Harold Soyinka est un employé de bureau naïf et honnête au sein d'une entreprise pharmaceutique dirigée par deux patrons sans scrupules. Lors d'un voyage d'affaires au Mexique, il découvre que ses employeurs l'utilisent pour négocier en sous-main avec un cartel de la drogue. Convaincu d'être en danger de mort, Harold décide alors de simuler son propre enlèvement pour obtenir une assurance-vie — sans réaliser qu'il va déclencher une série de catastrophes en chaîne impliquant ses patrons, le cartel, des mercenaires et une jeune voyageuse tout à fait innocente.
Gringo est le premier long métrage du réalisateur australien Nash Edgerton, frère cadet de l'acteur Joel Edgerton qui joue dans le film. Nash Edgerton s'était fait remarquer dans le monde du court métrage et avait travaillé comme coordinateur de cascades avant de passer à la réalisation. Le scénario a été co-écrit par Anthony Tambakis et Matthew Stone, qui ont conçu une comédie noire à la mécanique parfaitement huilée — plusieurs histoires parallèles qui se percutent de façon de plus en plus chaotique. La production a réuni un casting exceptionnel : David Oyelowo dans le rôle comique principal, Charlize Theron en patronne cynique et Sharlto Copley en mercenaire douteux. Le film joue avec les codes du film noir, de la comédie et du thriller pour créer une atmosphère unique.
Résumé des critiques professionnelles : Gringo a reçu des critiques très positives, la presse saluant l'inventivité de la mise en scène, l'humour noir bien dosé et surtout la performance hilarante et émouvante de David Oyelowo, habitué aux rôles dramatiques sérieux qui se révèle un comédien d'une rare précision. La construction en puzzle narratif a été comparée aux meilleurs films des frères Coen.
Réception du public : Le film a trouvé son public parmi les amateurs de comédies noires sophistiquées, bénéficiant d'un excellent bouche-à-oreille. Sorti directement sur Amazon Prime Video dans plusieurs territoires, il a rapidement acquis le statut de pépite cachée.
Inspirations du réalisateur : Nash Edgerton voulait faire un film qui rende hommage à la tradition de la comédie noire américaine — de Fargo aux frères Coen en passant par les films de Guy Ritchie — tout en y injectant une sensibilité australienne particulière pour l'absurde et le chaos imprévisible.
Anecdote sur une scène particulière : David Oyelowo, oscarisable pour Selma (2014), a déclaré avoir voulu avec Gringo montrer une facette entièrement nouvelle de son jeu — et la direction de Nash Edgerton l'a aidé à trouver une vulnérabilité comique dont peu de gens le croyaient capable.
Gringo explore la corruption des milieux d'affaires et la façon dont les entreprises apparemment respectables peuvent entretenir des liens troubles avec le crime organisé. Le film aborde aussi le rapport à la naïveté — Harold est un homme bon dans un monde cynique, et sa naïveté est à la fois sa faiblesse et sa force. La comédie du chaos est le ressort principal : une série de malentendus et de décisions impulsives qui s'enchaînent pour créer un désastre de plus en plus incontrôlable. La solidarité inattendue entre des personnages qui n'auraient jamais dû se croiser est aussi un thème récurrent.
La mécanique parfaitement huilée du film atteint son point culminant dans un dénouement où tous les fils narratifs se nouent simultanément de façon aussi imprévisible que logique. Harold, malgré sa naïveté et ses erreurs catastrophiques, s'en sort grâce à une combinaison de chance, de bon cœur et de l'aide inattendue de personnes qu'il avait lui-même aidées. La fin dit que l'honnêteté paie, même dans le monde le plus cynique qui soit.
Gringo est un terme espagnol désignant de façon péjorative un étranger — notamment un Américain — dans un pays hispanique. Dans le film, ce mot désigne la condition d'Harold au Mexique : un homme totalement déplacé, incompréhensible pour les forces locales, visible et vulnérable. C'est aussi un terme ironique — Harold, Américain noir, est aussi un «gringo» par rapport aux Américains blancs qui dirigent son entreprise.
Gringo reste l'un des films les plus sous-estimés de 2018, régulièrement cité comme une pépite cachée sur les plateformes de streaming. Nash Edgerton a confirmé son talent de réalisateur et continue de travailler dans le cinéma. David Oyelowo a démontré avec ce film une versatilité comique inattendue. Disponible sur Amazon Prime Video.
Gringo s'inscrit dans la lignée des comédies noires à la mécanique parfaite comme Fargo (1996) des frères Coen ou Burn After Reading (2008). Pour les comédies d'escalade impliquant des cartels mexicains, Sicario (2015) offre le même territoire traité dramatiquement. In Bruges (2008) de Martin McDonagh partage le même humour noir et la même affection pour les personnages pathétiques placés dans des situations absurdes.