En 1969, un homme préhistorique, Hubert de la Pâte Feutrée, est découvert congelé dans un glacier et ramené à la vie. Transporté dans le Paris moderne, il doit s'adapter à un monde radicalement différent, sous l'œil médusé de son descendant, le professeur de la Pâte Feutrée. Entre quiproquos hilarants et moments de tendresse, cette comédie décalée offre un regard amusé sur les travers de la société contemporaine.
Hibernatus est né de l'envie d'Édouard Molinaro de réaliser une comédie scientifique et fantastique, un genre encore peu exploité en France à la fin des années 1960. Le scénario, écrit par Jean Bernard-Luc et André Tabet, s'inspire librement des romans de science-fiction de l'époque, comme Le Meilleur des mondes d'Aldous Huxley, mais avec une touche d'humour bien français. L'idée de faire revivre un homme préhistorique dans le Paris moderne était une façon de mettre en lumière les absurdités de la société contemporaine à travers le regard naïf d'un homme des cavernes.
Le film s'inscrit dans la veine des comédies populaires des années 1960, avec Louis de Funès en tête d'affiche. Molinaro a voulu créer un hommage aux films de Jules Verne, tout en y ajoutant une dimension comique. Le personnage d'Hubert de la Pâte Feutrée, interprété par Bernard Alane, est un clin d'œil aux héros naïfs et attachants de la littérature d'aventure.
Résumé des critiques professionnelles À sa sortie, Hibernatus a été accueilli avec enthousiasme par la critique française, qui a salué son humour décalé et son scénario inventif. Les critiques ont souligné la performance de Louis de Funès, dont le jeu exagéré et comique porte le film, ainsi que celle de Bernard Alane, dont l'interprétation naïve et touchante d'Hubert a été très appréciée. Le film a été comparé aux comédies de Jacques Tati pour son côté absurde et poétique, tout en notant une touche de modernité dans son traitement des thèmes scientifiques.
Réception du public Le public a adoré Hibernatus pour son côté divertissant et ses situations comiques. Les spectateurs ont été particulièrement amusés par les quiproquos entre Hubert, l'homme des cavernes, et les habitants du Paris moderne. Le film a connu un succès commercial important, attirant plus de 2 millions de spectateurs en France. Sur les réseaux sociaux, des extraits du film, comme la scène où Hubert découvre la télévision ou celle où il affronte un taureau mécanique, sont devenus viraux.
Récompenses obtenues Bien que Hibernatus n'ait pas remporté de grands prix, il a été nommé pour le Prix du meilleur film comique aux César 1970. Louis de Funès a été félicité pour sa performance, et le film a reçu des éloges pour son scénario et sa réalisation.
Inspirations du réalisateur Édouard Molinaro s'est inspiré de plusieurs sources pour écrire Hibernatus. Le réalisateur a été marqué par les progrès scientifiques des années 1960, notamment les découvertes en matière de cryogénie, qui lui ont donné l'idée de faire revivre un homme préhistorique. Molinaro a également puisé dans la littérature de science-fiction, comme les romans de Jules Verne ou de H.G. Wells, pour créer un univers à la fois fantastique et comique. Enfin, il a été influencé par les comédies américaines des années 1930, comme celles des Marx Brothers, qui mêlaient absurdité et humour.
Difficultés de production Le tournage a été marqué par des défis techniques, notamment pour les scènes où Hubert découvre le monde moderne. Édouard Molinaro a dû recréer un Paris des années 1960 authentique, avec des décors et des accessoires d'époque. Une autre difficulté a été de trouver le bon équilibre entre humour et émotion : Molinaro voulait que le film soit drôle, mais aussi touchant, notamment à travers le personnage d'Hubert, qui incarne l'innocence et la naïveté. Enfin, la scène où Hubert affronte un taureau mécanique a été particulièrement difficile à filmer, car l'animal (en réalité un robot) tombait souvent en panne.
Anecdote sur une scène particulière La scène où Hubert découvre la télévision pour la première fois a été improvisée en partie. Bernard Alane, qui jouait Hubert, a réagi de manière spontanée en voyant les images à l'écran, ce qui a rendu la scène encore plus drôle. Une autre anecdote concerne la scène où Hubert mange un hamburger : Alane a vraiment mordu dans le burger avec enthousiasme, ce qui a fait rire toute l'équipe. Enfin, la scène du bal, où Hubert danse avec une femme moderne, a été filmée en une seule prise, car Molinaro voulait capturer l'émotion et l'humour du moment.
