La cinquantaine frémissante, Gloria est une femme farouchement indépendante qui vit seule après un divorce survenu douze ans plus tôt. La nuit, elle s'étourdit dans les dancings pour célibataires de Los Angeles, en quête de rencontres de passage et d'une jeunesse qu'elle sent lui échapper. Jusqu'au jour où elle croise la route d'Arnold, un homme récemment divorcé dont elle tombe follement amoureuse. Leur relation, aussi intense qu'imprévisible, va bouleverser l'équilibre fragile que Gloria avait patiemment reconstruit.
Gloria Bell est un cas assez rare dans l'histoire du cinéma, celui d'un auto-remake réalisé par son propre créateur : le cinéaste chilien Sebastián Lelio y reprend en effet la trame de son film Gloria, sorti en 2013 et sélectionné par le Chili aux Oscars du meilleur film étranger. Lelio explique avoir tourné le premier film sans se douter qu'il en réaliserait une nouvelle version cinq ans plus tard, estimant qu'à l'époque son propos sur l'aspiration des femmes mûres à être vues et respectées était en avance sur son temps. Pour ce remake américain, tourné après le succès international de son film Une femme fantastique récompensé aux Oscars, Lelio a rencontré l'actrice Julianne Moore à Paris et lui a demandé le temps de réécrire l'intégralité du scénario en anglais pour l'adapter au contexte de Los Angeles. Le cinéaste souhaitait ancrer cette nouvelle version dans son époque, jugeant que les revendications des femmes d'un certain âge à profiter pleinement de la vie avaient acquis un caractère d'urgence renouvelé.
Le film a été globalement bien accueilli par la critique, qui a unanimement salué la performance de Julianne Moore, capable de faire partager au spectateur les joies et les peines de son personnage avec une sincérité désarmante. Plusieurs observateurs ont toutefois noté que le récit s'essoufflait quelque peu à mi-parcours et que la comparaison avec le film original de 2013 pouvait desservir cette version américaine, perçue par certains comme moins moderne que son modèle. Le public s'est montré partagé, certains spectateurs découvrant avec plaisir cette histoire pour la première fois, d'autres regrettant l'absence de surprise pour les personnes ayant déjà vu Gloria. Le film n'a pas été distingué par des récompenses majeures lors des grandes cérémonies américaines.
Julianne Moore a retrouvé à l'écran John Turturro vingt ans après leur collaboration dans le film culte The Big Lebowski des frères Coen, une réunion appréciée par les critiques. Sebastián Lelio a construit son film comme une véritable comédie musicale non assumée, chaque scène importante étant accompagnée d'une chanson choisie avec soin, entendue depuis l'autoradio de Gloria ou dans les clubs qu'elle fréquente. La scène finale, où Gloria danse seule sur la chanson italienne Gloria d'Umberto Tozzi, reprend un élément central déjà présent dans le film original de 2013, offrant un écho appuyé entre le titre du film et le prénom de son héroïne.
Gloria Bell explore la solitude et le désir de reconstruction amoureuse chez une femme mûre, ainsi que la difficulté à exister pleinement dans une société qui valorise davantage la jeunesse. Le film interroge également la place laissée aux femmes divorcées d'un certain âge, entre résignation et désir légitime de continuer à vivre des passions intenses, ainsi que la solitude paradoxale que l'on peut ressentir même en étant entourée d'une famille aimante.
À la fin du film, Gloria met un terme définitif à sa relation tumultueuse avec Arnold, un homme incapable de s'affranchir de l'emprise de ses filles adultes et de s'engager pleinement à ses côtés. Plutôt que de sombrer dans le désespoir, elle choisit de danser seule, avec une liberté et une joie retrouvées, lors du mariage de son fils, sur la chanson qui donne son nom au film. Cette conclusion marque l'affirmation d'une indépendance assumée, suggérant que le bonheur de Gloria ne dépend plus de la présence d'un homme à ses côtés.
Le titre Gloria Bell reprend le nom complet du personnage principal incarné par Julianne Moore, en ajoutant le nom de famille Bell à celui du film original de 2013, simplement intitulé Gloria. Ce choix permet de distinguer clairement les deux œuvres tout en conservant leur lien évident, le prénom Gloria faisant également écho à la chanson italienne du même nom utilisée dans la scène de danse finale du film.
La bande originale du film, entièrement composée de chansons diégétiques entendues par Gloria elle-même dans sa voiture ou dans les clubs qu'elle fréquente, occupe une place centrale dans la narration, jusqu'à la reprise finale du titre Gloria d'Umberto Tozzi qui referme le film sur une note libératrice.
Les amateurs de Gloria Bell pourront se tourner vers Gloria, le film chilien original de Sebastián Lelio dont il constitue le remake, ou vers Une femme fantastique, précédent film du réalisateur récompensé de l'Oscar du meilleur film étranger, pour retrouver sa sensibilité envers les portraits de femmes en quête d'émancipation.