En 1956, un groupe de jeunes recrues aux profils physiques et sociaux très disparates intègre une unité non combattante de l'armée israélienne, dans une base isolée du désert du Néguev. Venus des quartiers riches de Jérusalem, des kibboutzim ou des bidonvilles, ils partagent malgré leurs différences les mêmes passions, l'amour, le football ou la musique. Durant trois mois d'entraînement éprouvant, ils vont découvrir ensemble la dureté et l'absurdité de la vie militaire. Cette expérience commune va bouleverser durablement leur rapport à l'innocence de la jeunesse.
Le film adapte le roman du même nom de l'écrivain israélien Yehoshua Kenaz, considéré comme un classique de la littérature nationale et réputé pour sa description minutieuse de la vie dans une unité militaire non combattante. Dover Kosashvili, déjà reconnu pour ses films explorant les fractures de la société israélienne, choisit d'élargir son propos au-delà de la seule communauté géorgienne qu'il avait mise en scène dans ses précédents films. Le réalisateur voit dans ce roman l'occasion d'aborder l'institution militaire israélienne sous un angle rarement traité au cinéma, celui des recrues jugées inaptes au combat. Il coécrit l'adaptation avec Reuven Hecker, en se concentrant sur trois personnages principaux issus de milieux sociaux très différents. Le tournage vise à reconstituer fidèlement l'atmosphère d'un camp d'entraînement israélien des années 1950, une décennie après la création de l'État. Kosashvili cherche à dresser, à travers cette mosaïque de personnages, un portrait plus large des fractures sociales, religieuses et ethniques traversant la jeune société israélienne de l'époque.
Le film reçoit un accueil critique partagé, certains observateurs saluant l'ambition de l'adaptation littéraire et la reconstitution soignée de l'époque, tandis que d'autres regrettent un scénario jugé trop dispersé entre ses différents personnages et un ton hésitant entre comédie et drame. Plusieurs critiques notent que le film peine à choisir clairement sa direction narrative, entre satire de la vie militaire et portrait social plus sombre. La performance des jeunes acteurs, notamment celle interprétant le personnage marginalisé de l'unité, est en revanche largement appréciée. Le public israélien réserve un accueil plutôt favorable au film, porté par la notoriété du roman dont il est adapté et par la nostalgie qu'il suscite auprès des spectateurs plus âgés ayant vécu une expérience militaire similaire. La sortie française, plus modeste, touche principalement un public cinéphile intéressé par le cinéma israélien contemporain. Le film n'a pas obtenu de récompense internationale majeure, mais il s'inscrit dans la continuité du parcours remarqué de Dover Kosashvili, déjà reconnu pour ses précédents films présentés dans plusieurs festivals internationaux.
Dover Kosashvili a dû opérer des choix importants de simplification par rapport à la structure très dense du roman original de Yehoshua Kenaz, en se concentrant sur seulement trois personnages principaux parmi la vaste galerie de figures présentes dans le livre. Cette réduction narrative a nécessité un travail d'adaptation particulièrement délicat afin de conserver l'esprit choral de l'œuvre originale tout en la rendant accessible à un format de long métrage. La reconstitution du camp militaire des années 1950 a par ailleurs demandé un travail de décors et de costumes assez minutieux pour restituer fidèlement l'atmosphère de l'époque.
Le film explore les fractures sociales, ethniques et religieuses traversant la jeune société israélienne des années 1950, à travers la cohabitation forcée de jeunes recrues aux origines très différentes. Il questionne également la violence institutionnelle de l'armée envers les individus jugés les plus fragiles ou marginaux, notamment à travers le personnage du souffre-douleur de l'unité. Le passage à l'âge adulte et la perte de l'innocence constituent un autre axe important du récit, l'expérience militaire agissant comme un rite de passage brutal pour l'ensemble des personnages.
Le film se conclut sur un dénouement brutal et volontairement abrupt, qui vient clore de façon cruelle le parcours de l'un des personnages les plus vulnérables du groupe, souffre-douleur de ses camarades tout au long du récit. Cette fin souligne la violence latente que l'institution militaire n'a jamais su ni voulu contenir, malgré les liens d'amitié inattendus qui s'étaient noués entre certaines recrues. Le contraste entre la légèreté apparente de certains passages du film et la dureté de sa conclusion renforce le sentiment d'un système qui broie ceux qui ne correspondent pas à ses normes.
Le titre Infiltration renvoie au nom donné à l'un des exercices militaires pratiqués par les recrues durant leur entraînement, mais fonctionne également comme une métaphore de l'intégration difficile de personnages marginaux au sein d'un groupe et d'une institution qui ne les accepte que partiellement.
Dover Kosashvili a poursuivi depuis sa carrière de réalisateur et scénariste en Israël, tout en restant associé dans la presse spécialisée à ses films précédents plus largement salués, Mariage tardif et Cadeau du ciel. Infiltration continue d'être occasionnellement cité dans les discussions consacrées aux adaptations de la littérature israélienne au cinéma.
Les amateurs du film pourront apprécier Full Metal Jacket pour son immersion similaire dans la brutalité d'un camp d'entraînement militaire, Lebanon pour son regard sur l'armée israélienne, ou encore Beaufort pour sa description de la vie quotidienne des soldats israéliens.