Gauthier a vingt-quatre ans et mène des recherches pour comprendre d'où il vient — il est fils de père inconnu. Sa piste la plus sérieuse est une ressemblance frappante avec Guy Jamet, une ancienne star de la chanson populaire française des années 1970-80. Sous prétexte de réaliser un documentaire sur lui, Gauthier suit Guy dans sa tournée de «nostalgie» — concerts dans des salles vides, hôtels de province, manager dévoué et alcool. Entre les deux hommes, fils et père possibles, se tisse une relation ambiguë, tendre et douloureuse, sans que le secret de leur lien soit jamais dit.
Guy est le premier long métrage du comédien, imitateur et acteur Alex Lutz, dont la carrière s'est construite dans le one-man-show et la télévision. Le projet est né d'une idée audacieuse : que se passerait-il si un fils non reconnu approchait son père supposé sans jamais révéler son identité ? Cette prémisse intimiste et mélancolique permettait à Lutz d'explorer la question de la filiation et du temps qui passe tout en rendant hommage à une certaine chanson française populaire des années 70-80 — celle des variétés de province, des chanteurs de bal et des tubes oubliés. Lutz a co-écrit le scénario avec Nicolas Fleureau et Blanche Gardin, et a interprété lui-même le personnage de Guy Jamet — une performance de composition physique et vocale remarquable.
Résumé des critiques professionnelles : Guy a reçu un accueil critique exceptionnel, la presse saluant à l'unanimité la performance d'Alex Lutz dans le rôle de Guy Jamet — sa transformation physique, sa maîtrise vocale, son humanité touchante. Beaucoup ont qualifié le film de «révélation» et de premier film «miraculeux». La façon dont le film traite la question du père et du fils sans jamais la formuler explicitement a été jugée particulièrement juste.
Réception du public : Le film a trouvé un large public, notamment parmi les spectateurs sensibles à la nostalgie de la chanson française populaire et aux portraits d'hommes ordinaires sur le déclin. Le bouche-à-oreille a été excellent.
Récompenses obtenues : César 2019 du meilleur acteur pour Alex Lutz — une récompense particulièrement méritée pour une performance qui alliait composition physique et vérité intérieure. Le film a également été nominé dans plusieurs autres catégories.
Inspirations du réalisateur : Alex Lutz a nourri le personnage de Guy Jamet de ses propres observations des chanteurs de variétés populaires qu'il avait croisés dans sa carrière d'imitateur — ces artistes qui ont eu un moment de gloire et continuent de tourner dans des salles de plus en plus petites, portés par une foi inébranlable dans leur art et dans leur public.
Anecdote sur une scène particulière : La scène de concert finale — Guy qui chante devant une salle presque vide mais avec la même énergie et la même présence que devant les foules d'autrefois — est l'une des plus belles du film. Alex Lutz y a apporté quelque chose de personnel : la vérité d'un artiste qui donne tout même quand personne ne regarde.
Guy est une réflexion mélancolique sur la filiation et le secret — deux hommes qui partagent peut-être le même sang sans pouvoir se le dire. Le film explore le déclin de la gloire populaire avec une tendresse sans condescendance — Guy Jamet n'est pas moqué, il est regardé avec amour. La transmission sans parole est le cœur du film : ce que Gauthier apprend de Guy ne passe pas par les mots, mais par la présence et l'observation. Enfin, Guy est aussi un hommage à la chanson populaire française — sa kitscherie assumée, sa sincérité, son rapport unique au public de province.
La fin de Guy ne révèle pas si Guy Jamet est ou non le père de Gauthier — cette incertitude est maintenue jusqu'au bout. Le film se clôt sur une image de tendresse entre les deux hommes qui dit l'essentiel : qu'on soit père et fils ou non, quelque chose d'important a été transmis. La question de la biologie est finalement secondaire face à celle de l'élection — on choisit ses pères autant qu'on les subit.
Guy est le prénom du père supposé — un prénom d'une banalité totale, typiquement masculin et français, qui dit l'hommage au personnage ordinaire au cœur du film. Ce titre court et simple est aussi une façon de dire que le film parle d'un homme quelconque — «un type» (guy en anglais) — dont la vie ordinaire cache une profondeur insoupçonnée.
La bande originale de Guy est l'une des dimensions les plus séduisantes du film. Alex Lutz a composé lui-même plusieurs chansons dans le style de la variété française populaire des années 1970-80 — ces tubes légèrement kitsch, aux mélodies immédiatement mémorisables et aux paroles candides. Ces chansons fictives, que Guy Jamet interprète dans ses concerts, sont tellement bien imitées du style de l'époque qu'on finit par les aimer sincèrement, ce qui contribue à la tendresse du portrait.
Guy a constitué l'un des triomphes du cinéma français de 2018, plaçant Alex Lutz au rang des cinéastes à suivre. Son César du meilleur acteur a consacré une performance que beaucoup jugeaient irréprochable. Alex Lutz a depuis développé de nouveaux projets. Le film est disponible en VOD et reste l'un des plus beaux films français de la décennie.
Guy rappelle d'autres films français sur les artistes populaires en déclin comme La Vieille Dame indigne ou Je préfère qu'on reste amis. Pour les films sur la filiation secrète, Des gens comme nous (2012) d'Alex Kurtzman ou Comme une image (2004) d'Agnès Jaoui explorent des territoires proches. The Artist (2011) de Michel Hazanavicius partage ce même regard tendre sur un art populaire démodé.