Et si le rock féminin français était né avec Édith Piaf ? Ce documentaire retrace soixante ans de chanson rock hexagonale à travers le regard de dix artistes majeures, de Françoise Hardy à Christine and the Queens. Entre archives d'époque, images de concerts et entretiens intimes, le film redonne la parole à des chanteuses trop souvent reléguées au second plan par une histoire du rock racontée au masculin. Il interroge la manière dont chacune a dû, à sa façon, inventer sa liberté artistique et corporelle face aux codes du genre, de la beauté et de la décence. Un récit choral porté par une voix off qui relie les époques, du début des années 1960 jusqu'aux nouvelles icônes indifférentes au genre.
Haut Les Filles n'adapte aucun livre : le projet est né d'une proposition faite par le producteur Édouard de Vésinne à François Armanet, journaliste musical de longue date à Libération puis au Nouvel Observateur. L'idée initiale du producteur a germé après le visionnage d'un documentaire américain consacré aux choristes noires, dont il a voulu transposer le principe au rock féminin français. François Armanet, féru de la scène rock hexagonale depuis des décennies, a coécrit le film avec le journaliste Bayon pour tisser un récit chronologique courant sur soixante ans. Les deux auteurs ont choisi de partir du duo fondateur que représentent Françoise Hardy et Brigitte Fontaine, incarnations d'une génération de femmes sans autonomie financière ni droit à l'avortement. Le projet s'est ensuite élargi jusqu'aux figures les plus contemporaines de la scène pop-rock, jusqu'à Christine and the Queens, pour souligner combien le genre s'est libéré des assignations traditionnelles. François Armanet revendique une démarche volontairement féministe, entendant redonner sa juste place à une histoire du rock trop souvent écrite uniquement du point de vue masculin. Le tournage a mêlé interviews inédites et recherches d'archives approfondies, avec le concours de sociétés comme les Films du Losange et de diffuseurs tels qu'Arte France Cinéma et Canal+.
Accueilli à Cannes en 2019 hors compétition, le documentaire a globalement convaincu la presse française, Allociné recensant une moyenne de critiques favorable autour de 3 sur 5. Certains chroniqueurs ont salué un montage vivifiant et une parole rare accordée aux artistes, quand d'autres ont interrogé la légitimité d'un homme à porter un tel sujet, tout en reconnaissant la sincérité de la démarche. La forme, jugée assez classique par certains observateurs, n'a pas empêché le film d'être perçu comme un geste nécessaire de réparation historique. Le film a également été salué pour la qualité de ses archives, en noir et blanc comme en couleur, qui traversent six décennies de chanson française. Le public s'est montré partagé mais globalement réceptif, le documentaire suscitant un vrai effet de redécouverte chez les spectateurs les plus jeunes, moins familiers des figures pionnières comme Brigitte Fontaine. Beaucoup de spectateurs ont souligné l'émotion nostalgique suscitée par les archives, tout en appréciant la dimension politique du propos sur la place des femmes dans la musique. Le film a poursuivi une carrière honorable en salles après sa présentation cannoise, portée par le bouche-à-oreille.
Le projet est né d'une rencontre entre le producteur Édouard de Vésinne, qui souhaitait adapter au rock français le principe d'un documentaire américain sur les choristes noires, et François Armanet, journaliste musical reconnu. Le choix des dix chanteuses interviewées, de Françoise Hardy à Christine and the Queens en passant par Vanessa Paradis, Charlotte Gainsbourg ou Jehnny Beth, a fait l'objet d'une réflexion approfondie afin de couvrir soixante ans de scène musicale sans viser l'exhaustivité. Elisabeth Quin a été choisie pour porter la voix off qui relie les différentes époques du récit, apportant une tonalité à la fois journalistique et incarnée à l'ensemble.
Le documentaire retrace l'émancipation progressive des femmes dans le rock français, depuis l'après-guerre jusqu'à la génération des réseaux sociaux. Il aborde frontalement les luttes féministes, du droit à l'avortement à la liberté de disposer de son corps et de son image sur scène. La question du genre, de plus en plus fluide chez les artistes les plus récentes, occupe une place centrale dans la dernière partie du film. Le rapport entre chanson populaire et engagement politique est également interrogé à travers les parcours de Brigitte Fontaine ou de Catherine Ringer. Enfin, le film questionne la manière dont l'industrie musicale française a longtemps invisibilisé ses figures féminines les plus radicales.
Le titre Haut Les Filles détourne l'expression martiale « haut les mains » pour en faire un cri de ralliement joyeux et combatif, invitant les femmes du rock français à occuper pleinement le devant de la scène. Il fait aussi écho au titre de travail international du film, Oh Les Filles, choisi pour sa diffusion à l'étranger, qui joue sur une exclamation d'enthousiasme plus universelle.
20 Feet from Stardom de Morgan Neville, consacré aux choristes noires américaines qui a directement inspiré le projet, ainsi que des documentaires musicaux comme Amazing Grace ou Framing Britney Spears, partagent avec Haut Les Filles ce souci de redonner la parole à des artistes trop longtemps restées dans l'ombre.