À Athènes, Panayiota, 37 ans, est une femme au foyer entièrement dévouée à son mari et à leurs deux enfants, n'ayant jamais travaillé de sa vie. Lorsque la crise économique grecque frappe leur foyer et que son mari Kostas se retrouve au chômage, elle doit pour la première fois chercher un emploi à l'extérieur. Bien qu'elle ne sache pas lire, elle décroche un poste de femme de ménage dans un centre commercial flambant neuf. Ce nouveau travail, aussi éprouvant que révélateur, va bouleverser l'équilibre de son couple et lui faire découvrir des sentiments jusque-là inconnus, entre fierté, amitié et goût de la liberté.
Her Job est le premier long métrage du réalisateur grec Nikos Labôt, coécrit avec Katerina Kleitsioti, et s'inspire d'un fait réel : l'histoire d'une femme vivant dans le nord de la Grèce, mère de famille contrainte par la crise économique à trouver un emploi pour la première fois de sa vie. Nikos Labôt raconte s'être interrogé sur la manière dont une femme grecque pouvait, au tournant des années 2010, voir son mode de vie complètement bouleversé par la nécessité de travailler à l'extérieur du foyer. Le réalisateur explique avoir volontairement évité toute dimension militante dans son approche, préférant capter des moments instantanés et des sentiments plutôt que de dresser un constat politique frontal sur la crise grecque. Pour trouver son actrice principale, il a organisé de nombreuses auditions sans donner d'indications précises sur le personnage, afin d'observer ce que chaque comédienne pouvait instinctivement apporter au rôle.
Le film a été salué par la critique pour sa pertinence sociale et sa description sans complaisance du machisme ambiant, à la maison comme au travail, dans une Grèce meurtrie par la crise économique. Plusieurs observateurs ont toutefois regretté une mise en scène jugée un peu plate et répétitive, ainsi qu'une victimisation excessive du personnage principal qui dessert par moments le récit. Le public s'est montré sensible à la performance de l'actrice principale Marisha Triantafyllidou, capable de sortir son personnage de l'ombre par un jeu tout en nuances et en retenue. Le film a été présenté en première mondiale à la section Discovery du Festival international du film de Toronto, et Marisha Triantafyllidou a reçu le prix d'interprétation féminine décerné par l'Académie du cinéma grec pour ce rôle.
Nikos Labôt et sa scénariste Katerina Kleitsioti ont volontairement peu travaillé sur les dialogues avec leur actrice principale, préférant se concentrer sur les silences, la tenue du corps et les déambulations dans l'espace pour construire le personnage de Panayiota. Le tournage s'est déroulé dans un centre commercial récemment ouvert à Athènes, décor qui permettait de matérialiser visuellement le monde aseptisé et impersonnel dans lequel l'héroïne fait ses premiers pas de travailleuse. Le film a bénéficié d'une coproduction entre la Grèce, la France et la Serbie, une collaboration internationale qui reflète les difficultés de financement rencontrées par le cinéma grec indépendant depuis la crise économique.
Her Job explore la domination patriarcale au sein du couple et sur le lieu de travail, ainsi que l'émancipation progressive d'une femme découvrant pour la première fois l'indépendance financière et les relations sociales en dehors de son foyer. Le film interroge également les bouleversements provoqués par la crise économique grecque sur les rapports entre les hommes et les femmes au sein des familles, ainsi que la dignité et la fierté que peut procurer le travail, même le plus modeste.
À la fin du film, Panayiota a acquis une forme d'assurance et d'indépendance nouvelle grâce à son emploi de femme de ménage, sans pour autant échapper totalement à la domination masculine, que ce soit celle de son mari ou celle de son supérieur hiérarchique au centre commercial. Le film se termine sur une note ambivalente, entre l'émancipation réelle mais partielle de son personnage et la persistance des rapports de domination qui structurent sa vie quotidienne. Cette conclusion nuancée reflète la volonté du réalisateur de ne pas transformer son récit en fable féministe trop optimiste.
Le titre original grec, Η Δουλειά Της, signifie littéralement « Son travail », en référence directe au nouvel emploi que Panayiota doit occuper pour la première fois de sa vie suite à la crise économique qui frappe sa famille. Le titre anglais, Her Job, conserve ce sens tout en universalisant le propos, faisant de cet emploi le symbole d'une transformation personnelle bien plus large que la simple recherche d'un revenu.
Les amateurs de Her Job pourront se tourner vers Deux jours, une nuit des frères Dardenne, pour son traitement similaire de la précarité économique et de la dignité au travail, ou vers Rosetta, également des frères Dardenne, pour son portrait d'une jeune femme luttant pour trouver et conserver un emploi.