Harry Potter entame sa troisième année à Poudlard sous une menace particulière : Sirius Black, le seul prisonnier à s'être jamais évadé d'Azkaban, est à sa recherche — et tout le monde est persuadé qu'il est un partisan de Voldemort qui veut achever le travail laissé inachevé. Les Détraqueurs, créatures cauchemardesques gardant la prison d'Azkaban, sont postés aux portes de l'école pour capturer le fugitif. Entre un nouveau professeur de Défense passionnant, la découverte de la vérité sur la mort de ses parents et un voyage dans le temps qui changera tout, ce troisième volet est celui où la saga bascule vers l'âge adulte.
Le Prisonnier d'Azkaban marque un tournant décisif dans la saga avec l'arrivée d'Alfonso Cuarón, réalisateur mexicain alors connu pour Y tu mamá también (2001), un film adulte et sensuel qui semblait aux antipodes de l'univers de Harry Potter. Ce choix audacieux de Warner Bros, encouragé par J.K. Rowling elle-même qui admirait le travail de Cuarón, s'est révélé le plus inspiré de toute la franchise. Cuarón a imposé une vision artistique radicalement différente de celle de Chris Columbus : Poudlard devenait un lieu organique et vivant, les uniformes cédaient la place à des vêtements ordinaires, et la mise en scène gagnait en liberté et en inventivité. Le réalisateur a demandé aux trois acteurs principaux d'écrire un essai sur leur personnage avant le début du tournage, pour qu'ils approfondissent leur compréhension psychologique de qui ils jouaient. Steve Kloves a signé une adaptation très fidèle d'un roman jugé par beaucoup comme le meilleur de la saga.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a été dithyrambique, reconnaissant dans ce troisième volet une révolution artistique pour la franchise. Avec 90 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, Le Prisonnier d'Azkaban est le volet le mieux noté de toute la saga par la presse. Les critiques ont salué la mise en scène inventive de Cuarón, la sophistication narrative du récit et la montée en puissance des trois jeunes acteurs, visiblement libérés par un metteur en scène qui faisait vraiment confiance à leur talent.
Réception du public : Malgré un accueil critique exceptionnel, ce troisième volet est paradoxalement le moins rentable de la saga, avec 796 millions de dollars rapportés dans le monde — chiffre très honorable mais en dessous des deux premiers films. Certains fans du roman ont regretté des coupes dans des éléments importants de l'intrigue, notamment l'histoire de la Carte du Maraudeur et des Animagus. Avec le recul, beaucoup le considèrent aujourd'hui comme le chef-d'œuvre de la franchise.
Récompenses obtenues : Le film a été nommé à l'Oscar de la Meilleure musique originale pour John Williams — qui signait sa dernière partition de la saga — et aux BAFTA dans plusieurs catégories techniques. Il a remporté le Saturn Award du Meilleur film fantastique en 2005.
Inspirations du réalisateur : Alfonso Cuarón a cité Charles Dickens et les romans victoriens gothiques comme inspirations majeures pour la tonalité du film. Il a également puisé dans le cinéma de Federico Fellini et dans l'expressionnisme allemand pour construire l'esthétique visuelle de certaines séquences, notamment tout ce qui concerne les Détraqueurs. Son ambition était de faire de Harry Potter une œuvre de cinéma d'auteur autant qu'un divertissement familial.
Difficultés de production : La conception des Détraqueurs — créatures purement numériques dont l'apparence devait être à la fois terrifiante et indéfinie, pour que chacun y projette ses propres peurs — a occupé l'équipe de VFX pendant de longs mois. Cuarón refusait tout design trop précis ou trop mécanique, voulant des créatures organiques et mouvantes dont la forme semblait toujours en train de se définir. La scène de l'Hippogriffe Buck a également nécessité un travail considérable pour rendre l'animal numérique crédible et attachant.
Anecdote sur une scène particulière : La scène du Saule cogneur attaquant la voiture volante des Weasley — tournée entièrement la nuit dans des conditions météo éprouvantes — a duré plusieurs semaines de tournage. Cuarón avait chorégraphié la séquence comme une longue prise continue, avant que le montage final ne la raccourcisse considérablement pour le rythme du film.