Casting initialement prévu À l'origine, Édouard Molinaro avait envisagé de confier le rôle du professeur de la Pâte Feutrée à Jean Gabin, mais ce dernier a décliné l'offre, estimant que le personnage était trop éloigné de son image. Le rôle d'Hubert devait être joué par Bourvil, mais c'est finalement Bernard Alane qui a été choisi pour son physique imposant et son charisme naturel. Michèle Morgan, qui joue le rôle de la comtesse de la Pâte Feutrée, a été choisie pour son élégance et son expérience dans le cinéma français.
Hibernatus explore avant tout le choc des cultures entre la préhistoire et la modernité. Hubert, l'homme des cavernes, découvre avec émerveillement et incompréhension un monde radicalement différent du sien. Le film utilise ce décalage culturel pour mettre en lumière les absurdités de la société contemporaine, comme la télévision, la mode ou la bureaucratie. À travers les yeux d'Hubert, le spectateur est invité à réfléchir sur les travers de la modernité.
Un autre thème central est l'innocence et la naïveté. Hubert, avec son regard d'enfant, incarne une forme de pureté perdue, que les personnages modernes, comme le professeur de la Pâte Feutrée, ont oubliée. Le film aborde aussi la quête d'identité : Hubert doit apprendre à s'adapter à un monde qui n'est plus le sien, tout en conservant ce qui fait son essence. Enfin, Hibernatus est une célébration de l'humour : le film montre que le rire est un langage universel, capable de transcender les époques et les cultures.
La fin de Hibernatus est à la fois émouvante et optimiste. Après avoir passé du temps dans le monde moderne, Hubert décide de retourner à son époque, la préhistoire, où il se sent plus à sa place. Cette décision peut être interprétée comme un rejet de la modernité : Hubert, malgré son adaptation progressive, comprend qu'il ne pourra jamais vraiment s'intégrer dans ce monde. La dernière scène montre Hubert partant dans la nature, accompagné d'une femme qu'il a rencontrée et qui, comme lui, préfère une vie simple et authentique.
Ce dénouement symbolique suggère que le bonheur ne se trouve pas toujours dans le progrès, mais parfois dans le retour aux sources. La fin laisse aussi planer une question : Hubert va-t-il vraiment retrouver sa place dans la préhistoire, ou va-t-il regretter de ne pas être resté dans le monde moderne ?
Le titre Hibernatus est un jeu de mots entre hibernation et hibernatus, un terme latin qui signifie "celui qui hiberne". Sur un plan littéral, il fait référence au processus de congélation qui a permis à Hubert de survivre pendant des millénaires. Mais au-delà, le titre évoque l'idée de réveil : Hubert est un homme qui se réveille dans un monde nouveau, et qui doit s'adapter pour survivre.
Sur un plan symbolique, Hibernatus peut aussi être interprété comme une métaphore de la société moderne : tout comme Hubert, nous sommes parfois endormis, aveugles aux absurdités du monde qui nous entoure. Le titre rappelle que le réveil peut être difficile, mais qu'il est nécessaire pour évoluer.
La bande originale de Hibernatus a été composée par Jean Marion, un musicien connu pour ses travaux sur des comédies françaises. La musique, joyeuse et entraînante, utilise des thèmes orchestaux pour souligner les moments comiques du film. Marion a créé un leitmotiv récurrent pour le personnage d'Hubert, joué aux cuivres, qui accompagne ses découvertes et ses aventures. La BO inclut aussi des morceaux de musique classique, comme des extraits de La Flûte enchantée de Mozart, qui renforcent la dimension fantastique et poétique du film.
En 2019, Hibernatus a été restauré en 4K par les Archives françaises du film et ressorti en salles dans le cadre d'une rétrospective dédiée à Louis de Funès. Cette restauration a permis de redécouvrir la photographie de Jean Penzer, dont les couleurs vives et les contrastes avaient été partiellement altérés par les anciennes copies. Le film a également été projeté au Festival de Cannes Classics en 2020, où il a été salué comme un classique de la comédie française.
En 2021, un documentaire sur la vie et l'œuvre d'Édouard Molinaro, intitulé Molinaro, le maître de la comédie, a été diffusé sur France 3. Le film Hibernatus y est présenté comme l'une des plus grandes réussites du réalisateur.
Le Gendarme de Saint-Tropez (1964, Jean Girault), Les Aventures de Rabbi Jacob (1973, Gérard Oury), La Folie des grandeurs (1971, Gérard Oury), Le Corniaud (1965, Gérard Oury), Les Charlots font l'Espagne (1972, Jean Girault)