Au cœur de la vallée du Rift, dans l'ouest du Kenya, Priscilla Sitienei, surnommée Gogo, s'apprête à vivre une année scolaire pas comme les autres. À quatre-vingt-quatorze ans, cette sage-femme au service de son village depuis plus de soixante-quinze ans est devenue la plus âgée écolière du monde. Entourée de certaines de ses arrière-petites-filles et d'enfants qu'elle a elle-même mis au monde, elle partage désormais les bancs de l'école primaire de Ndalat. Encouragée par ses cinquante-quatre arrière-petits-enfants, Gogo se lance un défi ultime : décrocher son diplôme de fin de primaire pour prouver qu'il n'y a pas d'âge pour apprendre.
Pascal Plisson, réalisateur déjà connu pour son documentaire à succès Sur le chemin de l'école, a découvert l'histoire de Gogo par l'intermédiaire d'un ami vivant à Nairobi, qui avait lu un article de presse local consacré à cette femme de quatre-vingt-quatorze ans retournant sur les bancs de l'école primaire. Le cinéaste explique avoir immédiatement été touché par ce destin, ayant lui-même quitté l'école à l'âge de quinze ans et se sentant investi d'une mission personnelle autour de la question de l'éducation. Il s'est rendu dans le village de Gogo pour la rencontrer, avant de lui proposer de la suivre au quotidien dans sa scolarité. Priscilla Sitienei, née à l'époque coloniale et privée d'école dans son enfance comme la plupart des filles vivant à la campagne à cette époque, a accepté d'être filmée dans l'espoir que son parcours puisse inspirer d'autres jeunes filles à poursuivre leur scolarité. Pascal Plisson a choisi de filmer sans voix off ni interview frontale, préférant suivre discrètement le quotidien de Gogo avec une approche presque proche de la fiction. Le documentaire s'inscrit dans la continuité de la démarche du réalisateur, attaché à documenter à travers le monde le lien entre accès à l'éducation et émancipation, en particulier pour les jeunes filles.
Les critiques ont salué la mise en scène délicate et la tendresse du regard porté par Pascal Plisson sur son personnage principal, le film évitant l'écueil du misérabilisme pour privilégier une approche presque romanesque du quotidien de Gogo. Plusieurs observateurs ont toutefois estimé que le documentaire adoptait une esthétique trop lisse et storyboardée, questionnant la frontière entre reconstitution et captation du réel. D'autres ont souligné l'importance du sujet abordé, à savoir l'accès à l'éducation en Afrique et en particulier pour les jeunes filles, jugé essentiel malgré les réserves formelles exprimées par certains critiques. La qualité de la photographie, mettant en valeur les paysages de la vallée du Rift, a également été remarquée. Le public s'est montré globalement très ému par le parcours de Gogo, la détermination de cette femme nonagénaire suscitant une forte adhésion des spectateurs. Le film a particulièrement touché les publics familiaux et scolaires, souvent projeté dans un cadre pédagogique pour sensibiliser les élèves à l'importance de l'éducation à travers le monde. Certains spectateurs ont néanmoins regretté un traitement parfois édulcoré des difficultés réelles rencontrées par les filles non scolarisées dans la région. Gogo n'a pas été distingué par une récompense majeure lors de sa sortie, mais a été sélectionné dans plusieurs festivals francophones et internationaux.
Pascal Plisson a choisi de filmer Gogo sans recourir à la voix off ni aux interviews frontales classiques du genre documentaire, préférant suivre au plus près le quotidien de son personnage pour restituer une immersion presque romanesque. Le réalisateur explique avoir été profondément marqué par sa rencontre avec Priscilla Sitienei, qui l'a interrogé sur l'accès gratuit à l'école dans son propre pays avant de le sermonner en apprenant qu'il avait lui-même arrêté sa scolarité très jeune. Le tournage s'est déroulé dans le village kényan de Ndalat, où Gogo suivait réellement sa scolarité aux côtés d'enfants et d'adolescents, certains d'entre eux ayant été mis au monde par elle en tant que sage-femme du village.
Gogo interroge frontalement la question de l'accès à l'éducation, en particulier pour les filles, dans les régions rurales d'Afrique de l'Est. Le documentaire met en lumière la détermination et la résilience d'une femme privée d'école durant son enfance, qui refuse de considérer l'âge comme un obstacle à l'apprentissage. Le film explore également la transmission intergénérationnelle, Gogo partageant les bancs de l'école avec ses propres arrière-petits-enfants ainsi qu'avec des enfants qu'elle a mis au monde en tant que sage-femme. La question de l'émancipation des femmes à travers le savoir traverse enfin l'ensemble du récit, dans un contexte où les familles pauvres privilégient encore souvent la scolarisation des garçons.
Gogo est le surnom affectueux donné à Priscilla Sitienei par sa communauté, un mot qui signifie grand-mère dans plusieurs langues d'Afrique de l'Est. Ce titre simple et direct place d'emblée le film sous le signe de la proximité et de la tendresse, à l'image du regard porté par Pascal Plisson sur son personnage principal.
Gogo est sorti en salles en France au début du mois de septembre 2021, distribué par Le Pacte. Pascal Plisson a poursuivi depuis d'autres projets documentaires centrés sur des parcours de vie exceptionnels à travers le monde.
Sur le chemin de l'école, précédent documentaire de Pascal Plisson consacré à des enfants parcourant des distances considérables pour rejoindre leur école, partage avec Gogo la même sensibilité autour de l'accès à l'éducation. Le documentaire He Named Me Malala, consacré au parcours de Malala Yousafzai, offre également une résonance thématique forte autour de l'éducation des filles. Etre et avoir de Nicolas Philibert, chronique d'une école rurale française, propose une approche documentaire proche dans sa manière d'observer le quotidien scolaire avec pudeur.