred Dreyfus en 1906, après douze années de combat judiciaire et médiatique, une issue fidèle à l'Histoire puisque Dreyfus fut effectivement innocenté et réintégré dans l'armée française avec le grade de commandant, tandis que le colonel Picquart, longtemps sanctionné pour son rôle dans la révélation de la vérité, fut lui aussi réhabilité et devint ministre de la Guerre.
Le titre reprend celui du célèbre article ouvert publié par Émile Zola le 13 janvier 1898 dans le journal L'Aurore, un texte incendiaire dénonçant l'injustice faite à Dreyfus qui contribua de manière décisive à faire basculer l'opinion publique française en faveur de sa réhabilitation.
La sortie du film en France en novembre 2019 a coïncidé avec une nouvelle vague d'accusations d'agression sexuelle visant Roman Polanski, provoquant d'importantes manifestations devant les salles de cinéma le projetant.
Le Pianiste (2002, Roman Polanski), autre film du réalisateur traitant de la persécution antisémite, et Prisonnier de l'île du Diable (2005, Michael Caton-Jones), autre film consacré à l'affaire Dreyfus.