Hancock est un super-héros alcoolique, asocial et profondément impopulaire qui sème la destruction partout où il intervient, laissant des millions de dollars de dégâts dans son sillage. Tout bascule quand il sauve la vie de Ray Embrey, un attaché de presse qui décide en guise de reconnaissance de l'aider à redorer son image auprès du public. Mais derrière la façade du super-héros raté se cache un secret bien plus lourd que ses mauvaises manières : Hancock est immortel depuis des siècles et a perdu la mémoire de ses origines. La rencontre avec la femme de Ray va faire remonter à la surface un passé enfoui qui changera tout.
Le projet Hancock a une histoire de développement particulièrement longue : le scénario original, intitulé Tonight, He Comes, a été écrit par Vincent Ngo à la fin des années 1990 et circulait depuis des années dans les cercles hollywoodiens sans trouver preneur. L'idée de départ était radicalement plus sombre et plus adulte que ce qu'on voit dans le film final, avec un super-héros véritablement autodestructeur et une romance centrale bien plus sulfureuse. Will Smith, conquis par le concept d'un super-héros antipathique et raté, a pris le projet sous son aile et en a fait une production estivale grand public. Peter Berg, connu pour son sens de l'action viscérale avec Friday Night Lights et The Kingdom, a apporté une énergie brute et une caméra portée au film. Le scénario a été largement réécrit par Vince Gilligan — futur créateur de Breaking Bad — pour arrondir les angles et rendre le personnage plus accessible au grand public.
Résumé des critiques professionnelles : La presse a réservé un accueil mitigé au film, saluant une première moitié inventive et rafraîchissante avant de déplorer un revirement narratif jugé maladroit en deuxième partie. Avec environ 40 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, le film a divisé les critiques entre ceux qui ont apprécié la déconstruction du mythe du super-héros et ceux qui ont regretté que le film ne tienne pas ses promesses initiales. La performance de Will Smith a néanmoins été unanimement saluée, l'acteur apportant un charisme et une autodérision parfaitement calibrés au personnage.
Réception du public : Malgré les réserves de la critique, le public a plébiscité le film, qui a rapporté plus de 624 millions de dollars dans le monde pour un budget de 150 millions, en faisant l'un des plus grands succès de l'été 2008. Will Smith confirmait une fois de plus son statut de star infaillible du box-office estival, capable de porter un film à lui seul. Le concept du super-héros anti-conventionnel a visiblement touché une corde sensible chez des spectateurs lassés des franchises trop sages.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas été distingué par les grandes cérémonies, mais Will Smith a reçu plusieurs nominations dans des catégories de popularité pour son incarnation de Hancock. Les effets visuels ont été salués par des prix techniques dans plusieurs festivals spécialisés.
Inspirations du réalisateur : Peter Berg a voulu s'éloigner radicalement de l'esthétique lisse des blockbusters de super-héros traditionnels, optant pour une caméra portée nerveuse et un style quasi-documentaire qui ancre les scènes d'action dans une réalité presque rugueuse. Il souhaitait que le spectateur ressente physiquement la puissance de Hancock, pas seulement qu'il la contemple à distance.
Difficultés de production : Les scènes de vol et d'action à grande échelle ont représenté un défi technique considérable, notamment pour intégrer de façon crédible Will Smith dans des environnements urbains sans que les effets numériques ne sonnent faux. La caméra portée utilisée dans les scènes d'action entrait régulièrement en conflit avec les contraintes techniques des effets visuels, nécessitant des compromis constants entre les équipes.
Anecdote sur une scène particulière : La scène d'ouverture, où Hancock ivre se réveille sur un banc public sous les regards méprisants des passants, a été tournée en grande partie avec de vrais passants non prévenus, mêlés à des figurants. La réaction authentique de certains Angelenos reconnaissant Will Smith a dû être gérée en temps réel par l'équipe de tournage.
Hancock explore la solitude et le rejet comme corollaires inévitables de la toute-puissance : être invincible ne protège pas de la dépression, de l'alcoolisme ou du mépris des autres. Le film questionne le besoin de reconnaissance et d'appartenance, universel même chez un être doté de pouvoirs surhumains. La rédemption est au cœur du récit : peut-on changer d'image, se reconstruire, regagner la confiance d'une société qui vous a tourné le dos ? La révélation de l'origine mythologique de Hancock soulève des questions sur la mémoire, l'identité et ce qui nous définit quand on a tout oublié de soi-même. Le film aborde enfin l'amour impossible et le sacrifice, à travers une romance condamnée par la nature même de ce que sont les deux protagonistes.
On apprend que Hancock et Mary, la femme de Ray, sont des êtres de la même nature — des dieux ou des anges selon les époques — et qu'ils forment un couple depuis des siècles, leur proximité les rendant mutuellement mortels. Pour survivre et continuer à protéger les autres, ils doivent rester séparés. Hancock choisit de quitter Los Angeles et de s'éloigner de Mary pour lui sauver la vie et lui permettre de vivre heureuse avec Ray. Cette fin mélancolique transforme rétrospectivement le film en tragédie romantique : Hancock ne sera jamais vraiment heureux, mais il aura au moins appris à être aimé du public qu'il protège.
Le prénom Hancock est le nom que le personnage s'est donné lui-même après avoir perdu la mémoire — un nom banal, presque anonyme, qui contraste avec la grandeur mythologique de ce qu'il est réellement. Le titre dit quelque chose d'essentiel sur le personnage : un être extraordinaire qui se cache derrière une identité ordinaire et abîmée. Hancock est aussi le nom d'un quartier de Los Angeles, ancrant symboliquement ce super-héros dans une géographie américaine très concrète, loin des grandes métropoles fictives du genre.
Une suite à Hancock a été régulièrement évoquée depuis la sortie du film, sans jamais aboutir à une production concrète. Will Smith a déclaré à plusieurs reprises son intérêt pour un second volet qui explorerait davantage la mythologie des personnages, mais les projets n'ont jamais dépassé le stade du développement. Le film reste l'un des super-héros originaux les plus populaires ne faisant pas partie d'un univers partagé, et son concept continue d'influencer les productions qui cherchent à déconstruire le genre.
Les amateurs de Hancock apprécieront Brightburn (2019), qui explore lui aussi l'idée d'un être aux pouvoirs surhumains qui bascule du mauvais côté. Megamind (2010) joue sur le même registre du super-héros décalé et auto-dépréciatif, dans un registre animé. Deadpool (2016) pousse encore plus loin la déconstruction du mythe du super-héros avec une liberté de ton que Hancock n'osait pas totalement s'accorder. Superman Returns (2006) et Man of Steel (2013) explorent eux aussi la solitude et le fardeau d'une puissance qui isole.