La vérité et la façon dont les apparences nous trompent sont au cœur du film : presque tout ce qu'on croit savoir sur Sirius Black est faux, et la révélation de la vérité renverse tous les équilibres. Le temps et l'inéluctabilité du destin sont explorés à travers le voyage temporel, qui soulève la question de savoir si on peut changer ce qui est déjà arrivé — et si on le devrait. La peur et la façon de la surmonter est illustrée par le cours sur les Boggarts et la leçon de Lupin : ce qui nous terrifie dit tout de ce que nous sommes profondément. Le deuil et la réconciliation avec la mort des parents prennent une nouvelle dimension quand Harry découvre que des personnes qui l'aimaient sont encore vivantes. Enfin, la nature de la justice et de la culpabilité est interrogée à travers Sirius, condamné sans procès pour un crime qu'il n'a pas commis.
Grâce au Retourneur de Temps d'Hermione, Harry et elle voyagent dans le passé pour libérer Sirius de sa prison dans la Tour Nord et sauver l'Hippogriffe Buckbeak. Harry comprend, lors de ce voyage dans le temps, que le Patronus qu'il avait vu de loin était le sien — il était lui-même le sauveur qu'il attendait. Sirius s'échappe sur le dos de Buckbeak, Pettigrow parvient à fuir (semant les graines du retour de Voldemort), et la vérité sur la mort des parents de Harry reste partiellement dissimulée. La fin est mélancolique malgré la survie de Sirius : Harry ne peut pas vivre avec lui, et son parrain reste un fugitif.
Le Prisonnier d'Azkaban désigne Sirius Black, évadé de la terrible prison magique flottante au milieu de la mer, dont toute la structure narrative tourne autour de la poursuite et de la vérité sur son passé. Mais le titre porte une ironie fondamentale qui n'est révélée qu'à la fin : le vrai prisonnier de cette histoire n'est pas Sirius — innocent — mais Peter Pettigrow, qui s'était caché pendant douze ans sous la forme d'un rat. La prison n'est pas seulement physique : Harry lui-même est prisonnier d'une histoire qu'il ne connaît pas encore, et toute la saga est la quête d'une vérité qui le libèrera.
John Williams signe pour la troisième et dernière fois la bande originale d'un film Harry Potter, et c'est peut-être sa partition la plus inventive et la plus personnelle pour la saga. Il compose Double Trouble, un chœur de sorcières inspiré de Macbeth de Shakespeare, qui ouvre le film avec une énergie et un humour sombre inédits. La musique pour les Détraqueurs est particulièrement réussie, Williams ayant opté pour des cordes graves et des souffles de cuivres qui donnent aux créatures une présence sonore viscérale. Le thème de Sirius, mélancolique et ambigu, est l'un des plus beaux que Williams ait composé pour la franchise. Cette bande originale a été nommée aux Oscar et est régulièrement citée par les fans comme la plus aboutie de toute la saga.
Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban est régulièrement cité par les cinéphiles et les fans de la saga comme le meilleur film de la franchise, reconnu pour l'audace artistique d'Alfonso Cuarón qui a transformé l'adaptation en œuvre de cinéma à part entière. Gary Oldman, dans le rôle de Sirius Black, est l'un des acteurs dont les fans auraient aimé voir le personnage davantage développé dans les volets suivants. Alfonso Cuarón a ensuite réalisé Children of Men (2006) et Gravity (2013), deux films qui lui ont valu l'Oscar du Meilleur réalisateur — confirmant que la confiance placée en lui sur Harry Potter était amplement justifiée.
Les autres volets de la saga Harry Potter sont la suite naturelle, et ce troisième volet est souvent recommandé comme point d'entrée idéal pour les non-initiés. Les Chroniques de Narnia partagent l'esprit de l'aventure fantastique initiatique. Groundhog Day (1993) et Looper (2012) explorent le voyage temporel avec des approches radicalement différentes mais tout aussi rigoureuses. Pour retrouver l'esthétique gothique et mélancolique de Cuarón, Pan's Labyrinth (2006) du même Guillermo del Toro est une expérience visuelle inoubliable dans un registre beaucoup plus adulte.