En 1935, lors d'une mission qui tourne mal à Shanghai, Indiana Jones se retrouve propulsé dans un village indien dont les enfants ont été kidnappés et la pierre sacrée volée par une secte sanguinaire. Entraîné dans le palais souterrain de Pankot, il découvre un culte pratiquant des sacrifices humains au nom de la déesse Kali. L'épisode le plus sombre et le plus controversé de la saga, mêlant aventure exotique et horror film avec un sens du spectacle inégalé.
Indiana Jones et le Temple Maudit est une préquelle qui se déroule un an avant les événements des Aventuriers de l'Arche Perdue, un choix scénaristique qui permet de ne pas ressortir exactement les mêmes personnages secondaires. George Lucas, qui traversait une période personnellement difficile (son divorce venait d'être prononcé), a reconnu que l'atmosphère plus sombre de ce deuxième épisode reflétait en partie son état d'esprit de l'époque. Le scénario de Willard Huyck et Gloria Katz s'inspire librement de la secte des Thuggees, une organisation criminelle indienne du XIXe siècle qui vénérait effectivement Kali et pratiquait des assassinats rituels — bien que les pratiques décrites dans le film soient largement fictives et exagérées. La décision d'ouvrir le film par un numéro musical dans un club de Shanghai, puis d'enchaîner immédiatement sur une poursuite haletante, reflète l'ambition de Spielberg de ne jamais laisser le spectateur souffler. C'est pendant ce tournage que Steven Spielberg a rencontré Kate Capshaw (Willie Scott dans le film), qu'il allait épouser en 1991. Le contexte du film dans l'Inde coloniale des années 1930, avec ses stéréotypes sur la culture indienne, a par la suite été critiqué comme exotisant et réducteur.
Résumé des critiques professionnelles : À sa sortie en 1984, Le Temple Maudit a divisé les critiques de façon plus marquée que le premier film. Si tous ont reconnu la maestria technique de Spielberg et la puissance des séquences d'action, plusieurs journalistes ont été perturbés par la violence de certaines scènes — notamment la scène d'arrachage de cœur — et par la tonalité nettement plus sombre et horrifique de l'ensemble. Des critiques de fond ont également été formulées sur la représentation caricaturale de la culture indienne et l'exotisme de pacotille qui caractérise la vision du sous-continent dans le film.
Réception du public : Commercialement, Le Temple Maudit a été un immense succès, récoltant plus de 333 millions de dollars dans le monde sur un budget d'environ 28 millions. Le public a plébiscité l'action et le spectacle tout en exprimant parfois un malaise face aux scènes les plus violentes. Ce film est en partie responsable de la création du classement PG-13 aux États-Unis : jugé trop violent pour un PG mais pas assez pour un R, il a contribué à faire réaliser à la Motion Picture Association qu'une catégorie intermédiaire était nécessaire.
Récompenses obtenues : Le Temple Maudit a remporté l'Oscar des meilleurs effets visuels en 1985, récompensant notamment les spectaculaires séquences souterraines et les effets de mine. Il a également été nommé dans d'autres catégories techniques. Le film reste un cas d'école pour les théoriciens du cinéma qui étudient l'évolution des représentations culturelles dans le cinéma hollywoodien.
Inspirations du réalisateur : Spielberg s'est largement inspiré des films noirs de l'ère studio hollywoodien et des serials d'aventure des années 40, mais en poussant le curseur de la noirceur bien au-delà de ce que la saga avait osé jusqu'alors. Il cherchait à créer quelque chose de plus proche d'un film d'horreur à l'intérieur d'un film d'aventure, en particulier dans les longues séquences souterraines du palais de Pankot. L'influence du cinéma de James Cameron pour les séquences de mine motorisée est perceptible.
Difficultés de production : Le tournage a notamment eu lieu au Sri Lanka, en Angleterre (studios de Pinewood) et à Macao, pour des raisons à la fois logistiques et politiques — le gouvernement indien avait refusé d'accorder les autorisations nécessaires, jugeant le scénario offensant pour la culture indienne. Cette décision du gouvernement indien s'est finalement avérée prémonitoire, le film ayant effectivement été critiqué pour sa représentation.
Anecdote sur une scène particulière : La scène du souper de bienvenue au palais de Pankot, où les convives mangent des mets aussi improbables que des yeux de singe et des serpents remplis d'insectes, est devenue l'une des scènes les plus emblématiques et les plus parodiées de la saga. Spielberg a voulu créer un moment de comédie burlesque en opposition avec la noirceur des séquences qui allaient suivre — un contraste qui rend ces dernières d'autant plus efficaces.
Casting initialement prévu : Debra Winger avait commencé à travailler sur le rôle de Willie Scott avant de devoir se retirer pour des raisons de santé, laissant la place à Kate Capshaw. Le personnage de Short Round, joué par le jeune Ke Huy Quan, a été créé de toutes pièces pour le film et est devenu l'un des personnages secondaires les plus appréciés de la saga.
