Dimanche, 12 juillet 2026
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Hotell

Hotell

2017 Suède, Royaume-Uni, Allemagne
Synopsis

Ines, jeune artiste établie à New York, traverse une période difficile après avoir essuyé des critiques sévères sur sa dernière exposition. Sa sœur aînée Emilie, dont elle est éloignée depuis des années, l'invite alors à un séjour qu'elle présente comme des retrouvailles apaisantes en Europe. Le voyage les mène jusqu'à un domaine isolé en pleine forêt, où Ines découvre qu'Emilie est atteinte d'un cancer en phase terminale et a choisi cet endroit pour mourir dans la dignité. Les deux sœurs vont devoir affronter leurs non-dits et leurs blessures d'enfance avant la séparation qui s'annonce.

Genèse du film

Dès la fin de l'année 2013, Lisa Langseth travaille sur ce qui deviendra son premier long métrage en langue anglaise, un projet initialement annoncé pour une sortie en 2015 avant d'être retardé de plusieurs années. Dans un entretien donné début 2016, la réalisatrice suédoise confirme que son troisième long métrage abordera le thème montant du suicide assisté en Europe, à travers le portrait fictif d'une clinique d'euthanasie. Le film naît en parallèle de la création de Vikarious Productions, la société fondée par Alicia Vikander et son agent Charles Collier, dont il constitue la toute première production. Vikander, déjà actrice fétiche de Langseth après Pure et Hotell, embarque dans l'aventure aux côtés d'Eva Green, choisie pour interpréter sa sœur mourante. Charlotte Rampling rejoint ensuite la distribution pour un rôle resté longtemps tenu secret, bientôt suivie par Charles Dance, Adrian Lester et Mark Stanley. Le scénario, entièrement écrit pour l'écran, marque une rupture avec les débuts de Langseth au théâtre et avec l'adaptation de sa propre pièce dans Pure. Pour cette histoire de deuil annoncé, la réalisatrice choisit de situer l'intrigue dans un lieu hors du temps, une sorte de paradis artificiel où la mort est mise en scène avec faste. Le film est présenté en section Platform au Festival de Toronto en 2017, confirmant l'ambition internationale du projet.

Critiques et réception

La presse internationale se montre globalement sévère envers le film, lui reprochant de survoler un sujet aussi grave que le suicide assisté sans jamais l'approfondir véritablement. Plusieurs critiques saluent malgré tout l'engagement des deux actrices principales, jugées bien plus intéressantes que le scénario qui les entoure. Variety évoque une œuvre poussive qui gâche un beau casting, quand d'autres publications regrettent une mise en scène trop léchée qui étouffe l'émotion attendue. Le film obtient une note très inégale auprès des critiques professionnelles, le distinguant nettement des précédents films suédois de la réalisatrice, mieux accueillis. Du côté du public, l'accueil est également mitigé, entre spectateurs touchés par la thématique de la fin de vie choisie et ceux qui trouvent le rythme trop lent et le propos trop démonstratif. Beaucoup de spectateurs saluent la prestation d'Eva Green, rarement vue dans un rôle aussi vulnérable, ainsi que celle d'Alicia Vikander en sœur révoltée puis résignée. D'autres regrettent que les seconds rôles, pourtant prestigieux, soient sous-exploités et que le film s'enferme dans une esthétique clinique qui tient le spectateur à distance. Le film ne récolte pas de récompense notable lors de sa présentation dans les festivals internationaux, sa sélection en section Platform à Toronto en 2017 restant sa principale reconnaissance officielle.

Anecdotes de tournage

Lisa Langseth s'intéresse depuis plusieurs années à la question de l'euthanasie et à son évolution législative dans certains pays européens au moment où elle conçoit le projet. Elle souhaite explorer non pas le débat moral autour de la fin de vie choisie, mais l'impact de cette décision sur les proches qui restent. La réalisatrice construit ainsi son récit autour de deux sœurs que tout oppose, pour mieux interroger la manière dont chacun affronte différemment la perte et le deuil. Le titre du film est directement inspiré d'un poème du poète suédois Gunnar Ekelöf, récité par l'un des personnages lors d'une soirée organisée dans la clinique où se déroule l'intrigue. Cette scène, pensée comme un moment de bascule émotionnelle entre les pensionnaires, cristallise le sens du titre pour l'ensemble du film.

Thèmes abordés

Le film explore la question de la fin de vie choisie et du droit à mourir dans la dignité, un sujet que la réalisatrice traite sans chercher à trancher le débat moral qui l'entoure. Il interroge aussi les liens de fraternité mis à l'épreuve par l'éloignement, le ressentiment et les secrets de famille jamais résolus. La maladie et la mort y sont envisagées comme des révélateurs, obligeant les deux sœurs à affronter enfin ce qu'elles se sont toujours tues, notamment le souvenir douloureux du suicide de leur propre mère. En filigrane, le film questionne également le privilège et l'inégalité face à la mort, certains personnages pouvant s'offrir un départ mis en scène et confortable quand d'autres n'ont pas ce choix.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Dans les derniers instants du film, Ines finit par accepter la décision de sa sœur et choisit de rester à ses côtés jusqu'au bout plutôt que de fuir une réalité qu'elle refusait d'abord d'admettre. Ce choix marque l'aboutissement de son cheminement : passer de la colère et de l'incompréhension à une forme d'apaisement et de respect pour la volonté d'Emilie. La mort d'Emilie n'est jamais montrée de façon spectaculaire, la mise en scène préférant s'attarder sur le regard d'Ines, désormais seule à porter la mémoire de leur histoire commune. Le film se referme ainsi sur une note résolument mélancolique, sans offrir de résolution facile aux questions qu'il a soulevées tout au long du récit.

Signification du titre

Le titre Euphoria fait directement référence à l'état recherché par les pensionnaires de la clinique dans les instants précédant leur mort choisie, censée s'apparenter à une forme de plénitude ultime. Il renvoie également, de façon plus ironique, au décalage entre l'apparente sérénité affichée par le lieu et la violence intérieure que traversent réellement les personnages.

Films Similaires

Les spectateurs ayant apprécié ce film pourraient se tourner vers Amour de Michael Haneke pour son traitement frontal de la maladie et de la fin de vie, vers Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa pour son approche contemplative du deuil, ou encore vers Pure et Hotell, les deux précédents films de Lisa Langseth, pour retrouver sa collaboration avec Alicia Vikander sur des thématiques tout aussi sombres.