Alors que Voldemort étend son emprise sur le monde magique et le monde moldu, Dumbledore prend Harry sous son aile pour lui enseigner le passé du Seigneur des Ténèbres à travers ses souvenirs, révélant le concept des Horcruxes — des fragments de son âme dissimulés dans des objets — comme seul moyen de le vaincre définitivement. Pendant ce temps à Poudlard, les tensions amoureuses envahissent les esprits : Ron est amoureux sans le savoir, Hermione en souffre, et Harry développe des sentiments troublants pour Ginny Weasley. Le sixième volet de la saga est le plus intime et le plus mélancolique, culminant avec la mort d'un personnage majeur qui laissera le monde de Poudlard à jamais changé.
L'adaptation du sixième roman de J.K. Rowling constituait un défi narratif particulier : le livre est avant tout un roman de révélations et de flashbacks, où l'action extérieure est secondaire par rapport aux informations capitales sur l'histoire de Voldemort. David Yates, qui avait pris les rênes de la saga dès le cinquième volet, était désormais pleinement intégré dans l'univers et pouvait se permettre une mise en scène plus personnelle et plus atmosphérique. Steve Kloves revenait à l'écriture après une absence pour le cinquième volet, et souhaitait préserver les nombreuses scènes de comédie romantique du roman, jugées indispensables à l'équilibre du récit avant la noirceur absolue des deux derniers volets. La mort de Dumbledore, un secret de polichinelle pour les fans du roman, représentait l'enjeu émotionnel majeur de tout le film. Warner Bros avait initialement prévu de sortir le film en novembre 2008, mais l'a repoussé à juillet 2009 pour profiter de la saison estivale — décision controversée mais commercialement couronnée de succès.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a très bien accueilli ce sixième volet, saluant la sophistication narrative et visuelle que David Yates avait amenée à la saga. Avec 84 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, le film a été reconnu comme l'un des plus élégants de la série, malgré — ou grâce à — son rythme plus contemplatiif et ses accents mélancoliques. La performance de Michael Gambon en Dumbledore vieillissant et fragile a été unanimement remarquée.
Réception du public : Le film a rapporté plus de 934 millions de dollars dans le monde, le meilleur résultat de la saga jusqu'alors. Le public adulte qui avait grandi avec la franchise depuis 2001 se retrouvait dans la maturité émotionnelle du film, et les plus jeunes spectateurs étaient portés par la réputation de la saga. La mort de Dumbledore a provoqué une vague d'émotion mondiale comparable à celle ressentie à la lecture du roman.
Récompenses obtenues : Le film a été nommé à l'Oscar de la Meilleure photographie pour Bruno Delbonnel, une reconnaissance rare pour un film de la franchise et qui soulignait l'ambition artistique de cette sixième adaptation. La direction artistique de Stuart Craig a également été saluée dans de nombreuses cérémonies.
Inspirations du réalisateur : David Yates a confié s'être inspiré du cinéma européen des années 1960 et 1970, notamment des films de Bergman et d'Antonioni, pour construire l'atmosphère mélancolique et intimiste du film. Il voulait que Poudlard paraisse vide et hanté, que les espaces semblent trop grands pour les personnages, traduisant visuellement l'isolement et l'angoisse de l'heure qui approche.
Difficultés de production : La reconstitution des souvenirs de Tom Jedusor — plusieurs flashbacks dans différentes périodes de la vie du futur Voldemort — a nécessité un travail considérable de direction artistique et de casting, chaque âge du personnage devant être incarné par un acteur différent tout en maintenant une cohérence physique et psychologique convaincante.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de la caverne — Dumbledore buvant le poison du bassin pour récupérer un Horcruxe pendant que Harry assiste impuissant à sa souffrance — est considérée par David Yates comme la séquence la plus éprouvante qu'il ait jamais tournée. Michael Gambon et Daniel Radcliffe ont tous deux décrit ces journées de tournage comme émotionnellement épuisantes, à la limite du soutenable.
La mort et le deuil traversent tout le film comme un fil conducteur : la mort approche, elle est dans l'air de Poudlard, et la saga commence à se débarrasser de ses personnages tutélaires. L'amour dans toutes ses formes — amitié amoureuse, premières relations, jalousies — occupe une place centrale inhabituelle dans la saga, donnant au film une dimension romantique qui équilibre sa noirceur. La tentation du mal et la capacité de chacun à y résister est explorée à travers Drago Malefoy, dont on comprend pour la première fois la dimension tragique : un enfant pris au piège de la mission que son père lui a imposée. La nature du choix moral — peut-on haïr quelqu'un dont on comprend l'histoire ? — est posée à travers la révélation sur le Prince de Sang-Mêlé. La confiance et la trahison au sein des institutions sont aussi au cœur du récit.
Dumbledore, affaibli par le poison du bassin, est désarmé et tué par Rogue sur la tour de l'Astronomie, sous les yeux de Harry paralysé par un sortilège. La révélation finale — Rogue est lui-même le Prince de Sang-Mêlé dont Harry utilisait le manuel annoté depuis le début de l'année — ajoute une couche de complexité à la trahison apparente. Mais le film laisse entendre, pour ceux qui lisent entre les lignes, que Dumbledore avait demandé à Rogue de le tuer, préférant une mort choisie à une mort au combat. Harry part avec la certitude de devoir trouver et détruire les Horcruxes pour avoir une chance de vaincre Voldemort.
Le Prince de Sang-Mêlé désigne Severus Rogue, né d'une sorcière et d'un Moldu, qui s'était donné ce titre princier et ironique dans sa jeunesse pour revendiquer sa double appartenance. La révélation de cette identité secrète donne au titre une dimension de retournement narratif : pendant tout le film, Harry admire et utilise les annotations d'un inconnu qu'il ne sait pas être son ennemi déclaré. Le titre parle aussi de la complexité des identités dans le monde magique : ni tout à fait pur-sang, ni tout à fait Moldu, Rogue est un personnage de l'entre-deux, et cette ambivalence fondamentale est la clé de tout son personnage.
Nicholas Hooper, qui avait déjà composé la partition du cinquième volet, signe à nouveau la bande originale de ce sixième épisode. Sa musique adopte les teintes mélancoliques et intimes qui caractérisent le film, s'éloignant des grandes envolées orchestrales des premières partitions de Williams pour quelque chose de plus chambriste et de plus triste. Le morceau In Noctem, chanté par des voix d'enfants et utilisé dans la scène de la tour de l'Astronomie, est particulièrement poignant et contribue à l'un des moments les plus émouvants de toute la saga. La bande originale a été bien reçue par la critique musicale, même si elle reste moins iconique que les compositions de John Williams.
Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé reste l'un des volets les plus appréciés des fans pour sa sophistication narrative et sa beauté visuelle. La scène de la mort de Dumbledore est régulièrement citée parmi les plus émouvantes de toute la saga cinématographique. L'univers Potter continue de s'étendre avec la franchise Les Animaux Fantastiques et la série HBO Max en développement, qui reviendra sur cette période cruciale de l'histoire du monde magique avec une nouvelle distribution.
Les autres volets de la saga Harry Potter restent la suite naturelle. Les Animaux fantastiques : Les Crimes de Grindelwald (2018) approfondit l'univers du passé de Dumbledore évoqué dans ce film. The Dark Knight (2008) de Christopher Nolan partage avec Le Prince de Sang-Mêlé cette façon de donner de la profondeur et de la tragédie aux personnages antagonistes. Pour une autre saga fantasy à la noirceur croissante, Le Seigneur des Anneaux : Les Deux Tours (2002) offre la même montée en puissance dramatique vers une fin inévitable.