Des années après avoir survécu à la sorcière qui voulait les dévorer, Hansel et Gretel sont devenus de redoutables chasseurs de sorcières, sillonnant les contrées médiévales pour éradiquer le mal à coups d'arbalètes et d'armes anachroniques. Engagés par une ville terrifiée par des disparitions d'enfants, ils se retrouvent confrontés à une sorcière d'une puissance inédite qui prépare un rituel obscur pour la nuit de la Grande Sorcellerie. Mais cette mission va les forcer à affronter la vérité sur leurs origines et sur ce que leur enfance traumatique a vraiment fait d'eux. *Hansel et Gretel : Chasseurs de sorcières* est un film d'action gore et décomplexé qui dynamite le conte des frères Grimm avec une jubilation totalement assumée.
Le film est né de l'idée décomplexée et volontairement pulp de Tommy Wirkola de prendre le conte Hansel et Gretel des frères Grimm et d'en faire une suite adulte, sanglante et bourrine, comme si les deux enfants rescapés étaient devenus des sortes de chasseurs de primes de l'ère médiévale. Le réalisateur norvégien, révélé par le film de zombies nazis Dead Snow (2009), avait une vision très claire de ce qu'il voulait : un film d'action d'exploitation décomplexé, mêlant époque médiévale et armements anachroniques pour créer un univers délibérément anachronique et jouissif. La Paramount, séduite par le concept et par sa capacité à s'inscrire dans la vague des revisitations de contes de fées adultes (après Blanche-Neige et le Chasseur sorti la même année), a financé le projet avec un budget de 50 millions de dollars. Tommy Wirkola tenait à conserver un ton résolument adulte et une violence graphique assumée, obtenant une classification R aux États-Unis — un choix rare et courageux pour un film à ce budget.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a globalement boudé le film, lui reprochant un scénario indigent et une réalisation sans subtilité. Avec environ 16 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, Hansel et Gretel a été étrillé par la presse spécialisée, qui a jugé le film stupide, bruyant et vide de sens. Paradoxalement, certains critiques ont reconnu une honnêteté dans son jusqu'au-boutisme : le film ne prétend pas être autre chose qu'il n'est, et son nihilisme joyeux a au moins le mérite de la cohérence.
Réception du public : Contre toute attente, le public a répondu présent, notamment grâce à un public jeune en quête d'action sans prise de tête. Avec 226 millions de dollars rapportés dans le monde pour un budget de 50 millions, le film a constitué un succès commercial très solide qui a surpris les observateurs. La sortie en janvier, période creuse au box-office, a également joué en sa faveur, le film profitant d'une concurrence réduite.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas été distingué par des prix cinématographiques sérieux. Il a en revanche été nommé aux Razzie Awards dans plusieurs catégories, ce qui correspond assez bien à l'image que la critique en avait retenue.
Inspirations du réalisateur : Tommy Wirkola s'est inspiré des films d'action des années 1980, en particulier des westerns spaghetti et des films d'exploitation italiens, pour construire l'esthétique de son film. Il voulait que Hansel et Gretel ressemblent à des héros de film d'action contemporains transplantés dans un Moyen Âge de pacotille, créant un décalage délibéré et jouissif entre l'époque et les attitudes de ses personnages.
Difficultés de production : Le tournage a eu lieu principalement en Allemagne, notamment dans des forêts qui apportaient une authenticité visuelle bienvenue aux décors. Les scènes de combat avec les sorcières ont nécessité des chorégraphies complexes et une coordination importante entre cascadeurs et effets numériques. La violence graphique souhaitée par le réalisateur a parfois créé des tensions avec les producteurs américains soucieux de ne pas dépasser certaines limites.
Anecdote sur une scène particulière : La scène d'ouverture, qui revisite le conte original de façon très fidèle avant de basculer dans le registre adulte, a été conçue comme un hommage sincère aux frères Grimm avant que le film ne prenne ses libertés. Tommy Wirkola tenait à cet ancrage initial dans l'univers du conte pour justifier narrativement la suite beaucoup plus débridée.
Le film joue sur le concept de la vengeance comme moteur de vie : Hansel et Gretel ont transformé leur traumatisme d'enfance en vocation violente, ce qui soulève la question de savoir si exterminer des sorcières les guérit vraiment ou les maintient prisonniers de leur passé. La fratrie comme dernier rempart contre le monde est au cœur du film, les deux personnages ne faisant confiance qu'à l'autre dans un univers hostile. Hansel et Gretel joue également avec les codes du genre en proposant une héroïne aussi combattante et brutale que son frère, refusant la vision passive de Gretel dans le conte original. L'origine et l'identité — ce qu'on hérite de ses parents — sont abordés à travers la révélation sur la mère des deux protagonistes. Le film assume enfin sa dimension de série B gore revendicatrice, faisant de la violence spectaculaire un élément de style plutôt qu'un simple outil narratif.
La grande sorcière Muriel est vaincue et décapitée par Hansel et Gretel dans un affrontement final particulièrement brutal. La révélation centrale du film — leur mère était une Grande Sorcière blanche, protectrice plutôt que malveillante — réhabilite les origines des deux protagonistes et leur donne une nouvelle compréhension de qui ils sont. Loin de les libérer de leur existence de chasseurs, cette vérité les confirme dans leur rôle, mais avec une identité plus assumée. Le film se conclut sur l'annonce d'une future équipe élargie, ouvrant la voie à une suite qui ne verra finalement pas le jour.
Le titre Hansel et Gretel : Chasseurs de sorcières est programmatique et sans détour : il annonce exactement ce que le film propose, soit la suite musclée du conte classique des frères Grimm. L'ajout du sous-titre Chasseurs de sorcières transforme les victimes du conte original en prédateurs, inversant le rapport de force qui définissait l'histoire originelle. Ce renversement est l'idée centrale du film, et le titre l'exprime sans ambiguïté : les enfants terrorisés sont devenus la terreur des sorcières.
Malgré son succès commercial, une suite directe n'a jamais été produite, les producteurs n'ayant pas réussi à relancer le projet dans des conditions satisfaisantes. Tommy Wirkola a poursuivi sa carrière avec d'autres films de genre, restant fidèle à son goût pour le cinéma d'exploitation décomplexé. Le film continue d'être apprécié par un public de fans de cinéma de genre qui y voient un exemple honnête et jouissif de série B assumée, disponible sur les plateformes de streaming.
Les amateurs de ce film apprécieront Van Helsing (2004) de Stephen Sommers, qui propose le même mélange de chasseur de monstres dans un univers gothique anachronique et décomplexé. Abraham Lincoln : Chasseur de vampires (2012) partage exactement le même dispositif de personnage historique/légendaire reconverti en tueur de créatures. Dead Snow (2009) de Tommy Wirkola lui-même, son film précédent de zombies nazis, illustre parfaitement le même amour du film de genre sans complexe. The Brothers Grimm (2005) de Terry Gilliam propose une revisitation bien plus subtile et mélancolique de l'univers des contes des Grimm.