Alexandre, père de famille lyonnais profondément catholique, apprend que le prêtre qui l'a abusé enfant dans les scouts est toujours en fonction dans le diocèse de Lyon. Sa démarche auprès des autorités religieuses, qui répondent avec un mélange de bienveillance de façade et d'inaction réelle, le pousse à entrer en contact avec d'autres victimes du même prêtre pour construire collectivement la parole et la plainte judiciaire. Basé sur l'affaire Preynat et l'association La Parole Libérée, ce film choral de François Ozon reconstruit avec rigueur et sobriété le chemin difficile de la libération de la parole des victimes de pédocriminalité dans l'Église catholique.
Grâce à Dieu est directement inspiré de l'affaire Bernard Preynat, prêtre lyonnais accusé d'abus sexuels sur mineurs par des dizaines de victimes au sein des mouvements scouts catholiques, et du cardinal Philippe Barbarin qui avait été condamné en première instance pour non-dénonciation avant d'être acquitté en appel. François Ozon, suivi de près l'affaire dans la presse, a voulu en faire un film avant même que les procédures judiciaires soient terminées, prenant le risque de voir son film interdit jusqu'à la fin des procès — ce qui fut effectivement tenté par les avocats de la défense, sans succès. Le réalisateur a rencontré les véritables membres de l'association La Parole Libérée, dont Alexandre Hezez, François Devaux et Emmanuel Thomassin, qui ont partagé leurs témoignages et accepté de voir leurs histoires portées à l'écran. Ozon a construit son film comme un récit choral qui donne la même importance aux trois portraits masculins principaux, refusant de hiérarchiser les souffrances ou les façons de réagir à la violence subie. L'objectif déclaré était de donner de la visibilité à une réalité longtemps dissimulée et de participer, par le cinéma, à la prise de conscience collective qui seule permettrait des réformes institutionnelles.
Résumé des critiques professionnelles : Grâce à Dieu a été unanimement salué par la critique française et internationale pour la rigueur de son propos, la sobriété exemplaire de sa mise en scène et la qualité des trois performances masculines au cœur du film. Les journalistes ont particulièrement apprécié la façon dont Ozon évitait tout sensationnalisme et tout jugement simpliste pour construire un regard complexe sur la reconstruction des victimes et les mécanismes institutionnels de dissimulation. Plusieurs critiques ont qualifié le film de nécessaire et de courageux.
Réception du public : Le film a connu un beau succès public en France, attirant plus d'un million de spectateurs et générant un débat public important sur les abus dans l'Église et la protection des victimes. Il a également été bien reçu à l'international, notamment dans les pays où des scandales similaires avaient secoué l'institution catholique.
Récompenses obtenues : Grâce à Dieu a remporté le Grand Prix du jury au Festival de Berlin 2019, une distinction majeure qui a confirmé son importance artistique et sociale. Le film a également reçu plusieurs nominations aux Césars, dont ceux du Meilleur film et du Meilleur réalisateur.
Inspirations du réalisateur : François Ozon a suivi de très près l'actualité judiciaire autour de l'affaire Preynat et a construit son film en temps réel, si près des événements réels que les avocats de certains prévenus ont tenté d'en retarder la sortie pour ne pas influencer les jurés potentiels — une démarche qui avait déjà visé le film J'accuse de Polanski sur l'affaire Dreyfus.
Difficultés de production : La décision de sortir le film avant la fin des procédures judiciaires exposait la production à des risques juridiques importants que l'équipe et les producteurs ont assumés collectivement, convaincus de la nécessité de témoigner publiquement de cette réalité sans attendre une clôture judiciaire qui pouvait prendre des années.
Anecdote sur une scène particulière : Les scènes dans lesquelles les personnages rédigent leurs témoignages et confrontent les autorités religieuses à leur inaction ont été construites avec une précision documentaire, certains échanges reproduisant fidèlement des correspondances réelles entre les victimes et le diocèse de Lyon.
Grâce à Dieu explore les mécanismes complexes de la libération de la parole après des décennies de silence imposé par la honte, la peur et l'autorité institutionnelle, montrant que cette libération est un processus long, douloureux et non linéaire qui affecte différemment chaque victime. Le film dénonce la complicité institutionnelle de l'Église dans la dissimulation d'abus commis par ses membres, à travers une analyse sobre et documentée des réponses des autorités religieuses. La question de la foi — comment continuer à croire après avoir été trahi par une institution censée incarner le sacré — traverse tout le film comme une blessure supplémentaire dont les victimes doivent également se relever.
Le film s'achève sur la constitution officielle de la plainte collective et les premières étapes judiciaires, sans résolution finale puisque les procédures sont encore en cours au moment du tournage. Cette fin ouverte, délibérément non conclusive, est fidèle à la réalité : la justice prend du temps, les institutions résistent, et les victimes doivent trouver en elles-mêmes les ressources pour continuer à porter leur témoignage sans la garantie d'un dénouement satisfaisant. Le dernier plan, sur les visages de ceux qui ont choisi de parler malgré tout, est une forme de célébration du courage collectif.
Grâce à Dieu est une expression idiomatique française signifiant "heureusement" ou "par bonheur", mais dans le contexte du film elle prend une dimension profondément ironique : c'est la réponse que le cardinal Barbarin a faite lors d'une interview en déclarant que les faits étaient "prescrits, grâce à Dieu". Cette formule, prononcée comme une forme de soulagement institutionnel face aux délais de prescription légaux, est devenue le symbole de l'indifférence des autorités religieuses envers les victimes, et Ozon en a fait le titre de son film comme un acte d'accusation.
Grâce à Dieu a contribué de façon significative au débat public français sur les abus dans l'Église catholique, qui a abouti à la publication en 2021 du rapport de la CIASE estimant à 330 000 le nombre de victimes d'abus sexuels par des membres de l'Église en France depuis 1950. Le film est étudié comme un exemple de cinéma engagé capable d'avoir un impact réel sur le débat public et les politiques institutionnelles.