Le Temple Maudit est l'épisode le plus sombre et le plus ambigu de la trilogie originale, et ses thèmes reflètent cette tonalité particulière. Le bien et le mal s'y affrontent de façon plus manichéenne que dans les autres épisodes, avec un culte satanique clairement identifié comme le mal absolu. La question de l'emprise et de la dépossession de soi est centrale : Indiana Jones lui-même tombe sous l'influence du Sang de Kali Ma, perdant momentanément sa personnalité et ses valeurs morales, ce qui le transforme brièvement en agent du mal. Cette descente aux enfers intérieure donne au film une dimension psychologique absente des autres épisodes. La protection de l'enfance et de l'innocence est un autre thème fort : les enfants esclaves que cherche à libérer Indiana incarnent la vulnérabilité que le héros doit absolument protéger. L'exotisme, enfin, est traité dans toute son ambivalence coloniale, même si le film ne prend pas le recul critique qui lui permettrait de véritablement déconstruire le regard occidental qu'il projette sur l'Inde.
La résolution du Temple Maudit est celle d'un film d'aventure classique : Indiana se libère de l'emprise du Sang de Kali Ma grâce à Short Round (dans une scène émotionnellement très forte, l'amitié enfantine brisant littéralement l'ensorcellement), récupère la pierre sacrée, libère les enfants esclaves et affronte Mola Ram dans un combat final sur un pont de lianes au-dessus d'un ravin plein de crocodiles. La pierre sacrée retourne au village indien dont elle avait été volée, les enfants sont réunis avec leurs parents, et l'ordre est rétabli. La fin est clairement optimiste et moralement satisfaisante, contrastant avec la noirceur de la majeure partie du film. L'image finale, où Indiana est entouré des enfants qu'il a sauvés, humanise un personnage qui avait semblé momentanément perdre son âme.
Le Temple Maudit désigne le lieu central du film — le palais souterrain de Pankot, siège du culte de Kali Ma et temple de tous les excès et de toutes les horreurs que le film déploie. "Maudit" est un mot particulièrement fort qui évoque à la fois la malédiction religieuse, la réprobation morale et l'idée d'un lieu voué au malheur et à la mort. Ce titre annonce clairement que l'aventure qui s'y déroule sera plus sombre et plus dangereuse que celle des Aventuriers de l'Arche Perdue. Il reprend aussi la tradition des titres à sensation des romans d'aventure pulp des années 30, qui aimaient les "temples maudits", "jungles perdues" et autres lieux chargés de mystère et de menace.
John Williams livre pour Le Temple Maudit une partition qui reflète la tonalité plus sombre et plus exotique du film. Il compose un nouveau thème pour le palais de Pankot, aux accents percussifs et menaçants qui évoquent les rituels du culte de Kali. Le fameux "Raiders March" est présent mais utilisé avec plus de parcimonie, laissant davantage de place à des orchestrations plus sombres et plus complexes. Williams intègre également des influences de musique indienne dans certaines séquences, créant un mélange musical qui contribue à l'atmosphère exotique et oppressante du film. La scène de sacrifice est particulièrement bien servie par la musique, qui atteint ici une intensité proprement terrifiante.
Le Temple Maudit est aujourd'hui le film de la saga qui fait l'objet de la relecture critique la plus intense, notamment en ce qui concerne la représentation de la culture indienne. Dans le contexte des débats contemporains sur l'orientalisme et la représentation des cultures non-occidentales dans le cinéma hollywoodien, le film est souvent cité comme un exemple de regard colonial problématique, même si son statut de classique du cinéma d'aventure n'est pas remis en question. Ke Huy Quan, qui interprétait Short Round enfant, a connu une renaissance spectaculaire avec Everything Everywhere All at Once (2022), pour lequel il a remporté l'Oscar du meilleur second rôle masculin — un retour triomphal après des années d'absence du grand écran.
Le Temple Maudit peut être vu en continuité directe avec Les Aventuriers de l'Arche Perdue (1981) et La Dernière Croisade (1989). Pour des aventures dans le même registre exotique et orientaliste, Gunga Din (1939) de George Stevens est une référence directe que Spielberg et Lucas ont souvent citée. The Man Who Would Be King (1975) de John Huston partage l'ambiance coloniale et l'aventure en terres indiennes. Allan Quatermain and the Lost City of Gold (1986) tente de reproduire la formule sans le génie. Plus récemment, The Jungle Book (2016) de Jon Favreau et les diverses adaptations de Kipling entretiennent la fascination du cinéma hollywoodien pour l'Inde mythifiée. Apocalypto (2006) de Mel Gibson explore lui aussi la thématique des sacrifices humains rituels avec une violence non dissimulée.